22.06.2008
La ferme africaine – Karen Blixen (1937)



«J'ai possédé une ferme en Afrique, au pied du Ngong.»
Voici donc le livre qui a inspiré à Sydney Pollack son superbe film Out of Africa. YueYin m'a dit, en me le prêtant : "rarement adaptation cinématographie n'a été à la fois aussi fidèle et aussi éloigné de l'esprit du livre d'origine". Et une fois le livre fini, je ne peux qu'en convenir : l'adaptation cinématographique a totalement faussé les perspectives dans lesquelles la danoise Karen Blixen rédigea en 1937 son récit autobiographique. L'histoire est pourtant bien la même : Karen évoque les dix-sept années qu'elle passa au Kenya, entre 1914 et 1931, dans sa ferme de culture du café. Mais, contrairement à ce que laisse supposer le film, le plus grand amour de Karen n'est pas Denys Finch Hatton, le chasseur, évoqué de façon très allusive dans le livre. Non, son grand et véritable amour, c'est l'Afrique. Le coeur de Karen bat pour les splendeurs ocres du continent africain et la noblesse de ses habitants. Pour preuve, les denses descriptions et la prose poétique de ces curieuses "notes d'une émigrante". Car il ne s'agit pas d'un roman mais plutôt d'une sorte de carnet d'impressions et de souvenirs, divisé en courts chapitres (le tout paraît parfois un peu décousus d'ailleurs) qui nous plongent profondément dans l'âme africaine. Tout en dévidant ses souvenirs, Karen Blixen est parvenue à dépasser l'anecdote pour consigner bien plus qu'un simple témoignage ; un véritable travail d'ethnographe. Il y a l'exotisme de l'immense plantation, la vie sauvage au pied des montagnes, les safaris, les sortilèges de la brousse, les rituels ancestraux, la magie silencieuse du monde animal et, surtout, toutes ces pages où la danoise hypercultivée dévoile les secrets de l'âme noire. Karen dépeint sa vie au Kenya et met en avant sa découverte de la véritable nature, celle des lieux comme celle des hommes.
À la lecture de La ferme africaine, on est frappé par la retenue de Karen Blixen qui réussit le tour de force d'évoquer son expérience, ses réflexions, ses sentiments, sans se placer au centre du texte. Karen Blixen est la voix (authentique, sensible, et personnelle) qui révèle l'Afrique. Ce livre n'en reste pas moins pour autant un merveilleux portrait de femme. Une femme libre, forte, indépendante, cultivée, ouverte, tolérante, passionnée, terriblement moderne. Une femme au regard à la fois aigu et sensible, à l'écriture élégante et au style poétique, qui nous livre une lente, mélodieuse et magnifique mélopée dédiée à l'Afrique. Un hymne nostalgique à un bonheur perdu : «Lorsque mon cœur évoque l’Afrique je revois les girafes au clair de lune, les champs labourés, les faces luisantes de sueur pendant la cueillette du café. L’Afrique se souvient-elle encore de moi ? Est-ce que l’air vibre sur la plaine en reflétant une couleur que je portais ? Mon nom intervient-il encore dans les jeux des enfants ? La pleine lune jette-t-elle sur le gravier de l’allée une ombre qui ressemble à la mienne ? Les aigles du Ngong me cherchent-ils parfois ?»
BlueGrey
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Karen Blixen, La ferme africaine (Out of Africa), traduit du danois par Yvonne Manceron, éd. Gallimard, coll. Folio, 1978 (1937), 509 pages, 5,95 €.
L'avis de Karine.
21:20 Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, autobiographie, Afrique, Kenya
11.06.2008
Le livre de Dina – Herbjorg Wassmo (1989)
A ALaure, Anjelica, Choupynette, EtoileDesNeiges, Flo et YueYin, mes copines du Club "Lire et délires" : oui, oui, je sais, cette chronique s'est faite attendre, mais elle n'en sera que meilleure!






Le livre de Dina : le titre retenti tel celui d'une saga romanesque. Sauf que pas du tout. Cette histoire là, si elle peut marginalement s'apparenter à une saga, n'a absolument rien de romanesque. Pas de sentimentalisme, pas d'émotion tendre, pas de douceur. Que Non. Rien de tel. Alors quoi ? Alors "Dina" !
Le livre de Dina, c'est en fait trois livres, trois tomes qui ne nous parlent que de Dina. Exclusivement. 616 pages qui nous racontent Dina. Mais qui donc est Dina ?
