26.09.2009
A l'Ouest rien de nouveau – Erich Maria Remarque (1929)





A travers le témoignage d'un soldat allemand de la Première Guerre mondiale, A l'Ouest rien de nouveau constitue un magnifique, poignant et tragique manifeste pacifiste.
Ecrit à la première personne, au présent, on y suit un simple soldat, presque un enfant, qui s'est engagé volontaire à 17 ans en même temps que toute sa classe, sous les exhortations de son professeur. Il ne raconte pas de vastes mouvements de troupes ou des offensives et contre-offensives ; on ne sait trop ce qui se passe sur l'ensemble du front, encore moins ce que décident les états-majors. Simplement, avec une sobriété qui en souligne l'horreur, il raconte la vie quotidienne au front et dans les tranchées : la pluie, la boue, la vermine, les bombardements, les gaz, les veilles, les attaques au petit jour, les nuits en flammes... Avec, parfois, de minuscules plaisirs qu'il faut savoir saisir pour ne pas sombrer dans le désespoir ou la folie, et parce qu'on n'est pas sûr de voir le lendemain ni l'heure qui vient.
Et partout, toujours, à chaque instant, l'omniprésence de la mort. La même bien sûr de chaque côté des lignes.
À l'ouest rien de nouveau est un roman réaliste et bouleversant, une sobre dénonciation du non-sens de la guerre par un récit qui restitue avec intensité l'atroce brutalité de la Grande Guerre.
« Le silence se prolonge. Je parle, il faut que je parle. C'est pourquoi je m'adresse à lui, en lui disant : "Camarade, je ne voulais pas te tuer. Si, encore une fois, tu sautais dans ce trou, je ne le ferais plus, à condition que toi aussi tu sois raisonnable. Mais d'abord tu n'as été pour moi qu'une idée, une combinaison née dans mon cerveau et qui a suscité une résolution ; c'est cette combinaison que j'ai poignardée. A présent je m'aperçois pour la première fois que tu es un homme comme moi. J'ai pensé à tes grenades, à ta baïonnette et à tes armes ; maintenant c'est ta femme que je vois, ainsi que ton visage et ce qu'il y a en nous de commun. Pardonne-moi, camarade. Nous voyons les choses toujours trop tard. Pourquoi ne nous dit-on pas sans cesse que vous êtes, vous aussi, de pauvres chiens comme nous, que vos mères se tourmentent comme les nôtres et que nous avons tous la même peur de la mort, la même façon de mourir et les mêmes souffrances ? Pardonne-moi, camarade ; comment as-tu pu être mon ennemi ? Si nous jetions ces armes et cet uniforme tu pourrais être mon frère, tout comme Kat et Albert. Prends vingt ans de ma vie, camarade, et lève-toi... Prends-en davantage, car je ne sais pas ce que, désormais, j'en ferai encore." »
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Erich Maria Remarque, A l'Ouest rien de nouveau (Im Westen nichts Neues), traduit de l'allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac, éd. Le livre de poche, 1973 (1929), 219 pages, 5 €.
Thématique : un classique
Chez les copines : ALaure, Anjelica, Ankya, Choupynette , Erzébeth, Etoiledesneiges, Ofélia, YueYin.
16:45 Publié dans => Lire & délires | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature allemande, guerre, soldat, première guerre mondiale
27.04.2009
Les croissants du dimanche – Annie Saumont (2008)


Ces "croissants du dimanche" sont 19 (parfois très) brefs récits où les savoureuses viennoiseries, malgré le titre du recueil, n'ont aucune place. Ces récits traitent tous d'infimes moments d'une vie, de petits riens du tout, par lesquels on devine, entre les lignes, des fêlures : cœurs solitaires, enfants battus, assassins... aucun d'eux ne se présente à visage découvert, et on découvre leur vraie nature entre les lignes, dans ce qui est tu.
