08.02.2010
Long week-end – Joyce Maynard [2009]


« Il n'est plus resté que nous deux, ma mère et moi, après le départ de mon père. Et il avait beau dire que je devais aussi considérer comme membre de ma famille le bébé qu'il venait d'avoir avec sa nouvelle femme Marjorie, plus Richard, le fils de Marjorie, qui avait six mois de moins que moi et qui pourtant me dominait dans tous les sports, ma famille, c'était ma mère, Adele, et moi, point barre. Plutôt y admettre le hamster Joe que ce bébé, Chloé.» (p. 9)
En cette année 1987, Henry, le narrateur de Long week-end, a treize ans, la voix qui déraille, une imagination qui le travaille, des accidents nocturnes. Il vit seul avec sa mère et dîne tous les samedis avec son père qui les a quittés pour épouser sa secrétaire, Marjorie, qu'il ne supporte pas. Jusque-là rien d'extraordinaire ; on pourrait croire à un énième livre sur l'adolescence et ses questionnements. Sauf qu'Adele, la très jolie maman d'Henry, est loin d'être ordinaire, un peu à la marge, excentrique. Elle ne sort pratiquement plus de la maison, ne les nourrit que de surgelés et de soupes Campbell qu'elle achète pour des mois, se souvient de la période où elle rêvait d'être danseuse... Pendant ce temps, Henry s'ennuie ferme et espère « qu'il se passe quelque chose ».
Pour le Labor Day, Henry réussit à entraîner sa mère au supermarché. Là-bas, un taulard évadé et blessé les prend discrètement en otage, puis se fait conduire jusqu'à chez eux où il s'installe pour un « long week-end ». Et contre toute attente, Adele accepte d'aider Frank dans sa cavale. Mais l'idylle qui se noue illico entre les deux adultes n'est pas sans inquiéter Henry : pourtant sous le charme de Frank, il craint de se voir supplanté auprès de sa mère. Quatre jours durant, le trio va ainsi vivre un singulier huis clos, chacun se révélant un peu plus au fil des heures, au fil des pages... Et, vingt ans plus tard, avec émotion et humour, Henry révélera les secrets de ce long week-end qui lui a appris à grandir...
Long week-end hésite ainsi entre deux genres vagues et incertains, la comédie adolescente naïve et romantique et le sombre récit d'apprentissage, mais se voit sauvé par des personnages assez consistants pour donner envie de les suivre. Et en tout premier lieu Adele, qui évoque ses espoirs déçus, son mariage qui est parti dans tous les sens, et le reste, l'indicible. Frank aussi, qui petit à petit va raconter ce qui lui est arrivé, ce qui n'apparait pas dans les journaux qui parlent du fugitif. Et enfin Henry bien sûr, partagé entre les embarras de l'adolescence et son amour infini pour sa mère sur les bizarreries de laquelle il pose un regard à la fois incrédule, désolé et attendri. Entre deux considérations (faussement) naïves, Henry à l'art de l'analyse in petto empreinte de gravité. Ruminées avec candeur, ses petites remarques sur lui-même et sur les autres rythment son récit initiatique pour en faire un récit à la fois drôle et grave. Car voilà un roman qui à la fois donne la recette de la tarte aux pêches, décrit l'émoi du premier baiser, dépeint la solitude des banlieues résidentielles, évoque la détresse d'une femme comme étrangère au monde, et rappelle la fragilité du bonheur...
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Joyce Maynard, Long week-end (Labor Day), traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain, éd. Philippe Rey, 2010 (2009), 285 pages, 19 €.
10:24 Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature nord américaine, etats-unis, huis clos, otages, évasion, adolescence
25.01.2010
Truismes – Marie Darrieussecq [1996]