C'est à l'extrême pointe de la Norvège, au Nordland, pays de fin du monde figé dans un linceul de glace, que se déchaîne Dina, la furie. Femme-enfant sauvage, créature imprévisible et insatiable, Dina est entière, passionnée, voluptueuse, affolante, déroutante, révoltée, écorchée, farouche, indomptable, échevelée, arrogante, fière, mystérieuse, fascinante, envoûtante, effrayante... Dina consume tout et tout le monde autour d'elle. Dina est indépendante, sans vergogne, insolente, tumultueuse, hallucinée, instinctive, excessive, possessive, exclusive, violente, enragée, incontrôlable. Dina est libre. Dina est folle, peut-être. Dina est magnifique. Et j'aime Dina. Voilà, c'est dit. Oui, malgré sa noirceur, malgré sa folie, malgré sa violence, malgré sa rage et sa hargne, je l'aime.
L'auteur est pourtant sans complaisance ni compassion pour son héroïne. Elle expose d'une écriture précise et incisive le cas "Dina" : une dose de candeur, une louche d'animalité, une touche de sensualité, un rien de désespoir et un grain de folie...
Le livre de Dina est un portrait en clair-obscur, un requiem, un chant de douleur et de violence, de folle passion et de d'insondable solitude. C'est une longue incantation tragique, un tourbillon de désolation, un hurlement au clair de lune, un coup de poing en pleine figure, une chute sans fin...
C'est Dina.
BlueGrey
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Herbjorg Wassmo, Le livre de Dina, tome 1, Les limons vides (Dinas Bok), traduit du norvégien par Luce Hinsch, éd. 10/18, coll. Domaine étranger, 2002 (1989), 172 pages, 6 €.
Herbjorg Wassmo, Le livre de Dina, tome 2, Les vivants aussi (Dinas Bok), traduit du norvégien par Luce Hinsch, éd. 10/18, coll. Domaine étranger, 2002 (1989), 190 pages, 6 €.
Herbjorg Wassmo, Le livre de Dina, tome 3, Mon bien-aimé est à moi (Dinas Bok), traduit du norvégien par Luce Hinsch, éd. 10/18, coll. Domaine étranger, 2002 (1989), 254 pages, 7 €.
Petit supplément : une interview de Herbjorg Wassmo.
23:00 Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, Norvège, folie
21.05.2008
Terra Mater (Les guerriers du silence, tome 2) – Pierre Bordage (1994)


A Syracusa les Scaythes se sont rendus indispensables au maintien de l'Empire et sont passés à une phase supérieure de leur plan : après les Scaythes Inquisiteurs, sondeurs des pensées, sont arrivés les Scaythes Effaceurs, qui annihilent la volonté des humains et leurs souvenirs. Tout semble prêt pour l'avènement du chaos et rien ni personne ne semble en mesure de l'arrêter. Pourtant, quelques individus, quelques inconscients, semblent reliés par un lien qui les attire irrésistiblement vers une petite planète bleue, une planète légendaire, la terre des origines, Terra Mater. Terra Mater, sur laquelle Tixu Oty et Aphykit se sont installés il y a seize années et sur laquelle ils ont rencontrés le jeune Shari. Tous les trois ont appris à maîtriser le voyage sur la pensée et sont devenus des Guerriers du Silence. Et c'est afin de rencontrer ces êtres légendaires qu'un garçon de huit ans, Jek At-Skin, entreprend un voyage improbable vers Terra Mater.
Voici donc le second tome de la trilogie Les guerriers du silence. Autant le dire tout de suite, mon sentiment concernant ce tome est bien moins enthousiaste que pour le premier.
Tout d'abord dans ce roman-ci les personnages principaux du volume précédent, Tixu et Aphykit notamment, jouent un rôle plutôt effacé. Alors que je m'étais attachée à eux dans le premier tome, il faut attendre le dernier quart du livre pour savoir ce qu'il advient d'eux ! Qu'à cela ne tienne, me direz-vous, il doit bien y avoir de nouveaux personnages tout aussi attachants dans ce roman. Certes. Une multitude de nouveaux personnages même. Un amoncellement époustouflant de personnages que l'auteur tue presque aussitôt. Dans Les guerriers du silence il ne fait particulièrement pas bon être un beau jeune ado, ni un vieux sage décrépit : c'est fou ce qu'il en meurt ! Le récit a ainsi une fâcheuse tendance à sombrer dans le sang et le stupre, avec un regrettable penchant à la pédophilie. J'imagine bien sûr que tout cela est censé marquer la déliquescence de la Confédération, mais cette banalisation de la pédophilie est vraiment déplaisante.