Les nouvelles d'Annie Saumont parlent de misère, de désillusion et d'ennui... et nous ennuient. Car trois pages ne suffisent pas toujours à raconter une histoire, mais suffisent parfois à installer l'ennui. Le style saccadé, la narration éclatée, la syntaxe malmenée et les personnages sans relief provoquent l'agacement et le bâillement.
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Annie Saumont, Les croissants du dimanche, éd. Julliard, 2008, 184 pages, 16 €.
Thématique : gourmandises
Chez les copines : Anjelica essaie d'amadouer La maîtresse des épices, Choupynette aime Les prunes et savoure Le dîner de Babette, Erzébeth se vautre gaiement dans le chocolat et YueYin affronte La colère des aubergines.
10:25 Publié dans => Lire & délires | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, nouvelles
02.02.2009
Eloge de la caresse – François Solesmes (1989)
Ce petit livre se présente comme étant un traité sur l'art de la caresse, un hymne au désir et au plaisir révélés par la main de l'homme explorant le corps féminin... Mmm, prometteur pour notre rendez-vous du club Lire & Délires ayant pour thématique "galipettes, muscles utiles et autres turpitudes". Hélas ! Un récit décousu, une écriture ampoulée, empesée et alambiquée, un style bouffi d'envolées pseudo-poético-lyriques rendent la chose illisible et même risible. Démonstration par l'exemple (spéciale dédicace à YueYin, qui adore cet extrait): « En présence de cette main d'homme, une peau - de femme, le plus souvent. Laquelle, bien plus que nous, exerce son sens du toucher. Que ce soit par nécessité ou par goût, elle sait d'expérience la mansuétude de la farine, le fourmillement de la semoule, la rugosité tempérée de l'avocat que l'on prend, puis, fendu, son onctuosité figée. » Haaa ! La mansuétude de la farine !!!
Le tout m'a laissé totalement froide et indifférente : le comble pour un récit érotique !
Conclusion : le poético-lyrique tue l'érotisme mais accentue le comique...
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François Solesmes, Eloge de la caresse, éd. Phébus, coll. libretto, 2006 (1989), 114 pages, 6,90 €.
Thématique : galipettes, muscles utiles et autres turpitudes
Chez les copines : ALaure, Anjelica, Choupynette, EtoileDesNeiges, Erzébeth et YueYin.
20:52 Publié dans => Lire & délires | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, érotisme
17.11.2008
Fahrenheit 451 – Ray Bradbury (1953)




Fahrenheit 451 est un classique de la science fiction, le genre de roman dont tout le monde a entendu parler mais que peu ont lu. D'autant que son adaptation cinématographique réalisé par Truffaut en 1966 est elle aussi devenue un classique. Moi-même je ne l'ai pas lu, mais vu au lycée et certaines de ses scènes sont à jamais gravées dans ma mémoire : celle de l'incendie de la maison de la vieille femme qui choisit de s'immoler avec ses livres et celle des "hommes-livres" psalmodiant à l'infini leur "contenu" afin qu'il ne soit pas perdu. Notre thématique "retour aux sources" du dernier RDV du Club Lire & délires était donc pour moi l'occasion idéale pour enfin me plonger dans ce livre fondateur.
451 degrés Fahrenheit, c'est la température à laquelle le papier s'enflamme et se consume. Dans une société totalitaire future indéterminée, c'est aussi le sigle des pompiers dont la fonction est, non plus d'éteindre, mais d'allumer le feu. Il s'agit en effet de bruler les livres, source de questionnement et de réflexion, ferment d'individualisme, au nom du bien commun et du caractère subversif de toute démarche créatrice. Montag, pompier d'élite, allume gaiement ces autodafés jusqu'au jour où une jeune fille au regard vif lui pose la question insidieuse : « Vous arrive-t-il de lire les livres que vous brûlez ? ». Montag se met alors à douter, à subtiliser quelques livres, à remettre en question les principes acquis, à rêver d'un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l'imaginaire au profit d'un bonheur immédiatement consommable, et sa révolte croît contre une société totalement dépersonnalisée.
