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21.10.2007

Le Monde du bout du monde – Luis Sepúlveda (1989)

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a32ff193d6575c565af967d5f4de2689.gif«Les bateaux qui ont connu le goût de l'aventure deviennent amoureux des mers d'encre et ils aiment naviguer sur le papier.»

Parce qu'il a lu Moby Dick, un garçon chilien de 16 ans rêve de chasse à la baleine. Grâce à son Oncle (oui, il a un Oncle avec une majuscule) il rencontre "Le Basque", impressionnant chasseur de baleine, et son harponneur Don Pancho, et embarque avec eux sur l'Evangéliste. Mais en assistant à la capture et au dépeçage d'un cachalot, il comprend que la véritable chasse à la baleine est bien loin de l'image romanesque qu'il s'en était fait : «Le lendemain matin, deux canots ont remorqué l'animal jusqu'à la plage et là les Chilotes l'ont ouvert avec des couteaux semblables à des cravaches de jockey. Le sang inondait les galets et les coquillages en formant des ruisseaux sombres qui rougissaient l'eau. Les cinq hommes avaient mis des cirés noirs et ils étaient ensanglantés des pieds à la tête. Les mouettes, les cormorans et autres oiseaux de mer volaient au-dessus, rendus fous par l'odeur du sang, et plus d'un payait son audace d'un coup de couteau qui le fendait en deux en plein vol.»

Vingt ans plus tard : juin 1988. Exilé à Hambourg, le jeune garçon est devenu un journaliste dévoué à la cause écologiste. Alors, quand un baleinier industriel japonais, censé avoir été réduit en bouillie à la casse réapparaît en pirate pourchasseur de baleines et fait un étrange naufrage à l'extrême sud de la Patagonie, il décide de mener l'enquête. En retournant sur les lieux de son enfance il va rencontrer le capitaine Nilssen, fils d'un marin danois et d'une Indienne Ona : «Une épaisse chevelure grise empêchait de calculer son âge, et je le vis franchir les quelques mètres qui nous séparaient avec cette démarche de pélican caractéristique des marins qui ont beaucoup de milles derrière eux [...] Ils ne descendent pas souvent à terre et semblent garder dans leur corps le balancement des navires.» Avec l'énigmatique capitaine il va naviguer parmi les récifs du cap Horn, sur une mer hantée par les légendes de pirates et d'Indiens disparus, vers des baleines redevenues mythiques...

La première partie de ce roman, récit initiatique du jeune garçon, m'a relativement indifférée. Dans la seconde partie, quand le roman vire au polar écologiste, mon intérêt s'est réveillé, et j'ai été harponnée par l'énigme du Nisshin Maru, le baleinier fantôme. Quant au dénouement, l'intervention du merveilleux qui vient interrompre le réalisme factuel de la narration ma désarçonnée. Si ce final ne manque pas de poésie, il jure dans un contexte didactique visant à la prise de conscience écologique. En conclusion, je dirai que Le Monde du bout du monde est un bon roman, poétique et militant, mais qu'il aurait sans doute gagné en puissance si son auteur avait évité la pirouette finale et était allé au bout de sa démonstration.

  

BlueGrey

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Luis Sepúlveda, Le Monde du bout du monde (El mundo del fin del mundo), traduit de l'espagnol (Chili) par François Maspero, éd. Métaillé, coll. suites, 2005 (1989), 130 pages.

Les avis plus enthousiastes de Frisette et du Biblioblog.

Et merci à ALaure de m'avoir offert ce roman dans le cadre du swap organisé par Loutarwen !

19.10.2007

La boîte noire – Tonino Benacquista (1999)

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5a96bcdbb49a06b9228f822a0d01f0c4.gifTonino Benacquista nous livre ici cinq nouvelles très inégales, allant du meilleur au pire.

Dans la première, La boîte noire, un homme tout juste sorti du coma reçoit de l'infirmière qui s'occupait de lui un carnet avec la transcription exacte de ses délires verbaux : son passé et ses secrets les plus enfouis refont ainsi surface dans une variation insolite sur les mystères de la psyché et de l'identité. Adaptée au cinéma en 2005 par Richard Berry, cette nouvelle est à ne pas rater et est la meilleure de ce recueil, les autres étant d'une qualité nettement inférieure.

Suit ensuite La volière, un récit assez touchant et plaisant, dans lequel un jeune homme, pour accomplir les dernières volontés d'un oncle qu'il aimait et qui l'aimait, va découvrir le secret du vieux monsieur. La troisième nouvelle, Un temps de blues, anecdotique mais agréable, nous entraîne dans un bar sur fond de pluie, de jukebox et de coups à boire avec un mec qui, s'il se concentre vraiment, peut arrêter la pluie.