Enfin les exergues de début de chapitre dévoilent parfois les dénouements de certaines scènes à l'avance ! Certes, la solution est vite trouvée : ne pas les lire, tout simplement, mais enfin, j’ai tout de même trouvé cela assez agaçant !
Bref, mon intérêt a sooooombré durant ce récit... et ne s'est légèrement ranimé qu'en toute fin, juste à temps pour me décider à ouvrir le 3e tome (comme quoi Bordage sait ménager ses effets !).
La trilogie des guerriers du silence est aussi constituée de :
- Les guerriers du silence (tome 1)
- La citadelle Hyponéros (tome3)
BlueGrey
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Pierre Bordage, Les guerriers du silence, éd. L'Atalante, coll. Bibliothèque de l'évasion, 2005, 1636 pages, 45 €.
L'avis du biblioblog.
18:30 Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, SF, Space Opera, guerre, religion
18.05.2008
Mal de pierres – Milena Agus (2006)



Genre : amour, sexe et folie
Voici un roman un peu bizarre, au titre aussi énigmatique que son héroïne, une jeune Sarde étrange, une «vrai femme, avec ces beaux seins fermes, cette masse de cheveux noirs et ses yeux immenses». La jeune femme détonne au sein de sa famille et de sa communauté, en Sardaigne et en pleine Seconde Guerre mondiale. Pensez donc : célibataire à 30 ans, elle est déjà vieille fille ! Elle est pourtant entourée de jeunes hommes qui pourraient demander sa main, mais elle tarde à trouver un mari car elle a un caractère de cochon et une sorte de folie dans le regard. De plus elle écrit des poèmes érotiques à ses prétendants tout en ne rêvant que de l'amour fou et absolu !
Et puis on comprend, petit à petit, au détour d'un mot, d'une phrase allusive, que la jeune femme est un peu plus que simplement fantasque et rêveuse. Elle semble en décalage permanent, comme à contretemps, toujours à côté de sa propre vie. En fait, peu à peu, l'héroïne se révèle bel et bien "dérangée", comme on dit. Mais quel panache dans la folie ! Le terme d'ailleurs n'est jamais utilisé : il serait réducteur. Car elle n'est pas aliénée : c'est une passionnée, violente, excessive, fragile et sensible, parfois indifférente au monde, souvent mutique et distraite, toujours d'une liberté totale à l'égard de ce qui se fait ou pas:
«Bonjour, princesse.»
Et ma grand-mère riait, émue et heureuse :
«Princesse de quoi ?» […]
«Une princesse. Vous vous comportez comme une princesse. Vous ne vous souciez pas du monde autour de vous, c'est le monde qui doit se soucier de vous. Votre seule tâche est d'exister. C’est bien ça ?»
Et cette originalité, cette liberté, loin de faire d'elle une marginale, la rend attachante, bouleversante même. Pleine de sensualité, celle qui voit dans l'amour «la chose la plus importante» finit par le trouver, et c'est cette histoire qu'elle écrit dans un petit cahier noir à tranche rouge qui sera retrouvé par sa petite-fille, la narratrice de cette saga familiale.
En arrière-plan, les personnages secondaires sont peints par petites touches d'une grande finesse : le mari, épousé par raison pendant la Seconde Guerre, sensuel taciturne à jamais mal connu ; le Rescapé, brève rencontre sur le Continent, à l'empreinte indélébile ; le fils, inespéré, futur pianiste virtuose ; enfin la petite-fille, confidente post-mortem de son énigmatique grand-mère...
Avec une liberté de ton et une écriture délicieusement irrévérencieuse, Milena Agus dresse un portrait de femme sensible et libre, sans cesse tiraillée entre la raideur d'une société conventionnelle et la légèreté avec laquelle elle réenchante sa propre vie. Que j'aime les personnages comme elle, entiers et décalés, "en marge" et sans concessions ! Jusqu'à la dernière page, Milena Agus entretient le mystère de cette femme à travers un récit à deux voix (celle de l'héroïne et celle de sa petite-fille), jusqu'à l'ultime page qui transfigure la chronique familiale en magistrale métaphore de l'emprise que l'imaginaire peut avoir sur le réel.
«Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas».
BlueGrey
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Milena Agus, Mal de pierres (Mal di pietre), traduit de l'italien par Dominique Vittoz, éd. Liana Lévi, 2006, 123 pages, 13 €.
Les avis de Papillon, Cuné, Biblioblog, Sylire, Lilly, Chimère, Bernard, Gachucha, Tamara, BMR & MAM, Anne...
08:50 Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, folie, amour
02.05.2008
Métropolitain – Yan Marchand (2007)



Romuald est petit. Et laid. Et il le sait. Et il en est complexé, ce qui le rend cynique, ce qui le rend antipathique, ce qui le rend misanthrope. Il dégoutte, fait rire, choque, mais ne plaît pas, ça non ! Et surtout pas à sa collègue, la jolie Marie, qu'il passe son temps à mater, ostensiblement, histoire de la mettre mal à l'aise, en guise de petite vengeance mesquine.
C'est à la sortie du métropolitain que, pour la première fois, le chien a mordu Romuald. Le chien l'a suivi jusqu'à la banque, griffant et mordillant son ourlet et son mollet. Le soir, il l'a suivi de la banque à chez lui, mâchonnant toujours. Et le lendemain matin, le chien l'attendait derrière la porte de son appartement... Alors, il a bien fallu qu'il trouve un moyen de s'en débarrasser, de cet harceleur de chien ! Mais quand enfin il s'en est libéré, voilà que les gens autour de lui adoptent un comportement étrange, inexplicable, à coup de dents et de griffes !
Derrière un style serré et un humour sardonique, on découvre un texte étrange, un univers décalé et déroutant, entre fantastique et absurde. Une histoire de solitude et de manipulation, une histoire pas très plaisante, plutôt dérangeante. De celles dont on ressort quelque peu mal à l'aise, avec un mauvais goût qui reste au fond de la gorge. Force est alors de reconnaître l'habilité de l'auteur pour mettre en place l'engrenage infernal de la malédiction de Romuald et nous mener au bord de l'écœurement. Le format de ce récit, entre longue nouvelle et court roman, permet à l'auteur de développer son idée sans l'affadir, bien que l'on puisse regretter le final très abrupt.
Pour finir, je tiens à souligner la qualité de la maquette de cet ouvrage. Je suis très sensible au livre en tant qu'objet et celui-ci est très réussi, avec une illustration de couverture qui rend parfaitement compte de l'ambiance du livre, et un inhabituel mais bienvenu bonus en fin d'ouvrage présentant l'auteur et l'illustrateur. Bravo donc à la jeune maison d'édition « Griffe d'Encre » : c'est de la belle ouvrage que voilà !
BlueGrey
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Yan Marchand, Métropolitain, éd. Griffe d'Encre, coll. Novella, 2007, 45 pages, 7 €.
L'avis de Chimère sur ce livre et, pour en savoir plus, le site des éditions Griffe d'Encre.
17:20 Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, nouvelle, fantastique, absurde, chien, morsure
20.04.2008
Les beaux dimanches – Magali Duru (2007)



Genre : Bleu-gris
Pour Magali Duru, les beaux dimanches sont ceux qui mènent de la clarté des petits matins paisibles et plein de promesses aux désespoirs des jours où la raison se perd. Les beaux dimanches débutent dans la quiétude du train-train quotidien, toujours, avec juste en arrière plan un peu de tension qui s'insinue, mais une tension familière, de celle qui naît du banal et des habitudes, rien d'extraordinaire, quelques fêlures quasi invisibles à l'œil nu. Il faut la plume de Magali Duru pour zoomer dessus, pour percevoir les failles qui se cachent sous la sereine apparence de la vie quotidienne. Et les beaux dimanches basculent soudain, du bleu au noir. Les beaux dimanches sont alors ceux des morts inexpliquées et des cadavres à dissimuler, ceux des vengeances, ceux des visites à l'asile ou au parloir, ceux, encore, des secrets de famille révélés et des pervers en chasse... Ce sont des dimanches baignés d'inquiétude et de douleur, des dimanches où la mort rode.