Ainsi Fahrenheit 451, selon une démarche classique du récit de science-fiction, projette dans le futur, en la radicalisant de façon à lui donner valeur de mise en garde, une situation contemporaine particulière et inquiétante. En effet le livre a été publié aux Etats-Unis en 1953, l'année où culmine la psychose anticommuniste portée par le maccarthysme, période de réduction de la liberté d'expression, période limitant les droits civiques sous le motif de défendre la sécurité nationale. Par son ouvrage, Ray Bradbury pousse un cri d'alarme sur ce qui pourrait advenir. Il écrit Fahrenheit 451 précisément pour que l'univers terrifiant qu'il y imagine ne devienne jamais réalité.
Est-ce à dire que Fahrenheit 451, parce que sa vision de l'avenir n'a pas été confirmée par l'Histoire, est aujourd'hui dépassé, totalement obsolète ? Bien évidemment non, car son propos reste éminemment pertinent de nos jours : il y est question de guerre larvée entre grandes puissances, de course à l'armement, de danger du nucléaire, de la coupure de l'homme d'avec la nature, de mégalopoles anonymes et déshumanisées, de déliquescence du lien social, de société de consommation et de divertissement, d'uniformisation de la pensée et de conformisme. Il y est aussi et surtout question de l'impérialisme des médias, du grand décervelage auquel procède la publicité, les jeux, les feuilletons et autres niaiseries télévisuelles abrutissantes. Bradbury souligne « il y a plus d'une façon de brûler un livre », l'une d'elle, la plus insidieuse, est de rendre les gens incapables de lire par inculture, désintérêt pour la littérature, paresse mentale ou simple désinformation.
Alors, amis, résistons : lisons !
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Ray Bradbury, Fahrenheit 451, traduit de l'américain par Henri Robillot, éd. Gallimard, coll. folio SF, 2000 (1953), 213 pages, 5€.
Thématique : retour aux sources
Chez les copines : ALaure, Anjelica, Choupynette, EtoileDesNeiges, Erzébeth (notre nouvelle recrue !), YueYin et Gaël (Ouaip ! Gaël aussi, c'est une copine !).
20:27 Publié dans => Lire & délires | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, sf, anticipation, contre-utopie, dystopie, livres
23.09.2008
"Lire & délires" vous invite...
Lire & délires c'est le club lecture des blogueuses toulousaines (et assimilées) : Anjelica, ALaure, YueYin, Flo (qui n'a plus de blog), Choupynette, Etoiledesneiges et moi-même. But du club ? Lire et parler lecture bien sûr et (mais ceci est accessoire, bien entendu) se retrouver régulièrement autour d'un bon repas, pour papoter gentiment en se baffrant allégrement...
Lors de notre dernière rencontre, le WE dernier, nous avons eu envie de vous lancer invitation : vous zaussi participez à notre prochaine rencontre et viendez nous retrouver autour d'une lecture ou d'un goûter !
Notre prochaine rencontre est prévue mi-novembre avec pour thématique "retour aux sources" (que je vous explicite dans quelques instants, pas de panique !) et nous vous proposons donc d'y participer soit virtuellement, soit réellement, soit les deux ! Pour cela rien, de plus simple : il vous suffit de lire un livre correspondant à notre thématique et de publier sur vos blogs votre commentaire le jour J (pas encore déterminé). Et pour ceux qui vivent dans le coin ou qui seraient de passage dans la région mi-novembre, nous vous invitons à participer à notre prochaine rencontre qui aura lieu dans un lieu public pour désinhiber les plus timides... WOILA ! Je vous ai tout dit, ou presque, il me reste plus qu'à expliciter notre thématique "retour aux sources".
Le "retour aux sources" keskecé ?