Les deux dernières nouvelles du recueil sont franchement médiocres. Dans Transfert un mari est prêt à tout pour rencontrer sa maîtresse malgré une femme maladivement jalouse, le tout sur fond de déprime. Et dans La pétition un journaliste en manque de scoop pense réaliser sa meilleure interview et conquérir la femme de sa vie en une soirée, mais bien sûr rien ne va se passer comme il l'espérait.

  

BlueGrey

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Tonino Benacquista, La boîte noire, éd. Gallimard, coll. folio, 2005 (1999), 123 pages, 2 €.

Les avis de Kalistina et Lhisbei.

Du même auteur : Quelqu'un d'autre

17.10.2007

cinéma : Un secret – Claude Miller (2007)

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b1af0ad5032618dc13ab24eb10494869.gifFrançois est un petit garçon né juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, de Maxime (Patrick Bruel) et Tania (Cécile de France), ses parents juifs qui ont échappé au génocide. François est chétif et introverti, rêveur aussi. Pour ne plus voir la compassion dans les yeux de sa mère et la condescendance dans ceux de son père, il s'invente un grand frère, plus fort et intrépide que lui, un grand frère qui ferait la fierté de son père. Le jour de ses quinze ans Louise (Julie Depardieu), une amie de la famille, lui révèle une vérité bouleversante, mais qui lui permet enfin de se construire : le passé de sa famille et le secret qui entoure l'union coupable de ses parents et sa naissance.

La seule lecture du synopsis d'Un secret suffit à émouvoir (mais je ne peux vous en dire plus sous peine de gâcher le travail de dévoilement auquel se livre le petit François). Pourtant, je suis restée étrangement extérieure et "froide" à cette histoire, "non-impliquée". Pourquoi ne me suis-je pas sentie touchée par ce récit pourtant intrinsèquement bouleversant ? Peut-être parce que, en cours de film, je me suis rappelée avoir lu le roman très autobiographique de Philippe Grimbert dont est issu le film, et avoir pleuré à cette lecture. Forcément, connaissant par avance le secret dont le dévoilement progressif sert de focale au film, le film a perdu de son intérêt et j'ai aussi été plus attentive au reste : les acteurs, la mise en scène...

af68c70df1908f2356d709df178bf24f.gifEt là, Miller n'a pas lésiné. Casting de choix où tous brillent, de Cécile de France (éclatante en femme fatale et survivante) à Ludivine Sagnier (tout en vulnérabilité) en passant par Julie Depardieu (malgré un énième rôle de bonne copine). Côté acteurs, mon seul bémol va à Patrick Bruel, certes sobre dans son personnage pas forcément sympathique, mais peu crédible en charmeur au regard magnétique. Côté casting donc, pas grand'chose à redire, mais côté mise en scène… Est-il vraiment besoin de tout surligner pour nous faire ressentir la prégnance du secret ? Claude Miller a opté pour une mise en scène hyper démonstrative, multipliant les effets incongrus, inutiles ou sur-signifiants : multiplication des points de vue, bouleversement chronologique, utilisation grandiloquente de la couleur (temps passé : guerre et après-guerre) et du noir et blanc (temps présent : 1985). Cette idée, qui va à l'inverse d'une convention établie, aurait pu servir le propos mais elle n'est ici qu'un simple "truc".

Ce film ne m'a finalement apporté qu'une seule chose : la furieuse envie de relire le livre de Philippe Grimbert.

  

BlueGrey

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Un secret
De Claude Miller
Avec Patrick Bruel (Maxime), Cécile de France (Tania), Julie Depardieu (Louise), Ludivine Sagnier (Hannah), Mathieu Amalric (François à 37 ans)...
Film français, 2007, 1h40

Film vu le 16/10/2007

12.10.2007

J'ai été swapppée !

Aujourd'hui j'ai eu une grosse journée boulot avec en prime 3h30 de trajet, et ce après une semaine pas tendre non plus (beaucoup de boulot et de déplacements pour le boulot, des incertitudes quant à ma mutation, et hier j'ai pris un caillou sur mon pare-brise... bousillé bien sûr). Y'a des semaines comme ça. C'est vous dire si je suis rentrée vannée et énervée... Ma seule envie en arrivant : douche puis avachissement sur mon canap' avec un bon bouquin et un bon thé... J'étais tellement crevée et dans le brouillard en rentrant que j'ai ouvert ma boîte aux lettres machinalement : vide. Et là, vu le titre de cet article, vous commencez à vous poser des questions, car vous savez déjà qu'en fait j'ai reçu un colis, mais où est-il donc mon colis, hein, où qu'il est ?

