26.02.2009

Le Bois des Vierges (tome 1) – Jean Dufaux & Béatrice Tillier (2008)

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Le bois des vierges.gifCela aurait dû être une belle journée, une journée historique... L'union entre Aube, fille du puissant seigneur Arcan, et le valeureux chef de guerre Loup-de-Feu, devait enfin mettre terme au sanglant conflit ancestral opposant Hommes et Bêtes de "Haute Taille". Mais cette alliance "Poil et Peau" durera peu car Loup-de-feu est assassiné sur son lit de noce et Aube fuit pour se réfugier dans le mystérieux Bois des Vierges. Une guerre sans merci s'engage alors entre les deux clans, Bêtes de Haute Taille contre Hommes, chacun voulant l'emporter et ce, par tous les moyens. Les premiers décident de faire appel à Loup-Gris, leur ancien commandant banni car marié à une goupil, une "Basse Taille". Les seconds envoient un messager demander l'aide du seigneur Clam, grand chasseur de loups...

Le Bois des Vierges nous emmène ainsi au cœur d'un conflit qui oppose les Hommes aux Bêtes, et ce qui pourrait paraître burlesque (des animaux doués de parole, portant habits à fraise et marchant sur deux pattes) ne l'est absolument pas, tant le dessin et les couleurs sont superbes ! Le décor minutieusement détaillé (architecture et costumes), les faciès (humains mais aussi animaliers) expressifs, les scènes de batailles incandescentes rendent crédible l'incongru et ancrent le récit dans une époque et un environnement bien déterminé et réaliste (la Renaissance tardive). De plus le scénario est habillement mené, jouant sur l'alternance et l'opposition entre les points de vue des deux races, et le découpage des cases, style cadrage cinématographique, plonge le lecteur au cœur de l'action trépidante. Seul bémol, la richesse complexe du scénario, parfois un brin confus, et qui se trouve un peu étriqué dans un format de 54 planches.

Toutefois cet album réussit la gageure d'initier de façon prometteuse un foisonnant conte épique qui allie avec justesse un décor historique à un univers fantastique. Enfin, reconnaissons une certaine frustration une fois l'album refermé, quant à ce qu'est et ce qui se trame dans le fameux Bois des Vierges qui garde tout son mystère... pour le prochain tome !

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Le Bois des Vierges (tome 1)
Scénario de Jean Dufaux, dessin et couleurs de Béatrice Tillier.
Ed. Robert Laffont, dépot légal 02/2008, 54 plaches, 13,95 €.

23.02.2009

Brown's requiem – James Ellroy (1981)

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Brown s requiem.gifFritz Brown est un ancien "flic merdique, la honte du service" qui s'est reconverti dans la récupération de voitures impayées. A côté de cette activité, gentiment lucrative, il s'offre pour des raisons fiscales une façade de détective privé. Cette astuce comptable va l'entraîner dans une enquête de trois cent cinquante pages serrées, (où toutefois l'action incessante s'épuise parfois dans une longue poursuite) quand un caddy dingo l'engage pour surveiller sa jolie soeur qui vit en compagnie d'un homme qui pourrait être son père.

Malgré un récit de construction chronologique, Ellroy excelle dans la mise en place d'une narration aussi déstructurée et hallucinée que les errances mentales et affectives de son héros, ce qui égare autant que subjugue le lecteur qui ne sait plus que croire et comment assembler les pièces du puzzle et qui est tenu de bout en bout par l'intrigue !

Et si Brown's requiem est le premier roman de James Ellroy, on y lit déjà ses obsessions : référence à l'affaire du Dahlia noir ; un personnage principal ambivalent, à la fois dur et fragile, désespérément en quête d'amour, de morale et de rédemption ; des excès de violence ; et, en filigrane, la détestation de l'Amérique : « Les devantures de cette avenue noyée de smog mettent en scène les exemples de tous les projets, tous les rêves, tous les attrape-nigauds que l'esprit américain fatigué peut concevoir. C'est au-delà du tragique, au-delà du vulgaire, au-delà de la parodie. C'est l'innocence suprême », rumine Fritz Brown en parcourant le Ventura Boulevard de Los Angeles.