L'idée de départ était de revenir aux origines d'un mythe. L'idée m'en est venue avec l'engouement actuel de la littérature pour les vampires : je suggérais à mes petites camarades de se plonger dans le «Dracula» originel, celui de Bram Stoker. Et pour ceux qui sont fascinés par la mythe de l'Atlantide, pourquoi ne pas s'intéresser aux écrits sur le sujet de Platon et Hérodote? Bon, arrivée là, je sens quelques zinquiétudes zet scepticismes... Mais mon retour aux sources peut facilement être élargi à des écrits contemporains : lire le roman ayant inspiré un film ou dessin animé qui vous a particulièrement plu par exemple. Et là les exemples foisonnent, dans tous les genres! Voici quelques idées :
Le Seigneur des anneaux – JRR Tolkien
La tombe des lucioles – Akiyuki Nosaka
Un long dimanche de fiançailles – Sébastien Japrisot
La ferme africaine – Karen Blixen
Le nom de la rose – Umberto Eco
Un secret – Philippe Grimbert
Mystic River – Dennis Lehane
Alors, n'hésitez pas et joignez-vous à nous !
09:10 Publié dans => Lire & délires | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Lire & délires
20.09.2008
Le papyrus de Venise – François Darnaudet (2006)



1878, Wyoming : Edward Drinker Cope, célèbre chasseur de dinosaures, fait une découverte déconcertante lors d'un chantier de fouilles.
2025, Venise : Monsieur Despons, antiquaire-libraire et trafiquant d'œuvres d'art, est engagé pour retrouver un manuscrit perdu.
25 juin 1876, Little Big Horn : les hommes du 7e régiment de cavalerie de l'US Army du lieutenant-colonel Custer affrontent une coalition de Cheyennes et de Sioux.
24 novembre 1870, Paris : le poète Lautréamont meurt alors que le Second Empire s'effondre.
A travers les siècles et les continents, les géants descendants des atlantes s'opposent aux énigmatiques Hommes en noir. L'enjeu : un mystérieux papyrus qui prouverait l'existence de la mythique Atlantide et révèlerait ainsi l'histoire oubliée des origines des civilisations.
L'auteur entraîne le lecteur dans une quête effrénée des secrets de la mythique Atlantide. Récit à épisodes, intrigue-puzzle, mélange des lieux et des époques : l'auteur joue à brouiller les pistes tout en maintenant la cohérence de l'ensemble. Toutefois, mieux vaut ne pas trop parceller sa lecture si on veut saisir toutes les imbrications ! La construction éclatée du roman, les chapitres courts et le style serré donnent un souffle vigoureux au récit, mais au final on peut regretter que l'histoire s'achève aussi vite et n'ait pas été plus développée. En effet le récit est habile, bien pensé, bien écrit, bien construit, très documenté, on y sent toute la passion de l'auteur pour le sujet, et il tient le lecteur en haleine jusqu'au bout, mais... Mais on en voudrait plus ! Alors qu'il est évident que ce roman repose sur un travail documentaire solide qui ouvre des myriades de possibilités scénaristiques, on ne peut que regretter que Darnaudet n'est pas plus étoffé son récit dont la fin est bien trop hâtée ! Il y avait indubitablement là matière à beaucoup plus ! Du coup il est difficile de se départir de cette impression que le potentiel de cette intrigue n'a pas été réellement exploité. Et on quitte ce récit passablement frustré...
Le roman est complété par une nouvelle pseudo-autobiographique axée sur l'intérêt de l'auteur pour le fantastique, et par trois nouvelles très émouvantes portant sur la disparition de sa mère où le trouble, la nostalgie et le désarroi s'entremêlent aux souvenirs d'enfance.
BlueGrey
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François Darnaudet, Le papyrus de Venise, éd. Nestiveqnen, 2006, 223 pages, 17 €.
17:55 Publié dans => Lire & délires | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, roman, fantastique, Atlantide, Lire & délires
11.06.2008
Le livre de Dina – Herbjorg Wassmo (1989)
A ALaure, Anjelica, Choupynette, EtoileDesNeiges, Flo et YueYin, mes copines du Club "Lire et délires" : oui, oui, je sais, cette chronique s'est faite attendre, mais elle n'en sera que meilleure!