Dans un monde proche du notre mais aux vagues allures futuristes, une jeune femme se métamorphose peu à peu en truie. Sous la forme d'un monologue, elle relate son histoire : elle décrit les premiers symptômes de sa mutation physique (sa chair qui s'arrondit et rosit jusqu'à la poussée de mamelles) et psychique (son aversion soudaine pour la charcuterie) tout en racontant aussi son quotidien totalement bouleversé par sa transformation bien difficile à gérer ! Un roman qui se veut à la fois conte fantastique licencieux et satire sociale : de grandes prétentions donc pour un récit que j'ai trouvé au final assez pénible.
Tout d'abord la narratrice est d'une naïveté (pour ne pas dire d'une bêtise) exaspérante : employée comme "démonstratrice-masseuse" dans une parfumerie, elle ne se rend pas compte qu'en fait elle y est prostituée. Puis, ballotée d'homme en homme au grès des événements, elle reste totalement passive, comme dépourvue de volonté propre. Et si sa métamorphose en truie est censée symboliser son émancipation, sa transformation devant l'amener à penser par elle-même pour la première fois, au final elle reste toutefois complaisamment sotte. Quant au style, sur le mode "réaliste" de l'oralité, il s'avère d'une pauvreté déplorante, alors même que la narratrice-truie est censée apprendre au fur et à mesure de sa métamorphose.
Les personnages secondaires sont tout aussi caricaturaux, particulièrement les hommes, tous décrits comme en quête permanente d'argent, de reconnaissance, de pouvoir et tous asservissant les femmes (Honoré, le directeur de la parfumerie, le Président, le marabout) considérées comme de simples objets de plaisir. Et le récit se poursuit ainsi, de clichés en clichés. Par exemple, notre truie évoque bien évidemment saleté et puanteur et s'oppose donc, a priori, au monde beau, élégant et haut de gamme de la parfumerie. Mais bien sûr on réalise bien vite en lisant ce livre que finalement ce milieu-là est totalement factice, cachant derrière de jolis atours hypocrisie, vice et malveillance.
La seconde moitié du roman dérive quant à elle vers une dimension politique inaboutie : immigration, censure, répression, ministère des "bonnes mœurs", tout y est et tout y est survolé ! Et la succession de rebondissements, de course-poursuite, de captures et d'évasion qui se déchaine dans cette seconde moitié du livre s'avère vite lassante.
S'il se veut riche en messages, ce roman n'avance finalement rien de réellement nouveau. Un roman ambitieux donc, mais qui manque cruellement de subtilité : à trop forcer le trait, le message perd de son efficacité.
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Marie Darrieussecq, Truismes, éd. Gallimard, coll. Folio, 1998 (1996), 148 pages, 5,60 €.
10:28 Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature française, truie, métamorphose, fantastique
21.01.2010
Celui qu'on ne voit pas – Mari Jungstedt [2003]

Après s'être disputée avec son compagnon lors d'une fête donnée dans leur maison de campagne, Helena Hillerström sort promener son chien le long de la plage. Mais bientôt, cernée par un épais brouillard, elle sent qu'on la suit... Quelques heures plus tard son cadavre, sauvagement mutilé, est retrouvé avec à ses côtés celui de son chien décapité.
Frida Lindh, une jeune mère de famille, quitte le bar où elle a passé la soirée avec ses amies. Malgré la nuit et sa légère ébriété, elle prend son vélo pour rentrer chez elle. Les rues sont désertes pourtant, elle n'est pas seule, une ombre la suit : celui qu'on ne voit pas...
Le commissaire Anders Knutas et son équipe mènent l'enquête, forcément complexe, sous la pression des médias, notamment celle du journaliste Johan Berg, qui s'avère bien informé...
Des chapitres courts, un rythme soutenu, un ton vif, des personnages attachants (le commissaire Anders Knutas un peu au-dessus de la mêlée) et un environnement dépaysant (l'île de Gotland, en Suède) avec une ambiance nordique des plus plaisante : un bon premier polar d'une série à suivre, une agréable lecture-détente.
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Mari Jungstedt, Celui qu'on ne voit pas (Den Du Inte Ser), traduit du suédois par Maximilien Stadler, éd. Plon, coll. Policier, 2007 (2003), 358 pages, 21 €.
07:30 Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature suédoise, polar, suède, gotland, serial killer
19.01.2010
TAG mensonge et vérités : la vérité vraie
A la demande de Bouh et d'Anjelica, voici 6 vérités et 1 mensonge sur moi et ma vie à moi (et attention, va y avoir des révélations, de l'étonnant, du singulier, de l'étrange, de l'incroyable, du fabuleux, de l'insolite, de l'ahurissant, bref, en un mot : du mythique !) :
1 – Ma voiture a eu l'honneur singulier et mirifique de faire la connaissance d'un sanglier, quinze jours plus tard elle a aussi eu l'incommensurable privilège de rencontrer un marcassin.
VRAI : faut dire, j'ai grandi à la campagne moâ, j'ai ainsi déjà pu croiser de zolis zosiaux de toutes espèces, des écureuils, des chouettes, des sangliers, des chevreuils, des mouflons, etc...
2 – Je me suis déjà retrouvée enfermée hors de chez moi, ma colocataire étant partie en WE avec son jeu de clés... et le mien ! (mais où est-ce que je dors ce soir moi ?!?)
VRAI : et vous pouvez imaginer mon intense désarroi face à ma porte désespérément close...
3 – Ado, mon frère m'a tiré dessus avec sa jolie carabine toute neuve, pour l'essayer (et je mets fin tout de suite à toutes vos incertitudes : elle marchait très bien...)
VRAI : je ne me souviens absolument plus de ce que j'avais bien pu faire pour l'énerver ainsi, lui qui est d'un naturel plutôt calme, mais il m'a tiré dessus !!! Et il m'a touché !!! Heureusement le plomb n'a fait que frôler ma jambe...
4 – Je suis déjà allé en Italie, en Espagne, au Portugal, en Ecosse, en Egypte, en Chine et à Cuba, et dans le lot, il y a 4 voyages gagnés!
VRAI : j'ai ainsi eu le bonheur de visiter l'Egypte, le Portugal, Cuba et la Chine...
5 – Mes cheveux sont successivement passés du châtain au blond, brun, roux, puis rouge (bon, celle-là proposition c'est juste pour mettre en évidence mon côté "girly" que d'habitude je maintiens en veilleuse sur ce blog...)
VRAI : bhâ oui, 'suis un peu "girly" malgré moi...
6 – J'adore les sandwichs pain-beurre-Nutella-Vache qui rit (absolument pas diététique, mais parfaitement et fabuleusement savoureux !)
FAUX : qu'elle horreur ! Mais l'idée vient de mon cousin qui lui adôôôre ça ! Il avait l'habitude pour son goûter de d'abord manger une tartine pain-beurre-Nutella, puis une tartine pain-Vache qui rit, jusqu'au jour où il s'est dit "autant réunir les deux en un sandwich"... C'est ainsi qu'est né le sandwich le plus célèbre dans notre famille !
7 – Pour Noël, je n'ai pas reçu un seul roman en cadeau !!! (Papa Noël, qu'est-ce que t'as foutu ?!?)
VRAI : il est très rare que je reçoive des livres en cadeau, mes proches ne voulant pas prendre le risque de m'offrir un livre que j'aurais déjà, ou déjà lu, ou qui ne me plairait pas... J'ai toutefois reçu un livre de cuisine : pas un roman donc !
Le but du jeu reste bien sûr de trouver le mensonge dans cette évocation de quelques-uns de mes hauts faits les plus glorieux !