Ellroy a donc écrit son premier roman selon une trinité du polar classique mais efficace : sexe, argent et violence.

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petit livre.gifJames Ellroy, Brown’s requiem, traduit de l'américain par Freddy Michalski, éd. Rivages/noir, 1988 (1981), 350 pages, 9 €.

Du même auteur :
> Lune sanglante
> Le Dahlia Noir

21.02.2009

Il a 3 ans aujourd'hui...

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20.02.2009

L'amant – Marguerite Duras (1984)

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Lamant.gifL'Amant, c'est LE fabuleux roman autobiographique de Marguerite Duras. C'est l'un des récits d'initiation amoureuse parmi les plus troublants qui soit. C'est aussi un des livres marquants dans ma vie de lectrice, pas tant pour l'histoire que pour le style Duras.

L'histoire justement, quelle est-elle ? Comme chacun sait, L'Amant relate la relation entre la narratrice, jeune fille blanche de 15 ans, et un riche Chinois du double de son âge. Dans l'Indochine coloniale de l'entre deux guerres, leur histoire est empreinte de transgression car tout les oppose : la situation sociale et ethnique, la différence d'âge... Cette aventure amoureuse, sublimée par un environnement extraordinaire, ne pourra survivre : la jeune fille repartira en France et cet amour restera en suspens...

Mais L'Amant n'est pas qu'une histoire d'amour inaboutie. En effet, derrière la trame de cet amour au goût d'inachevé et teinté de mélancolie, Marguerite Duras offre un récit à plusieurs niveaux de lecture : elle évoque en filigrane la violence et la douleur de son histoire familiale (la brutalité du frère aîné, l'amour mais aussi l'insuffisance de la mère, l'adoration pour le petit frère et la douleur de sa perte) et, déjà présente, l'envie d'écrire.

Pourtant cette histoire, Marguerite Duras ne la mettra par écrit qu'à l'âge de 70 ans, 55 ans après... C'est le temps qu'il lui faudra pour accéder à elle-même et révéler enfin les sentiments que lui inspira le jeune Chinois, et révéler aussi les liens difficiles qui l'unissaient à sa mère et à ses frères.

Malgré tout, malgré l'utilisation du "je" qui laisse entendre la voix de l'auteur, on ne peut assimiler pour autant ce roman à une pure autobiographie. En effet dans son livre Marguerite Duras ne semble pas avoir la volonté de réalité, ainsi son imagination se mêle à sa mémoire. La narration est "éclatée" : elle papillonne en suivant le cours décousu des pensées et souvenirs de la narratrice, elle oscille entre passé et présent, elle utilise l'ellipse et la suggestion autant que la redondance, certains moments étant tus ou à peine évoqués quand d'autres anecdotes sont racontées plusieurs fois, un souvenir se reliant à l'autre parfois par une simple association d'idées.

Si ce style décousu peut déconcerter, moi il m'a enchantée, tout comme m'ont émerveillées la langue pure et la formidable efficacité de l'écriture, très poétique, et basée sur l'économie du mot. Un peu moins de mots, un peu plus de silence, Marguerite Duras excelle dans l'art de l'épure, l'évocation faite à mi-voix qui laisse place à l'imaginaire pour combler les silences de son récit. Enfin, pour en revenir au "sujet", Marguerite Duras conjugue aussi avec beaucoup de finesse la pudeur et l'impudeur dans son évocation de la découverte du plaisir physique.

Bref, bien plus qu'un roman, ce livre est un envoûtement...