Le livre de Dina : le titre retenti tel celui d'une saga romanesque. Sauf que pas du tout. Cette histoire là, si elle peut marginalement s'apparenter à une saga, n'a absolument rien de romanesque. Pas de sentimentalisme, pas d'émotion tendre, pas de douceur. Que Non. Rien de tel. Alors quoi ? Alors "Dina" !
Le livre de Dina, c'est en fait trois livres, trois tomes qui ne nous parlent que de Dina. Exclusivement. 616 pages qui nous racontent Dina. Mais qui donc est Dina ?
C'est à l'extrême pointe de la Norvège, au Nordland, pays de fin du monde figé dans un linceul de glace, que se déchaîne Dina, la furie. Femme-enfant sauvage, créature imprévisible et insatiable, Dina est entière, passionnée, voluptueuse, affolante, déroutante, révoltée, écorchée, farouche, indomptable, échevelée, arrogante, fière, mystérieuse, fascinante, envoûtante, effrayante... Dina consume tout et tout le monde autour d'elle. Dina est indépendante, sans vergogne, insolente, tumultueuse, hallucinée, instinctive, excessive, possessive, exclusive, violente, enragée, incontrôlable. Dina est libre. Dina est folle, peut-être. Dina est magnifique. Et j'aime Dina. Voilà, c'est dit. Oui, malgré sa noirceur, malgré sa folie, malgré sa violence, malgré sa rage et sa hargne, je l'aime.
L'auteur est pourtant sans complaisance ni compassion pour son héroïne. Elle expose d'une écriture précise et incisive le cas "Dina" : une dose de candeur, une louche d'animalité, une touche de sensualité, un rien de désespoir et un grain de folie...
Le livre de Dina est un portrait en clair-obscur, un requiem, un chant de douleur et de violence, de folle passion et de d'insondable solitude. C'est une longue incantation tragique, un tourbillon de désolation, un hurlement au clair de lune, un coup de poing en pleine figure, une chute sans fin...
C'est Dina.
BlueGrey
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Herbjorg Wassmo, Le livre de Dina, tome 1, Les limons vides (Dinas Bok), traduit du norvégien par Luce Hinsch, éd. 10/18, coll. Domaine étranger, 2002 (1989), 172 pages, 6 €.
Herbjorg Wassmo, Le livre de Dina, tome 2, Les vivants aussi (Dinas Bok), traduit du norvégien par Luce Hinsch, éd. 10/18, coll. Domaine étranger, 2002 (1989), 190 pages, 6 €.
Herbjorg Wassmo, Le livre de Dina, tome 3, Mon bien-aimé est à moi (Dinas Bok), traduit du norvégien par Luce Hinsch, éd. 10/18, coll. Domaine étranger, 2002 (1989), 254 pages, 7 €.
Petit supplément : une interview de Herbjorg Wassmo.
23:00 Publié dans => Lire & délires | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, roman, Norvège, folie, Lire & délires
30.03.2008
Le nom de la rose – Umberto Eco (1980)



Genre : chronique médiévale,
intrigue policière et jeu littéraire
An de grâce 1327 : la chrétienté est en crise, divisée entre l'autorité du pape avignonnais Jean XXII et l'empereur d'Allemagne, Louis de Bavière, qui cherche à étendre son règne. Guillaume de Baskerville, moine franciscain, ex-inquisiteur et représentant du Saint-Empire doit organiser une rencontre pour réconcilier les instances religieuses qui soutiennent l'un ou l'autre des partis. Cette rencontre doit se dérouler dans une abbaye bénédictine isolée sur les contreforts d'une montagne, havre de sérénité et de neutralité, célèbre pour la science de ses moines et la richesse de sa bibliothèque où s'amasse, en milliers de volumes et de manuscrits, la somme du savoir humain. Mais dès son arrivée, accompagné de son secrétaire le jeune novice Adso de Melk, Guillaume de Baskerville se voit prier par l'Abbé d'enquêter sur la mort d'un moine, retrouvé écrasé aux pieds des murailles. C'est la première des sept morts suspectes qui vont égrener les sept journées et les sept chapitres de se récit, la clef de ces morts inexplicables semblant devoir être cherchée du côté de la mystérieuse et labyrinthique bibliothèque...
