26.01.2009

La chaussure sur le toit – Vincent Delecroix (2007)

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La chaussure sur le toit.gifAu centre des dix courts chapitres de ce livre, suffisamment indépendants les uns des autres pour faire penser à des nouvelles, une chaussure perdue sur un toit de Paris, à proximité de la gare du Nord. L'auteur a construit autour de cette chaussure un faisceau d'histoires tentant d'élucider sa présence en équilibre précaire sur une gouttière. Les protagonistes de ces histoires ont tous à voir avec l'immeuble accueillant la chaussure, qu'ils y vivent ou qu'ils le fréquentent, le personnage principal d'un chapitre devenant figurant dans le suivant. Dans ce puzzle de vies imbriquées, nous rencontrons une petite fille rêveuse, un cambrioleur amoureux, trois malfrats, un chien intello citant Proust, un immigré sans papier, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain... Chaque locataire observe, scrute ou se contente d'apercevoir en passant la fameuse chaussure et s'interroge sur cette godasse tombée du ciel, chacun proposant sa version de l'histoire. Par ces dix témoignages improbables qui se recoupent (ou pas) l'auteur glisse le message que le réel est une affaire toute personnelle...

Derrière l'exercice de style porté par de petites touches d'humour et beaucoup de mélancolie, c'est de solitude dont nous parle l'auteur, à l'image de cette chaussure séparée de son autre pied ! Et c'est finalement ce même soulier qui fait le point de raccord entre les protagonistes qui, bien que voisins, s'ignorent.

La construction du livre, cette imbrication d'histoires, et les petits détails absurdes en forme de clins d'œil renvoyant d'un chapitre à l'autre, est ludique. Par contre le changement de registre d'un récit à l'autre (du délire philosophique à la complainte élégiaque en passant par la satire de mœurs) est lui moins convaincant car un peu lourd et donne des récits de qualité très inégale.

Le tout, sans être grisant, reste plaisant.

 

BlueGrey

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Vincent Delecroix, La chaussure sur le toit, éd. Gallimard, 2007, 217 pages, 16 €.

Les avis de Lou et Michel.

21.01.2009

Le Roi-Soleil se lève aussi – Philippe Beaussant (2000)

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Le Roi Soleil se lève aussi.gif« Qui êtes-vous quand votre père vous demande : "Comment vous nommez-vous ?" et que vous répondez à l'âge de quatre ans : "Je m'appelle Louis Quatorze" ? Et qu'en outre le père réplique : "Pas encore, mon fils, pas encore." »

Le propos de ce livre est donc de déceler l'homme sous la couronne. Vaste entreprise si l'on songe qu'en ce Grand Siècle (le XVIIe) l'individu est indissociable de sa fonction et de son rang social ! Alors, pour comprendre la vie du plus grand des rois, Philippe Beaussant nous invite à le suivre heure par heure sur une journée. On voit sa nourrice pénétrer, toujours la première, avant le Lever, dans sa chambre d'apparat : « Elle allait le baiser dans son lit » (dixit Saint Simon). Pendant la journée, on se régale des mille détails du cérémonial protocolaire, le Roi s'offrant en permanence, à table, à cheval, sur sa chaise percée, à l'admiration de ses sujets. La représentation théâtrale est son quotidien et se joue sans relâche, et le défilé des figurants, où chacun connaît son rôle à la perfection, est continu.