A côté de ma boîte, pardi ! Oui, j'ai un facteur facétieux qui ne met JAMAIS mes colis dans ma boîte mais les pose systématiquement à côté quand il ne les coince pas dans la fente au risque de me les bousiller. Bref, reprenons ! N'oubliez pas que je rentre tard, énervée et crevée, et donc, ben, j'ai failli rater mon colis qui m'attendait pourtant bien gentiment posé à côté de ma boîte ! Mince alors, ç'aurait été dommage ! A sa vue, et comprenant qu'il s’agissait du swap, mon moral remonte. Et pendant que je me traîne dans mon escalier, je découvre le nom de ma gentille expéditrice : ALaure ! ALaure, que j'ai rencontrée pour de vrai pour la première fois le 29 septembre, le fameux 29 septembre dernier ! (Quant aux autres participantes de cette fameuse journée : bande de chagasses ! Oui, vous, là, bien à l'abri derrière vos écrans, que je sens hilares de m'avoir menée en bateau pendant toute la journée, vous toutes, Anjelica, Choupynette, Flo, Florinette, Chimère et YueYin, toutes des chagasses !)

Bref, jarrête de vous faire languir, le voici, le voilà, MON colis, TADAM !!!

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Plein de jolis paquets ! Et dedans les zolis pitits paquets, keskiya ? re-TADAM !!!  

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Alors, côté livres :
- Le Monde du bout du monde de Luis Sepulveda : je voulais découvrir Sepulveda depuis longtemps, mais ne connaissais pas ce titre
- La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel : ce livre est dans ma LAL depuis pfiou ! au moins !
Donc, du tout bon !

Côté thé :
- Un paquet de Balade Provençale, thé vert parfumé au jasmin et à la pêche. Je connaissais le thé vert parfumé au jasmin et le thé vert parfumé à la pêche, mais pas le thé vert parfumé aux deux ! Vous pouvez donc voir sur la photo, en haut à droite, ma première tasse de ce merveilleux thé, doux et parfumé, juste ce qu'il me fallait pour me réconforter !
- Dans une jolie petite boîte aux idéogrammes, Fleur de Geisha, un thé vert parfumé aux fleurs de cerisiers. Un thé que j'ai déjà eu l'occasion de goûter et que j'apprécie beaucoup.
- Et enfin une fleur de thé Pêche rouge. J'adore voir les fleurs de thé éclore, donc ALaure à encore tout bon !

Les plus :
- un mimi mini-stylo bleu, parfait pour accompagner mon carnet à LAL
- et deux marc'tapages faits-main ET personnalisés

Et enfin, une jolie carte avec un message très sympathique ! Merci infiniment ALaure pour tout ça, tu ne peux pas savoir comme ton colis est arrivé au bon moment pour faire du bien à mon moral ! Et merci Loutarwen pour avoir organisé ce swap. Et maintenant, je vais végéter devant mon écran, avec mon thé, et mes livres à portée de main...

  

BlueGrey

09.10.2007

La maison assassinée – Pierre Magnan (1984)

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0cc402d2744177dd900bc718ee5f9dcc.gifLe 29 septembre 1896 en Haute-Provence, par une nuit d'orage, toute la famille Monge est massacrée, égorgée. Séraphin, bébé de trois semaines, est le seul survivant... Les années passent. Après la Première Guerre mondiale, Séraphin revient au pays. Surgi du passé, Séraphin dérange les villageois, leur fait peur, les fascine aussi. Car il est bien étrange ce jeune homme beau tel un archange, puissant, placide et silencieux, toujours les poings serrés, qui entreprend de démolir, pierre à pierre, la maison du drame, comme pour l'effacer ou peut-être pour découvrir dans ses entrailles les réponses à ses questions. Car, hanté par l'image de sa mère morte, Séraphin n'aspire qu'à découvrir la vérité sur la mort des siens, et se venger. Or cela, tout l'indiffère : l'opinion publique, l'amitié que lui offre une "gueule cassée", l'amour des femmes... rien ne semble l'atteindre. De rencontres en révélations, il se lance en silence sur la trace des coupables. Mais à grande surprise, un inconnu le devance sur le chemin de sa vengeance.