En apparence, Le nom de la rose est donc une chronique médiévale articulée sur une intrigue policière. En effet Umberto Eco livre ici un prodigieux document sur l'histoire du début du XIVe siècle, ses conflits et enjeux intellectuels, religieux et politiques. De plus il parsème son récit de ses propres réflexions sur l'époque médiévale, le rôle de l'Eglise, l'objectivité scientifique contre la subjectivité de la foi religieuse, l'art, la sémiologie... Il livre aussi un vrai et grand polar habilement mené, avec suspens savamment dosé, crimes en série, criminel hors pair qui ne se découvre qu'à l'ultime rebondissement d'une enquête haletante qui mêle réflexion, malice et cruauté. Enfin, il multiplie les références à la littérature, la plus transparente étant l'hommage rendu à Conan Doyle et son héros Sherlock Holmes dont Guillaume de Baskerville est le double. Le roman d'Umberto Eco est en lui-même une bibliothèque, où l'on se régale de reconnaître ici un passage de Zadig de Voltaire, de croiser là une évocation de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, et sans doute bien d'autres références encore, que je n'ai pas su relever ! Énigmes dans l'énigme, ces références sont si adroitement glissées qu'elles ne nuisent jamais à l'agilité de l'intrigue.
Le nom de la rose, sous sa forme amusante de roman policier et savante de devinette érudite, est au final un formidable plaidoyer contre l'obscurantisme, et pour la diffusion des savoirs et la liberté. Le tout porté par une érudition à aucun moment prétentieuse mais au contraire qui coule en phrases claires et précises, dans une écriture limpide.
BlueGrey
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Umberto Eco, Le nom de la rose (Il nome della rosa), traduit de l'italien par Jean-Noël Schifano, éd. LGF, coll. Le livre de poche, 1982 (1980), 534 pages, 6,50 €.
21:05 Publié dans => Lire & délires | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, roman, enquête, Moyen-Age, Lire & délires
23.01.2008
La Voleuse de livres – Markus Zusak (2005)






Interpellée par le titre de ce livre tombé entre mes mains grâce à Flo, je fus encore plus intriguée par sa quatrième de couverture où je découvris qu'il était question « d'une fillette, de mots, d'un accordéoniste, d'allemands fanatiques, d'un boxeur juif, et d'un certain nombre de vols », le tout conté par La Mort en personne ! Une mort pince-sans-rire (« Je n'ai pas de faux, ni de faucille. Je ne porte une robe noire à capuche que lorsqu'il fait froid. Et je n'ai pas cette tête de squelette que vous semblez prendre plaisir à m'attribuer. »), omniprésente et omnisciente, qui n'hésite pas à révéler dès le début du livre son dénouement : « Evidemment, c'est très impoli de ma part. Je suis en train de gâcher non seulement le dénouement du livre, mais la fin de ce passage particulier. Je vous ai annoncé deux événements, parce que mon but n'est pas de créer un suspense. Le mystère m'ennuie. Il m'assomme. Je sais ce qui se passe, et du coup vous aussi. Non, ce qui m'agace, me trouble, m'intéresse et me stupéfie, ce sont les intrigues qui nous y conduisent. » La Mort en fait d'ailleurs parfois un peu trop, notamment dans le prologue, inutilement grandiloquent et qui pourrait rebuter certains lecteurs. Je la préfère plus sobre, quand en quelques phrases dites en aparté, elle recontextualise son histoire et assène ainsi, l'air faussement détachée, une baffe au lecteur qui se laissait gentiment bercé par l'apparente indolence du récit :