Tout, dans cette analyse de l'air du temps royal, dans l'étude du caractère du monarque, passionne, instruit et distrait. Car non seulement Philippe Beaussant apporte un soin évident à l'exactitude des faits rapportés, mais il le fait avec humour et élégance. Tout est expliqué, remis en contexte, disséqué, exploré, chaque micro-événement de la journée du roi étant prétexte à d'autres rappels sur le roi et son règne. Et le moindre détail nous dévoile la réalité d'un monde dont on ignore finalement beaucoup, la plume alerte de Philippe Beaussant remettant en place pas mal d'idées reçues :

« Ainsi va l'Histoire. C'est une bâtisse édifiée à l'aide de blocs d'images toutes faites que nous nous transmettons, souvent (mais pas toujours) sans penser à mal, mais sans davantage nous demander si elles sont vraies ou si ce sont, elles aussi, des postiches. Et quand bien même nous le saurions, l'image que nous savons inexacte reste parfois plus forte que la vérité que nous n'ignorons pas. "L'Etat, c'est moi", il ne l'a pas dit. "Après moi le déluge", Louis XV non plus. "La Garde meurt mais ne se rend pas", même pas Cambronne. Mais c'est plus fort que si c'était vrai. L'Histoire est toujours à la ressemblance de ce que nous voulons qu'elle soit. »

A la fois micro-biographie ramenée à l'échelle d'une seule journée, précis d'histoire et roman, ce livre se lit avec délectation : la plume est légère et fine, le discours limpide et le sujet passionnant !

 

BlueGrey

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Philippe Beaussant, Le Roi-Soleil se lève aussi, éd. Gallimard, 2000, 212 pages, 13,42 €.

Les avis de Lisa, Cuné et du Bibliomane.

16.01.2009

Lâchons les chiens – Brady Udall (1997)

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Lâchons les chiens.gifEn onze nouvelles, onze instantanés de vie, Brady Udall nous plonge dans "l'Amérique profonde", celle des petits patelins paumés d'Utah et d'Arizona où il ne se passe jamais rien. Pourtant, c'est bien là que Brady Uddal situe tous ses récits, et il sait tromper l'ennui et la normalité malsaine des bleds où ces nouvelles prennent place par un recours naturel au comique et une générosité humble mais réelle.

Dans ces onze nouvelles, pas de femmes, ou presque. Elles sont parties, ou mortes. Quant aux hommes, ce sont ceux en marge de la société américaine : indiens, petits-blancs, derniers cow-boys, vieux fous, jeunes campagnards. Ils rongent leurs existences, conduisent des pickups, vivent de petits boulots, éclatent épisodiquement en échauffourées alcooliques qui nourrira la conversation des prochaines semaines... ils semblent en attente de quelque chose d'indéfini, comme assis au bord de la vie.

De ces destins pathétiques et morceaux de vie insignifiants, Brady Udall tire la trame de récits captivants, souvent cocasses, parfois légèrement dérangeants et toujours un peu déjantés. Car Brady Udall a un talent fou pour raconter des histoires à la fois improbables et bêtement plausibles. Et chacune de ses nouvelles, fictions sinueuses, est illuminée d'un humour en demi-teinte, d'une ironie voilée et du charisme involontaire de protagonistes résolument paumés mais étrangement attachants.

En une poignée de pages, Brady Udall mène sobrement son récit vers une chute qui n'en est pas vraiment une, car la vie, aussi pitoyable et désespérante soit-elle, doit continuer...

 

BlueGrey

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Brady Udall, Lâchons les chiens (Letting Loose the Hounds), traduit de l'américain par Michel Lederer, éd. 10/18, 2000 (1997), 247 pages, 7 €.

L'avis de BMR&MAM.

Du même auteur : Le destin miraculeux d'Edgar Mint

13.01.2009

Crime Song, La ballade de Billy Porter - Jake Arnott (2001)

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Crime song.gifLondres, années 60 : trois policiers sont abattus de sang-froid. Autour de ces meurtres naviguent Billy la petite frappe pris dans l'engrenage de la violence, Frank le flic ambitieux qui vogue en eaux troubles et Tony le dépravé, journaliste à scandales à la dérive. De l'effervescence psychédélique des swinging sixties à la brutalité de la période Thatcher des années 80, on suit l'évolution en chute libre de ces trois personnages sur près de 20 ans. L'auteur nous plonge avec habileté dans un maelstrom nauséabond fait de brumes londoniennes, rues sombres et sinueuses, odeur d'alcool, bistrots mal famés, trafics divers, flics corrompus, petits malfrats et pute troublante.