20:57 Publié dans * De tout, de rien... * | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17.01.2010
Car – Harry Crews [1972]



Herman a grandi dans la casse automobile de son père Easy avec son frère Mister, chargé de la presse à voiture, et sa sœur Junell, aux commandes de "Grosse Mama", la dépanneuse. Herman est le rêveur de la famille. Et Herman aime les voitures. Une en particulier, une superbe Ford Maverick rouge. Il en est fou. Au point de vouloir la posséder totalement, complètement. Au point de décider de la manger, morceau par morceau, du pare-chocs avant au pare-chocs arrière. Et comme notre histoire se déroule aux Etats-Unis, il ne faut pas longtemps pour qu'un businessman flaire le coup médiatique, mette en scène le spectacle (Herman en phénomène de foire, ingurgitant et "restituant" la Maverick à heure fixe devant un parterre de spectateurs hystériques), et bien vite la presse s'enflamme pour se défi d'un nouveau genre et la télé rapplique.
« - Mais pour l'amour de Dieu, pourquoi ? Pourquoi faut-il que... que...
- Pourquoi faut-il que je... mange... une... voiture ? »
Herman articulait avec une extrême lenteur, comme s'il eut voulu savourer les mots. « Je peux te le dire. Partout où il y a des Américains, il y a des voitures. » Il s'interrompit de nouveau, puis ajouta lentement : « Et parce qu'il y a des voitures partout, je vais en manger une. »
La métaphore est limpide : satire de l'Amérique modèle de société de consommation dont l'automobile, symbole de puissance, de richesse et de liberté individuelle, est l'emblème ; et critique des médias. Hélas ! Une bonne idée ne suffit pas toujours à faire un livre, et ni le style ni l'histoire ne m'ont convaincu. J'ai toutefois aimé les personnages (j'ai toujours un faible pour les personnages déglingués), tous un peu paumés. Harry Crews a une vraie tendresse pour les personnages "en marge", les familles en perdition, les types fêlés, les tarés illuminés, les filles aguicheuses, les rebuts de l'american way of life. Face à cette bande de tordus magnifiques, les autres, les gens "normaux" (visages lisses, corps entretenus et portefeuilles garnis) paraissent alors bien pathétiques...
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Harry Crews, Car, traduit de l'américain par Maurice Rambaud, éd. Gallimard, coll. Noire, 1996, 206 pages, 12,96 €.
14:30 Publié dans => Challenge : 100 ans de littérature américaine | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature américaine, etats-unis, voiture, télévision