Oui, de beaux dimanches en vérité, bien racontés, menées par un style et une écriture serrés, pesés, sans un mot de trop : de l'art de révéler le minimum nécessaire ! Onze nouvelles qui illustrent le mal ordinaire, celui qui naît de sentiments profondément humains, parfois tellement difficiles à maîtriser (solitude, impression d'abandon, jalousie, désenchantement...), et qui finit dans les rubriques des faits divers. Onze récits qui prennent à la gorge et serrent un peu, histoire de nous maintenir captif jusqu'au dénouement, noir ou poignant, toujours surprenant !
BlueGrey
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Magali Duru, Les beaux dimanches, éd. Quadrature, 2007, 135 pages, 16 €.
Un grand merci à Flo pour ce beau cadeau, un grand merci a Magali Duru pour sa jolie dédicace et surtout un grand merci à elle pour ce très beau recueil de nouvelles, très réussit, et qui déchaîne l'enthousiasme de la blogosphère. Les avis de Flo, Florinette, YueYin, Choupynette, Cuné, Fashion...
12:55 Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, nouvelles, mort, suicide, asile, prison, folie
07.04.2008
Les guerriers du silence (Les guerriers du silence, tome 1) – Pierre Bordage (1993)




Quelques cent mondes composent la Confédération de Naflin, parmi lesquels la somptueuse et raffinée Syracusa. Mais dans l'ombre de la famille régnante, les mystérieux Scaythes d'Hyponéros (des non-humains venus d'un monde inconnu et doués d'inquiétants pouvoirs psychiques) trament un gigantesque complot dont l'instauration d'une dictature sur la Confédération ne semble constituer que la première étape. Avec la pleine complicité de l'Église du Kreuz, aux visées expansionnistes et totalitaires, et la force armée des mercenaires de Pritiv, les Scaythes vont brutalement tenter de prendre le contrôle de la Confédération. Et les moines-guerriers de l'Ordre Absourate, force protectrice de la Confédération, ne paraissent pas avoir les moyens de leur faire obstacle... Pendant ce temps Tixu Oty, un obscur employé d’une compagnie de voyages intergalactiques par transferts cellulaires, qui noie son ennui dans l'alcool sur la planète Deux-Saisons, voit sa vie basculer à l'instant où Aphykit, une belle Syracusaine traquée, passe la porte de son agence et le supplie de l'aider à échapper à ses poursuivants...
Bon d'accord, résumer 576 pages de SF en un paragraphe est un exercice périlleux, et je dois déjà avoir perdu 3/4 de mes lecteurs, au minimum ! Pour ceux qui restent, voici donc un bon premier tome d'un (a priori) bon Space Opera, avec tous les ingrédients inhérents au genre : univers interplanétaire, planètes exotiques, civilisations extraterrestres baroques, guerre intergalactique, enjeux politiques, questionnement sur l'avenir de l'espèce humaine... Le tout porté par un véritable souffle épique et agrémenté d'un brin de romance. On lit donc ce pavé avec plaisir et sans le moindre ennui ! Seul et tout petit bémol : des néologismes mal fichus et agaçants (ondemort, brûlentrailles, ovalibus, personnair, etc) qui reviennent à longueur de texte.
La trilogie des guerriers du silence se poursuit avec :
- Terra Mater (tome 2)
- La citadelle Hyponéros (tome 3)
BlueGrey
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Pierre Bordage, Les guerriers du silence, éd. L'Atalante, coll. Bibliothèque de l'évasion, 2005, 1636 pages, 45 €.
L'avis du biblioblog.
22:10 Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, SF, Space Opera, guerre, religion
04.04.2008
L'attentat – Yasmina Khadra (2005)





Dans un restaurant de Tel Aviv, une jeune femme se fait exploser au milieu des clients. Toute la journée, à l'hôpital, le docteur Amine, brillant chirurgien israélien d'origine palestinienne, opère les victimes de l'attentat. Amine a toujours refusé de prendre parti dans le conflit qui oppose son peuple de naissance à son peuple d'adoption et s'est entièrement consacré à son métier, à sa femme Sihem et à construire leur bonheur. Jusqu'à ce jour. Jusqu'à ce que, au milieu de la nuit, on le rappelle d'urgence à l'hôpital pour examiner le corps déchiqueté de la kamikaze. Le sol se dérobe alors sous ses pieds : il s'agit de sa propre femme.