Un polar de facture classique mais efficace avec, au-delà de l'intrigue policière, en filigrane, l'évocation du malaise d'une société en métamorphose : libération des mœurs, mouvements pacifistes, grèves des mineurs, émeutes, répression policière, corruption... En cette période trouble, il y a quelque chose de pourri au royaume d'Angleterre...

Crime Song est le deuxième volet de la trilogie policière de l'écrivain anglais Jake Arnott après Crime Unlimited et avant True Crime, mais peut se lire indépendamment des deux autres volets.

 

BlueGrey

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Jake Arnott, Crime Song, La ballade de Billy Porter, traduit de l'anglais par Colette Carrière, éd. Passage du Marais, 2003, 308 pages, 21 €.

10.01.2009

Que la nuit demeure – Michèle Lesbre (1999)

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Que la nuit demeure.gifEté 1987 : le couple Carlat vient séjourner dans une maison isolée dans la montagne, maison qu'ils louent à l'étrange Antoine Pellot. Cet homme frustre, qui de fait devient leur inquiétant voisin, semble tourmenté par un passé obscur. Un jour, un "accident" se produit...

1997 : au moment d'archiver le dossier de l'affaire, André Martin, le flic qui en fut chargé, se souvient... Il se souvient surtout d'Anne Carlat, trop jeune pour son mari, trop belle pour passer ses vacances dans un coin pareil, trop triste pour son âge et surtout, trop semblable à Cécile, la fille suicidée d'André...

Ainsi confronté à Anne, sosie de sa fille suicidée, André cherche sa présence avant tout et prolonge les interrogatoires : il veut tout savoir d'elle. Chaque détail, même le plus insignifiant, même déconnecté de l'affaire, le nourrit. Il s'en délecte, s'en repaît, s'en saoule, se complaît dans l'amertume du souvenir de sa fille. Elle, joue le jeu : épouse trompée, elle trouve en lui le confident bienveillant dont elle avait besoin et raconte son quotidien. La déposition d'Anne se transforme en analyse, la simple enquête de routine d'André vire à l'obsession.

Michèle Lesbre a un ton particulier qui met parfaitement en valeur les ambiances et les personnages. Ainsi, alors que l'histoire se situe dans une région de lumière (le Sud), on a sans cesse l'impression qu'il fait gris et poisseux. Michèle Lesbre est économe en mots et use d'une écriture retenue : elle évite les mièvreries stylistiques et tout sensationnalisme. Dans son univers de déambulations mentales, le moindre mot ou geste de ses personnages est à disséquer pour saisir les dérèglements de chacun, ces petites folies qui font les grands drames. A moindre mot, Michèle Lesbre rend la grisaille des existences dans leur banalité et fait ressentir la profonde détresse d'André -père meurtri- et d'Anne -femme bafouée- mais aussi d'Antoine Pellot, second rôle énigmatique très bien campé. Ce roman, pas bavard donc, mais précis, est d'une grande maîtrise dans sa construction. Dommage que sa partie conclusive soit plus brouillonne, un peu décousue et confuse, pataude même. La chute, violente, que l'on pressent et vers laquelle on accompagne André, ne m'a pas convaincue.

 

BlueGrey

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Michèle Lesbre, Que la nuit demeure, éd. Actes Sud, coll. Babel noir, 1999, 182 pages, 7,50 €.

Les avis de Malice et de Lily.

07.01.2009

Une sale rumeur – Anne Fine (1998)

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Une sale rumeur.gifLiddy, Stella, Bridie et Heather sont quatre sœurs extrêmement liées, bien qu'aux caractères très différents. Elles forment un véritable clan, soudé et fort. Elles habitent la même ville, se voient souvent et  se téléphonent encore plus. Elles partagent joies et peines, anxiétés et réussites. Elles n'ont aucun secret les unes pour les autres. A ce qu'il paraît.