« Tous, dit la mère, ils tournent autour d'elle, tous les hommes du poste, mariés ou non, ils tournent autour de ça, ils veulent de cette petite, de cette chose-là, pas tellement définie encore, regardez, encore une enfant. Déshonorée disent les gens ? et moi je dis : comment ferait l'innocence pour se déshonorer ? »

« Cet amour insensé que je lui porte reste pour moi un insondable mystère. Je ne sais pas pourquoi je l'aimais à ce point là de vouloir mourir de sa mort. J'étais séparée de lui depuis dix ans quand c'est arrivé et je ne pensais que rarement à lui. Je l'aimais, semblait-il, pour toujours et rien de nouveau ne pouvait arriver à cet amour. J'avais oublié la mort. »

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petit livre.gifMarguerite Duras, L'Amant, éd. de Minuit, 2005 (1984), 141 pages, 10 €.

17.02.2009

La chaîne des livres : c'est partiii !

clip-livre.jpgSur une idée originale (et géniale !) d'Yspaddaden, voici que débute aujourd'hui "La Chaîne des livres" ! Le principe : 26 blogueurs (un peu fou) ont chacun sélectionné un livre qui leur tient particulièrement à coeur et l'envoient à un autre participant qui, une fois qu'il l'a lu, l'envoie au suivant, etc... Voici donc la liste des découvertes à venir sur ce blog, dans l'ordre dans lequel je vais recevoir les livres :

Brown's requiem de James Ellroy, proposé par Cécile
Palermo Solo de Philippe Fusaro, proposé par Leiloona
Encore une danse de Katerine Pancol, proposé par Yoshi73
Morts et remords de Christophe Mileschi, proposé par Goelen
La douce empoisonneuse de Arto Paasilinna, proposé par Pascale
Les villes invisibles de Italo Calvino, proposé par Chimère
Silas Marner de George Eliot, proposé par Keisha
La colère des aubergines de Bulbul Sharma, proposé par Armande
Mille morceaux de James Frey, proposé par Levraoueg
La sorcière de Salem de Elizabeth Gaskell, proposé par Isil
L'angoisse du roi Salomon de Romain Gary, proposé par Yueyin
Fendragon de Barbara Hambly, proposé par Fashion
Ta mémoire petit monde d'Alain Foix, proposé par Stephie
Laure au bout du monde de Pierre Magnan, proposé par Hathaway
La petite voix du coeur de Billie Letts, proposé par Doriane
Voyage à Perros de Jacques Thomassaint, proposé par Bladelor
Message des hommes vrais au monde mutant de Marlo Morgan, proposé par Karine
Le plaisir de la captive de Leopoldo Brizuela, proposé par Le Bookomaton
Le roman d'Oxford de Javier Marias, proposé par Lune de pluie
Contes hors du temps de Charles Van Leberghe, proposé par Lau(rence)
Le Petit Nicolas de Sempé & Gosciny, proposé par Yspaddaden
La marche de Mina de Yoko Ogawa, proposé par Virginie
L'amour au jardin de Jean-Pierre Otte, proposé par Yohan
Harraga de Boualem Sansal, proposé par Emmyne
L'odyssée de Pénélope de Margaret Atwood, proposé par Argantel

Quant à moi, j'ai proposé L'Amant de Marguerite Duras, un livre magnifique, qui a fait date dans ma vie de lectrice, et que j'ai re-re-re-re-re-etc-lu avant de l'envoyer à Argantel ! Ce livre est tellement marquant pour moi que je n'ai jamais trouvé les mots adéquats pour l'évoquer sur ce blog, mais pour l'occasion je m'y emploie, et bientôt j'en publirai la chronique, quand j'aurai réussi à rédiger quelque chose qui ne dénature pas trop ce texte stupéfiant...

Et impatiente je suis de recevoir mon premier livre, qui sera donc Brown's requiem de James Ellroy, proposé par Cécile.

Encore une précision, Levraoueg a eu la bonne idée de créer le Netvibes de la chaîne des livres, outil magique pour pouvoir suivre l'aventure au jour le jour et sur tous les blogs concernés !

15.02.2009

L'homme qui marchait sur la Lune – Howard McCord (1997)

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L'homme qui marchait sur la Lune s'appelle William Gasper, il a une cinquantaine d'année, et aime marcher donc, des jours entiers, et courir aussi, nu. Depuis cinq ans il arpente inlassablement la Lune, montagne de nulle part au cœur du Nevada. Il marche, escalade, attend, scrute l'horizon, contemple le ciel étoilé, marche encore. Il gravit la montagne, et la redescend.