« ETAT NOMINATIF ABREGE DE 1942
1. Les juifs désespérés – leur âme dans mon giron, tandis que nous nous tenions sur le toit, près des cheminés fumantes.
2. Les soldats russes – n’emportant que peu de munitions et comptant sur celles des morts et des blessés.
3. Les cadavres détrempés échoués sur le sable et les galets d’une côte française.
La liste est encore longue, mais j’estime pour le moment que trois exemples suffisent. Avec ces trois exemples, vous avez déjà dans la bouche le goût de cendres qui définissait mon existence cette année-là. »
Mais que la narratrice soit La Mort elle-même n'est pas la seule incongruité de ce livre. En effet ce récit tire l'essentiel de sa force de la confrontation de deux regards sur l'Histoire (avec un grand H) lors de l'une de ses périodes la plus trouble (l'Allemagne en 1939) : le regard d'une petite fille de 10 ans, Liesel, qui ne sait rien, et celui de La Mort, par définition omnisciente. Pas de faux suspense : La Mort annonce d'entrée de jeu que, malgré leurs trois rencontres, Liesel survivra à la guerre, et qu'elle a rarement rencontré âme aussi belle. Et c'est de cela qu'elle témoigne.
Les 530 pages du livre ont donc pour fil rouge l'histoire de Liesel. Après que La Mort eut emporté son petit frère et que sa mère l'eut abandonnée, Liesel est placée au sein d'une famille d'adoption, entre une mère (Rosa) autoritaire et un père (Hans) accordéoniste. Liesel grandit donc rue Himmel, le quartier le plus pauvre de Molching, petite bourgade près de Munich. Sa vie est rythmée par l'école, les engueulades de Rosa, les parties de foot, les rapines pour combler le creux des ventres, la camaraderie amoureuse du petit voisin, la tendresse de Hans, l'apprentissage de la lecture grâce au manuel du parfait fossoyeur, les jeunesses hitlériennes, le défilé des juifs en partance vers Dachau, les bombardements... C'est une histoire simple et limpide, c'est la petite histoire de petites gens pendant des années de guerre et d'horreur. Mais surtout, ce roman est un hymne à la vie qui nous offre une autre vision de cette période de chaos. Car au delà des drames, de la perte et de la destruction, la petite Liesel, à la fois forte et fragile, n'aura de cesse de se construire et d'apprendre.
La Voleuse de livres est un beau récit, habité par le talent narratif de l'auteur : la structure du récit est inattendue, la narration fluide, les rebondissements nombreux, les personnages formidables, le ton, parfois ironique ou faussement naïf, n'est jamais trouble, choquant ou morose malgré les thèmes abordés (le nazisme, la mort...). Seul bémol, le style un peu “léger”. Toutefois Markus Zusak a réalisé une fable singulière qui envoûte par son originalité. La Voleuse de livres célèbre l'amour de la lecture, les liens familiaux, la solidarité. Cette histoire de douleur et de fureur est avant tout un récit lumineux, une histoire universelle et humaniste où il est question d'amour, de résistance, de reconstruction et de résilience.
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Markus Zusak, La Voleuse de livres (The Book Thief), traduit de l'anglais (Australie) par Marie-France Girod, Oh ! éditions, 2007 (2005), 527 pages, 19,90 €.
14:20 Publié dans => Lire & délires | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, allemagne, enfance, mort, lire & délires
19.01.2008
Lire & délires
Lire & délires c'est le club lecture des blogueuses toulousaines (et assimilées) : Anjelica, ALaure, YueYin, Flo, Choupynette, Etoiledesneiges, Erzébeth et moi-même. But du club ? Lire et parler lecture bien sûr et (mais ceci est accessoire, bien entendu) se retrouver régulièrement autour d'un bon repas, pour papoter gentiment en se baffrant allégrement... Elle est pas belle la vie ?