Pierre Magnan a écrit là un remarquable roman dont l'intrigue policière touche à la tragédie. Mais avant tout ce livre est un roman d'atmosphère, qui mêle le mystère au réalisme paysan. Pierre Magnan parvient à saisir de manière réaliste l'ambiance étouffante faite de non-dits qui règne dans le village, mais aussi ce quotidien accablant que les habitants rehaussent de on-dit et de racontars. Les notables du village (Didon Sépulcre, propriétaire du moulin à huile, Célestat Dormeur le boulanger, et Gaspard Dupin, enrichi grâce à la guerre) paraissent vite bien louches mais on ne comprendra que très tard la véritable teneur de leur implication dans l'intrigue. Les personnages féminins ne sont pas en reste, surtout le trio principal formé par Rose Sépulcre, Marie Dormeur et Charmaine Dupin (les filles respectives des trois hommes suscités). Et bien qu'au début le fait qu'elles se jettent toutes trois à la tête de Séraphin puisse paraître passablement artificiel, il faut leur reconnaître du caractère et de l'éclat, rehaussé d'un brin de perversité et d'une liberté de ton et d'action inattendue mais salutaire vu l'époque du récit. Quant à Séraphin, pris par son obsession macabre qui le poursuit sans répit et sa vengeance qui le dépasse, il paraît presque extérieur aux évènements alors qu'il en est le centre de gravité et le déclencheur.

Le décor rude et sauvage, les personnages forts et bien campés, le style précis, l'intrigue sinueuse : le tout forme un roman noir et poisseux, parfois quelque peu dérangeant, et assurément prenant.

c05ec65aaf56ff2d729d380c369e6604.gifEn 1987 Georges Lautner a adapté ce roman en un film assez fidèle avec Patrick Bruel dans le rôle principal. Le film joue la carte du lent mélodrame rural et rend à merveille l'univers campagnard lourd de menaces, de haines et de secrets enfouis. On retrouve donc bien l'atmosphère du roman, mais la mise en scène ne décolle pas de l'illustration genre téléfilm. De plus, j'ai eu du mal a trouver Patrick Bruel crédible en Séraphin Monge : il manque cruellement de carrure pour un tel personnage et le rend bien fade alors qu'il devrait être énigmatique et fascinant.

  

BlueGrey

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Pierre Magnan, La maison assassinée, éd. Denoël, coll. folio policier, 2003 (1984), 345 pages, 7,20 €.

Merci à Flo pour m'avoir fait découvrir ce livre et cet auteur !

07.10.2007

Les Demeurées – Jeanne Benameur (2000)

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603c85a7cdf754503ac313ca29650677.gif«Les sons se hissent, trébuchent, tombent derrière la lèvre. Abrutie.» L'abrutie c'est La Varienne, l'idiote du village. Et La Varienne a une fille, la petite Luce. Sans doute abrutie elle aussi. Car pour les gens d'ici, c'est simple : l'enfant d'un demeuré est un demeuré. Pourtant la petite pourrait apprendre, peut-être. Mademoiselle Solange, l'institutrice, en est convaincue. Mais pour la petite, apprendre serait trahir sa mère. Alors «elle n'apprendra rien. Rien et rien. Elle restera toujours avec sa Varienne. Toujours.»

«Mademoiselle Solange soupçonne qu'au fond de la tête de cette enfant se niche une dureté têtue, une obstination qu'il s'agirait de vaincre. Luce n'apprend rien. Luce ne retient rien. Elle fait montre d'une faculté d'oubli très rare : un don d'ignorance. Des enfants que l'étude n'intéresse pas, Mademoiselle Solange en a rencontré, en face d'elle, dans les rangées bien alignées. C'était bêtise, c'était paresse.
Avec Luce, il s'agit d'autre chose.»

L'écriture de Jeanne Benameur est d'une grande précision, toute en suggestion, sans démonstration. En 80 pages elle dresse le portrait plein de délicatesse d'un amour filial, un amour originel, instinctif, indéfectible, mystique presque, un amour qui se suffit à lui-même, un amour qui veut et peut se passer du monde. Il ne faut pas en dire plus. Sachez seulement que le final est superbe et m'a laissée pantoise et émue.

  

BlueGrey

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Jeanne Benameur, Les Demeurées, éd. Denoël, coll. Folio, 2007 (2000), 80 pages, 2 €.

Un grand merci à Florinette pour m'avoir fait découvrir ce livre et me l'avoir prêté !