Mais qui est donc l'homme qui marchait sur la Lune ? Un ascète, un promeneur mystique, un fugitif, un fabulateur, un illuminé, un fou dangereux ?

L'homme qui marchait sur la Lune est un assassin. Ancien tireur d'élite de l'armée américaine, vétéran de Corée, toujours assassin : « Je suis un assassin, de caractère comme de profession ». D'un ton détaché, il s'explique, ou plutôt il se raconte (ou invente, comme savoir ?). Il ne se justifie pas, ni n'attend aucun assentiment, simplement, il dit : « J'en suis aujourd'hui à cent quarante, et ne suis pas lassé, toujours pas lassé. »

Et sur sa Lune aride et désolée, il devine une autre présence. Qui le suit ? Une ombre, un autre tueur, ses propres délires ?

En un long monologue, le narrateur entraîne le lecteur dans son ascension au sommet de la Lune. On crapahute à ses trousses, sans savoir où il va, ni d'où il vient. Durant sa longue marche, il soliloque, indéfiniment, mêlant mysticisme, mythologie médiévale,et réalisme, mélancolie et détachement et nous entraîne peu à peu dans les égarements de sa conscience hallucinée, sur les chemins sinueux de la folie. Car si, au début, on pense cheminer avec un doux-dingue, un gentil illuminé, on se retrouve finalement en compagnie d'un psychopathe paranoïaque.

L'homme qui marchait sur la Lune est un roman à part, un étrange mélange des genres, entre éloge lyrique de la nature et thriller. C'est un livre sombre, un chouïa barré, déroutant et parfois même assez dérangent. C'est un récit sous tension, d'une grande maîtrise, au style lapidaire et incisif et à la langue à la fois précise et évocatrice. Quelques notes de dérision finissent de désarçonner le lecteur, déjà surpris par l'originalité du mélange des genres et la narration portée par un personnage totalement ambigu : intelligent, éclairé, à l'écoute de la nature et en même temps d'une froideur intérieure extrême.

« Qu'elles concernent l'art, l'amour ou la mise à mort, les valeurs sont une affaire personnelle. Une question de goût et de conventions, rien d'autre. Autant qu'il m'était possible de le faire, je mes suis toujours efforcé d'agir en ces domaines avec calme et raison. Je sais ce que j'aime et je sais ce que je veux. Je suis même prêt à me sacrifier pour les autres. Si je le veux. Je le veux rarement, c'est une des raisons pour lesquelles je vis depuis toutes ces années sur un territoire comme celui que m'offre la Lune : vaste et vide. »

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Howard McCord, L'homme qui marchait sur la Lune (The Man Who Walked to the Moon), traduit de l'américain par Jacques Mailhos, éd. Gallmeister, coll. Nature Writing, 2008 (1997), 133 pages, 18, 90 €.

Les avis de Cuné, Cathulu et Papillon.

11.02.2009

Mon blog change de look

Voilà, j'avais envie d'un peu de changement, de quelque chose de plus "clair"...

Ce n'est qu'un premier essai, la tête de mon blog risque de changer encore dans les jours qui viennent...

Mais vous pouvez déjà me dire ce que vous en pensez ?

09.02.2009

L'ombre de Montfort 1218-2001 – Patricia Parry (2005)

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Lombre de Montfort.gif25 juin 1218 : lors du siège de Toulouse, Simon de Montfort, chef de la croisade contre les Cathares, est tué d'un bloc de pierre lancé des remparts.
21 septembre 2001 : aux portes de la ville rose, l'explosion de l'usine AZF provoque la mort d'une trentaine de personnes et fait plusieurs centaines de blessés.
Journaliste dans un grand hebdo parisien, Vincent Nadal cherche à rencontrer le médiatique docteur François de Montréjouls, des "Médecins de la Terre", qui serait impliqué dans la catastrophe. Mais ce dernier a disparu depuis quelques jours, laissant sa femme Béatrice sans nouvelles. A la recherche de François, Vincent et Béatrice sont entraînés dans une quête à travers le monde : de Toulouse à New York, de Venise à Istanbul, et jusqu'aux portes du Moyen-Orient. Dans l'atmosphère de tension post-11 septembre, ils se confrontent à une énigme vieille de plusieurs siècles que connaissaient déjà les ancêtres de François, qui se croisèrent en Palestine, au XIIe siècle et affrontèrent Simon de Montfort sous les murs de Toulouse...