Dans un premier temps, Amine nie la vérité ; il ne peut admettre que sa femme, si douce et posée, ait pu commettre un acte aussi barbare. Se bousculent ensuite dans son esprit l'incompréhension, le désespoir, la colère, la révolte. Amine va alors partir en quête de vérité, sa conscience harcelée par cette question, à la fois élémentaire et complexe, qui n'a de cesse de revenir le torturer : pourquoi ? Quelles raisons ont pu motiver un tel acte ? Et comment lui, qui aimait tant sa femme, n'a-t-il rien vu venir ? Comment admettre l'impossible, comprendre l'inimaginable, découvrir qu'il a partagé, des années durant, la vie et l'intimité d'une personne dont il ignorait l'essentiel ? L'abomination aurait-elle ses raisons que notre raison ne connaît pas ? Dès que cette hypothèse s'immisce, le roman se tend, prend une densité que le premier ton, narratif, n'annonçait pas forcément.
A travers le destin singulier d'un seul personnage et à partir d'un drame intime, Yasmina Khadra réussit la gageure de mettre en scène la réalité du conflit israélo-palestinien et le déchirement tragique entre ces deux peuples frères-ennemis condamnés à vivre ensembles. Mené à la manière d'une enquête policière, L'attentat est un roman sur l'intégrisme. C'est un voyage initiatique au coeur du terrorisme qui ébranle toutes les certitudes. C'est une incursion dans les méandres de la conscience humaine. Le sujet n'est pas évident, délicat même, mais le questionnement est sincère et respectueux, sans parti pris. Et dès les premières lignes le lecteur est passionné, pris par ce roman audacieux, son rythme haletant, son style brillant et sa forte charge émotionnelle.
«Tous les drames sont possibles lorsqu'un amour-propre est bafoué. Surtout quand on s'aperçoit qu'on n'a pas les moyens de sa dignité, qu'on est impuissant. Je crois que la meilleure école de la haine se situe à cet endroit précis. On apprend véritablement à haïr à partir de l'instant où l'on prend conscience de son impuissance. C'est un moment tragique ; le plus atroce et le plus abominable de tous.»
BlueGrey
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Yasmina Khadra, L'attentat, éd. Julliard, 2005, 268 pages, 18 €.
Les avis de Kalistina, Flo, Florinette, et Anjelica.
23:30 Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, attentat, terrorisme, islamisme, kamikaze, intégrisme
01.04.2008
Au pays de Dieu – Douglas Kennedy (1989)


Genre : Jésus revient !
Interpellé par la montée de la religiosité en Amérique, Douglas Kennedy a voulu décortiquer, pour essayer de la comprendre, cette culture néo-chrétienne. Au pays de Dieu n'est donc pas une fiction, mais le récit du voyage qu'il a réalisé en 1988 dans la "ceinture de la Bible", au sud des Etats-Unis. De Miami à la Géorgie, Kennedy a collationné les rencontres et les personnages : des chanteurs de heavy metal se mettant à hurler «Boycottez l'enfer !», un ex-mafieux citant la Bible en continu et devenu berger des âmes, un prédicateur vedette au charisme foudroyant... Kennedy observe cette foi étalée et beuglée comme un jingle («Avec Dieu, soyez gagnants !»). Pour autant, Kennedy ne porte pas de jugement. Il reporte ce qu'il voit et entend avec beaucoup de modération et tente de garder distance et neutralité. Cependant, quelquefois, il ne peut empêcher sa plume de déraper vers l'humour et la causticité, sans toutefois tomber dans l'ironie méprisante ou le pamphlet. Kennedy aligne les anecdotes, mais ne se contente pas de décrire une situation : il dissèque le business des sectes adventistes et met à jour leurs stratégies de recrutement, dénonce le cynisme de prédicateurs véreux (une main sur le crucifix, une autre sur le porte-monnaie), démonte les méthodes marketing de téléachats des télévangélistes...
C'est avec stupeur que j'ai accompagné Kennedy à la rencontre de ces nouveaux fous de Dieu. Stupeur amusée ou stupeur effrayée, selon les cas. Car la brochette de personnages qu'il dépeint (luthériens, unitariens, évangélistes, baptistes, pentecôtistes, méthodistes, témoins de Jehova, etc.) et leurs innombrables variétés plus ou moins rigoristes, ont l'air, pour un esprit cartésien, tout droit sortis d'un asile de fous ou d'une entreprise tentaculaire de lavage de cerveau. Non qu'ils soient antipathiques, bien au contraire ! Ils sont accueillants, chaleureux, affables, courtois et sympathiques pour la plupart, mais d'un prosélytisme effrayant. Car ils ont la certitude d'avoir raison, de détenir la Vérité. Aucune place au doute, nulle part. C'est ça, le vrai cauchemar qui fait froid dans le dos. Seuls quelques personnages réellement sincères et quelques éclopés de la vie qui ont trouvé dans la foi manière à se reconstruire adoucissent le constat.