J'ai raté la première rencontre du club qui a eu lieu le 30 octobre 2007 et qui avait pour thématique la littérature jeunesse, mais voici les compte-rendus des copines :
Anjelica a lu Quatre filles et un jean de Ann Brashares
Choupynette a lu L'amour en chaussettes de Gudule
EtoileDesNeiges a lu 35 kilos d'espoir d'Anna Gavalda
YueYin a lu Les abîmes d'Autremer de Danielle Martinigol
Par contre j'étais bien présente pour le second rendez-vous, le 19 janvier 2008, avec pour thème l'Australie
ALaure a lu Le gardénia blanc de Belinda Alexandra
Anjelica a lu La dernière valse de Mathilda de Tamara McKinley
Choupynette a lu La puissance de l'ange de Bryce Courtenay
Flo a lu Cul-de-sac de Douglas Kennedy
YueYin a lu Le pays d'en haut de Miles Franklin & Par-dessus le bord du monde de Tim Winton
Et j'ai lu pour l'occasion La Voleuse de livres du Markus Zusak
3e rencontre le 29 mars 2008 avec pour thématique "livre édité l'année de notre naissance"
ALaure n'a pas fait ses devoirs !
Anjelica a lu L'horloge sans aiguilles de Carson McCullers
Choupynette a lu Enfant de minuit de Salman Rushdie
EtoilesDesNeiges a lu Sacrées sorcières de Roald Dahl
Flo a lu Le lièvre de Vatanen d'Arto Paasilinna
YueYin a lu Les mangeurs d'étoiles de Romain Gary
J'ai lu Le nom de la rose d'Umberto Eco
4e rencontre le 30 mai 2008, avec pour thématique "livre avec un prénom dans le titre"
ALaure a lu Frank et Billy de Laurie Colwin
Anjelica a lu La noce d'Anna de Natacha Appanah
Choupynette a lu Shirley de Charlotte Brontë
YueYin a lu Zoli de Colum McCann
J'ai lu Le livre de Dina de Hebjorg Wassmo
5e rencontre le 20 septembre 2008 avec pour thématique "SFFF"
ALaure n'a toujours pas fait ses devoirs ! (bhouhouhou !)
Anjelica a lu Et après de Guillaume Musso
Choupynette a lu la série de Stephenie Meyer : Fascination, Tentation, Hesitation et Breaking dawn
EtoilesDesNeiges a lu La Mécanique du Coeur de Mathias Malzieu
Flo a lu La théorie des cordes de José-Carlos Somoza
YueYin a lu la série Uglies de Scott Westerfeld
J'ai lu Le papyrus de Venise de François Darnaudet
Erzébeth rejoint le club pour cette 6e rencontre du 15 novembre 2008 avec pour thématique "retour aux sources"
ALaure a lu Bonjour tristesse de Françoise Sagan
Anjelica a lu Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg
Choupynette a lu La passe dangereuse de Somerset Maugham
Erzébeth a lu Harold et Maude de Colin Higgins
J'ai lu Fahrenheit 451 de Ray Bradbury
Le 31 janvier 2009, 7e rencontre avec pour thématique "galipettes, muscles utiles et autres turpitudes..."
8e rencontre le 25 avril 2009 autour des "gourmandises":
Anjelica essaie d'amadouer La maîtresse des épices
Choupynette aime Les prunes d'Abdelkader Djemaï et savoure Le dîner de Babette de Karen Blixen
Erzébeth se vautre gaiement dans le chocolat avec Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl
YueYin affronte La colère des aubergines
J'ai lu Les croissants du dimanche d'Annie Saumont
La 9e rencontre, prévue fin juin, aura pour théme "un livre (roman, biographie, autobiographie...) dont un des personnages principaux est une personne réelle (morte ou vivante)".
22:30 Publié dans => Lire & délires | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : club, lecture, club lecture, livres, lire & délires