L'ombre de Montfort se lit avec une belle facilité. La narration est maîtrisée, le récit bien construit. Il passe d'une époque à l'autre, du temps des croisades à nos jours, les événements du passé éclairant les événements présents, et cette architecture façon puzzle se déploie sans perdre le lecteur, jusqu'au final qui bien sûr donne alors la pleine compréhension de l'intrigue. On apprend aussi au passage quelques petites choses sur les cathares et les croisades (ceci dit, il ne s'agit pas d'un roman historique, et l'ésotérisme prend le pas sur le véridique). Quant à l'héroïne, Béatrice, femme forte et impétueuse, petite-bourgeoise ne se déchaussant jamais de ses Gucci, elle est attachante dans ses travers presqu'autant que dans ses qualités. En effet le style piquant n'hésite pas à égratigner les personnages principaux par de petites touches d'humour, comme autant de marques de distanciation montrant que finalement l'auteur ne prend pas non plus son récit trop au sérieux : « Vincent pousse un soupir, dans la meilleure tradition du roman pour jeune fille. Il ouvre un œil et s'apprête probablement à dire "Où suis-je ?" ».

Au final, une histoire plaisante et distrayante.

 

BlueGrey

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Patricia Parry, L'ombre de Montfort, éd. Empreinte, coll. Lettres du Sud, 2005, 283 pages, 19,5 €.

Les avis d'Etoilesdesneiges et de YueYin.

Le blog de Patricia Parry

05.02.2009

Entre ma PAL et moi...

...c'est l'amour vache

 

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En effet depuis quelques jours, elle boude et refuse de me livrer ses trésors. Elle me toise avec mépris tandis que je la surveille du coin de l'œil. Lorsque enfin je m'approche d'elle, elle ne me tend que des livres qui m'ennuient. Pourtant, son contenu est alléchant, des livres triés sur le volet, des stars ! Kafka y côtoie Umberto Eco et Stephan Sweig ! C'est peut-être cela le problème d'ailleurs : les stars sont capricieuses, c'est bien connu !

Pourquoi donc, vous demandez-vous, ma PAL me fait-elle la tête ? Qu'ai-je donc fait pour mériter son dédain ?

Et bien je crois que notre désamour a débuté quand je l'ai mise à la diète : « tu es trop grosse ! » lui ai-je dit, de façon bien peu délicate, il est vrai. « Et puis tiens-toi bien, veux-tu ? Arrête donc de t'étaler comme cela, un peu partout dans l'appartement ! Je te retrouve avachie sur le canapé ou en piles biscornues à ses côtés, cachée sur ou sous la table basse, sous le lit, dans le buffet, dans les placards, dans le bureau, dans le frigo (o_O), tu es partout, tu m'envahis ! CELA NE PEUT PLUS DURER !!! »

Je l'ai donc mise au régime sec : plus d'achat tant qu'elle ne serait pas retombée à un poids raisonnable. Et puis je l'ai faite se tenir droite, bien rangée dans un casier exprès pour elle réservée dans ma toute nouvelle bibliothèque. Au début, il m'a semblée qu'elle comprenait mes arguments, et, malgré mon manque de tact initial, elle m'a laissée planifier son régime. Il faut dire que pour la faire entrer entière dans son compartiment, j'ai du la tasser un peu, alors elle a bien compris la nécessité de son rationnement ! Une fois son surpoids perdu, elle semblait même heureuse et à son aise dans son nouveau chez elle. Elle pavoisait, bien rangée, toute belle... Philippe Besson discutait avec Jean Teulé, Marguerite Duras avec Sylvie Germain... Régulièrement, certains de ses illustres membres déménageaient sur une étagère voisine pour y rejoindre le commun des "livres lus", et ma PAL semblait fière de tenir ses engagements d'amincissement. Bon, il y a bien eu un malheureux incident, une petite rechute, mais chut ! passons cela sous silence, car enfin, elle avait des excuses, et depuis elle se maintenait plutôt bien !