Avec cette lecture, je me suis aussi rendu compte que mon a priori – l'idée qu'une religiosité aussi baroque ne puisse appartenir qu'aux coins les plus reculés de l'Amérique – trahissait tout bonnement mon ignorance du phénomène. En effet, à en croire les sondages cités dans le livre, pas moins de 80 % des américains adultes croient en Dieu, 40 % croient aux anges et 25 % des américains ont connu une expérience de "re-naissance" dans la foi chrétienne. Et ce mouvement du néochristianisme, devenu le symbole de la résurgence religieuse aux Etats-Unis depuis le début des années 1980, n'a fait depuis que s'étendre géographiquement et se radicaliser vers un fondamentalisme toujours plus pur et dur.
A lire ce document, vous ne pourrez être que convaincus, tout comme je l'ai été, de la véracité de ce lieu commun : la réalité dépasse aisément la fiction !
BlueGrey
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Douglas Kennedy, Au pays de Dieu (In God's country : Travels in the Bible Belt, USA), traduit de l'américain par Bernard Cohen, éd. Pocket, 2006 (1989), 340 pages, 6,80 €.
Du même auteur : Cul-de-sac
23:55 Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, récit, voyage, religion
03.03.2008
Le festin chez la comtesse Fritouille – Witold Gombrowicz (1957)



Le festin chez la comtesse Fritouille : voici un tout petit recueil de nouvelles bizarres ! Petit recueil de trois nouvelles, trois récits assez différents mais tous trois dans une ligne surréaliste qui distille lentement un sentiment de malaise et de dégoût allant crescendo. Car le petit monde de Witold Gombrowicz, sous un aspect lisse et bien ordonné, s'avère vite être sans queue ni tête, sans logique ni raison. Chez Witold Gombrowicz, les situations les plus banales virent rapidement à l'absurde le plus incongru.
Dans le premier récit, Meurtre avec préméditation, un juge se rend chez une vieille connaissance pour régler une affaire d'héritage, mais à son arrivée dans la famille, il apprend le décès de son ami. Il s'obstine alors, contre toute vraisemblance et à l'encontre même des preuves matérielles, à vouloir démontrer que cette mort qui semble naturelle serait en fait un meurtre prémédité. Le récit dissèque les pensées des personnages, celles du magistrat, inflexible dans sa suffisance, et celles des membres de la famille du mort, femme, fille et surtout fils, qui semblent tous trois rongés par les doutes et l'angoisse. Les pensées du juge prennent peu à peu le pas sur le réel et vont jusqu'à le déformer pour le faire coïncider avec ses fantasmes. Le récit laisse toutefois la place au doute et le final ressemble à si méprendre à une méprise !
Suit Le festin chez la comtesse Fritouille, texte à la fois savoureux et monstrueux qui croque avec acidité les travers de la haute société. Etre invité aux dîners du vendredi chez la comtesse Fritouille est un immense honneur : convives élégants, nourriture délicate, conversation raffinée... Le narrateur, jeune bourgeois intellectuel, est ravi de l'invitation ! Mais peu à peu les manières très policées des convives laissent place aux piques perfides et autres remarques sournoises et le repas mondain se change en bâfrerie vorace autour d'un chou-fleur... Mais s'agit-il réellement d'un modeste chou-fleur ?
Enfin Virginité raconte les retrouvailles d'un jeune couple après une séparation de quelques années. Le jeune homme idolâtre sa fiancée qui lui apparaît comme la virginité incarnée. Mais un événement en apparence anodin va bouleverser la jeune femme, révéler ses instincts primaires et faire basculer le récit de la raison vers la folie.
Dans ces trois récits la réalité côtoie le grotesque et frôle l'absurde. Un sentiment de malaise et de dégoût naît progressivement au fil des pages pour laisser au final le lecteur déconcerté et un peu ahuri.
BlueGrey
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Witold Gombrowicz, Le festin chez la comtesse Fritouille et autres nouvelles, traduit du polonais par Georges Sédir, éd. Gallimard, coll. folio, 122 pages, 2 €.
L'avis d'Allie.
14:05 Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, nouvelles