Jusqu'au jour où Stella, qui a eu vent d'une vague rumeur -invérifiée et surement infondée- de pédophilie au sujet du fiancé de Liddy, en parle à Bridie. Celle-ci, assistante sociale, est catégorique : il faut alerter Liddy au plus vite, même au risque de détruire son tout nouveau bonheur. Mais Stella n'en est pas convaincue, Heather non plus. Leurs discussions s'enveniment, raniment les anciens conflits. Finalement, Bridie obtient gain de cause et révèle la rumeur à sa sœur, "pour son bien" évidement, mais la réaction de Liddy, d'une grande violence, n'est pas celle escomptée : elle accuse sa sœur de mentir, d'inventer pour ternir son bonheur et du jour au lendemain, coupe tout contact. Et Bridie se retrouve esseulée, mise à l'écart par ses sœurs.

 

Contrairement à ce que peut laisser présager son titre en français, le sujet de ce roman n'est pas de dénoncer la violence et les méfaits du "bruit qui court" et qui peut sur son passage détruire l'existence de sa victime. Pour Anne Fine, la rumeur n'est qu'un prétexte. En imposant un choix aux sœurs -parler ou se taire- elle est le révélateur de dissonances familiales sous l'hypocrite façade de "famille idéale". Anne Fine se sert donc de ce prétexte pour mener une sorte d'étude-critique des rapports familiaux : rapports de force qui peuvent exister entre les membres d'une fratrie, jalousie, rancœurs et méchanceté qui peuvent aussi parfois être à l'œuvre, hypocrisies, renoncements et non-dits auxquels il faut se livrer pour conserver l'illusion de former une famille...

Hélas ! Le trait est bien trop forcé pour être crédible. Les personnages sont sans nuances, (stéréotypes de femme au foyer ou de femme d'affaires) et leurs actions et réactions outrancières. Quant aux dialogues, ils sont répétitifs et convenus. Bref, tout (situations, actions et personnages) est lourd et exagéré dans ce roman qui manque de finesse, de tendresse et de drôlerie alors que le sujet pouvait s'y prêter. L'auteur semble avoir uniquement basé son récit sur la cruauté des situations et des personnages qui oscillent entre insupportable apitoiement et colère démesurée.

Par exemple, dans toute la partie centrale du roman, entre le moment de la révélation à Liddy et le moment du revirement de Bridie, on fait du surplace : Bridie se lamente indéfiniment sur sa mise à l'index et met une éternité à en comprendre la raison sous-jacente alors que le lecteur la comprise depuis, pfff, bien longtemps déjà. Et Bridie tombe alors d'un excès à l'autre : alors que jusque-là elle avait basé sa vie entière sur ses relations avec ses sœurs au détriment même de son mari et de ses fils, la voilà qui renie sa fratrie et met en place, sans aucun scrupule, une vengeance bien ignominieuse.

Alors quoi ? La "morale" de ce roman serait que toute famille qui semble idyllique ne serait en fait que pourriture intrinsèque ? Il n'y a donc pas de place à l'entre-deux, à la nuance, à la finesse, chez Anne Fine ? Il semblerait que non. Dommage.

 

BlueGrey

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Anne Fine, Une sale rumeur (Telling Liddy), traduit de l'anglais par Dominique Kluger, éd. de l'Olivier, 1998, 267 pages, 16,77 €.

Jules a abandonné à la page 172 !

05.01.2009

Merveilleuse année 2009 !

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Après quelques semaines en famille et loin du net, je profite de la reprise pour vous adresser à tous mes meilleurs voeux pour la nouvelle année. Que 2009 vous soit douce et agréable, qu'elle vous apporte tout selon vos désirs, et surtout qu'elle soit remplie de plein de petits et grands bonheurs pour vous et vos proches...

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