Mais voilà qu'aujourd'hui, elle se rebelle ! Elle joue les divas ! Elle exige d'accueillir anouveau en son sein des membres de l'Illustre Médiathèque. Elle veut tenir salon et reprend petit à petit possession de la table basse et du canapé ! Je crois qu'elle craque : elle en a assez de jouer à la petite PAL bien sage et rêve d'évasion.

Mais on connaît les risque en cas d'abandon abrupt d'un régime : gare à l'effet yo-yo ! Alors pour la remotiver, j'ai décidé d'utiliser un stratagème : « Fais-toi belle, lui ai-je dit, tes amis PAL-blogueuses veulent mieux te connaître (enfin, seule Armande semble curieuse de la connaître, mais ne le révélez pas à ma PAL, cela pourrait la froisser, elle est un peu susceptible depuis son régime). Je lui ai donc dit : tes amis PAL-blogueuses veulent mieux te connaître. Alors, je vais te prendre en photo et je vais te mettre à la une de mon blog ! Mais pour mériter un tel privilège, tu dois bien te comporter, tu comprends ? »

Donc, pour la photo, nous avons fait un bilan de l'opération amincissement. Et j'ai aujourd'hui la grande fierté de vous annoncer que ma PAL ne pèse plus que 15,5 kilos (ce qui représente une soixantaine de livres) !!! Nous tairons son nombre exact car ma PAL conserve quelques pudeurs : le sujet reste sensible pour elle. Et nous déplorons aussi un nombre indéterminé de fugitifs que nous n'avons pas cherché à rattraper, bien que nous ayons découvert certains des refuges de ces fuyards. L'angle entre le chevet et le lit semble ainsi être devenu un des lieux d'asile privilégié des évadés.

Voilà Armande, le fabuleux destin de ma PAL enfin révélé ! Logiquement, je devrais taguer maintenant 4 autres PAL-blogueuses, mais selon mon habitude, je laisse qui veut prendre la suite !

02.02.2009

Eloge de la caresse – François Solesmes (1989)

Eloge de la caresse.gifCe petit livre se présente comme étant un traité sur l'art de la caresse, un hymne au désir et au plaisir révélés par la main de l'homme explorant le corps féminin... Mmm, prometteur pour notre rendez-vous du club Lire & Délires ayant pour thématique "galipettes, muscles utiles et autres turpitudes". Hélas ! Un récit décousu, une écriture ampoulée, empesée et alambiquée, un style bouffi d'envolées pseudo-poético-lyriques rendent la chose illisible et même risible. Démonstration par l'exemple (spéciale dédicace à YueYin, qui adore cet extrait): « En présence de cette main d'homme, une peau - de femme, le plus souvent. Laquelle, bien plus que nous, exerce son sens du toucher. Que ce soit par nécessité ou par goût, elle sait d'expérience la mansuétude de la farine, le fourmillement de la semoule, la rugosité tempérée de l'avocat que l'on prend, puis, fendu, son onctuosité figée. » Haaa ! La mansuétude de la farine !!!

Le tout m'a laissé totalement froide et indifférente : le comble pour un récit érotique !

Conclusion : le poético-lyrique tue l'érotisme mais accentue le comique...

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François Solesmes, Eloge de la caresse, éd. Phébus, coll. libretto, 2006 (1989), 114 pages, 6,90 €.

Thématique : galipettes, muscles utiles et autres turpitudes
Chez les copines : ALaure, Anjelica, Choupynette, EtoileDesNeiges, Erzébeth et YueYin.

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