05.10.2007

musique : The One AM Radio

Sur une idée de Thom du Golb, voici donc ma contribution au crossover entre blogs littéraires et blogs musicaux. Mais, avant de me lancer dans l'aventure, quelques explicitations s'imposent car je sens poindre des interrogations chez certains de mes lecteurs : Crossover ? Keskecékeça ? Le principe est simple : les blogueurs littéraires doivent écrire un article sur un album, artiste, groupe qui leur tient à cœur, et inversement les blogueurs musicaux doivent écrire un article sur un livre ou auteur qu'ils apprécient particulièrement... Enfin, doivent, ceux qui souhaitent participer s'entend, hein, Thom ne nous met pas de révolver sur la tempe non plus ! Bref, c'est-y pas une idée qu'elle est bonne ça, le crossover ? Excellente même ! Mais à m'y essayer, je me rends vite compte que ce n'est pas évident pour moi d'écrire un article musical. Autant je trouve relativement facilement mes mots pour parler d'un livre, autant pour un disque... Bon, j'aurais pu tricher et vous réactualiser LE post musical de ce blog, le seul, l'unique contributeur à ma rubrique musique moribonde, mais ce serait tricher, et tricher, c'est pas mon genre, non, non, non, puis c'est pas bô... Bien, il faut donc que j'arrête de tourner autour du pot et que je me lance. Alors, voilà : j'adore The One AM Radio, écoutez-en un extrait ici ou ! Woilà woilà, c'est fait !

 

...

  

Nââân, je blague ! (hûhû, il fallait bien que quelqu'un le fasse, ce fut moi. Pour les autres participants au crossover, la blague est éculée si vous voulez vous y essayer après moi !)

Bon, reprenons. Je vais donc vous parler (ou du moins essayé de vous parler) de The One AM Radio. Et comme l'on se doit toujours de rendre à César, etc... merci à Blogo Rébarbatif de m'avoir fait (re)découvrir cet artiste au nom imprononçable : Hrishikesh Hirway.

Mais tout d'abord je vais vous raconter une petite histoire : comment ai-je découvert cet artiste, groupe à lui tout seul (ou comment dévier d'un article musical pour en arriver à parler de moi et ma vie, histoire de satisfaire mon ego). Je suis une insomniaque chronique et, pour occuper mes nuits d'insomnies, j'ai ce blog et j'ai aussi le surf. Or donc, par une nuit d'insomnie, et après de multiples clics au hasard de blogs en sites internet, j'arrive, sans trop savoir comment, en pleine nuit étoilée... et découvre la pop minimaliste, intimiste et hypnotique de The One AM Radio (qui n'a jamais aussi bien porté son nom que lors de ma séance de découverte... à 1h30 du matin !). Quelques temps après, alors que je ne retrouve plus ni la référence du site en question, ni le nom du groupe, et pense avoir perdu à jamais mes violons envoûtants (Shivers), je tombe sur un article de Blogo Rébarbatif présentant l'artiste en question... Le hasard fait bien les choses tout de même !

Bref, The One AM Radio c'est donc un artiste, Hrishikesh Hirway, unique membre permanent du groupe. The One AM Radio, c’est aussi 12 albums depuis 1998 : je ne prétendrais donc pas connaître tout de The One AM Radio, loin de là ! Mais, pour ce que j'en connais, la musique de The One AM Radio fait preuve d'un sens des ambiances épurées, magnifique collection de mélodies diluées. De la folk-pop minimaliste versant autant dans l'orchestral que dans l'organique et l'électronique, le tout saupoudré, par petites touches, d'instruments à cordes ou à vents. À mi-chemin entre simplicité et raffinement distingué, les chansons sont d'une beauté placide et évidente, portées par la voix feutrée, chuchotante et émouvante d'Hrishikesh Hirway. Il s'en dégage de prime abord une sensation de monochromie qui se dément progressivement. The One AM Radio présente une sonorité caractéristique et singulière, empreinte d'une nostalgie palpable.

Pour finir j'ajouterai juste qu'après avoir frénétiquement téléchargé tous les morceaux de The one AM Radio disponibles sur le web, j'ai depuis quelques temps déjà acquis un CD avec fenêtre sur mer... ça s'appelle A Name Writ In Water, c'est magnifique, lent et mélancolique, tout ce que j'aime. Et surtout, j'insiste, allez écouter ICI le morceau Shivers, que j'adôôôre.

 

BlueGrey

 

03.10.2007

Zoli – Colum McCann (2006)

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d1eb3dc23ecf92bec359e2b728ead8db.gif«Il y a des choses de l'enfance que seule l'enfance connaît. Ce dont je me souviens le plus, c'est de l'arrière de la roulotte quand, toute vêtue de rouge, je regardais défiler la route.
J'avais six ans. J'avais coupé mes cheveux très courts en taillant dedans avec un couteau. Je te le dis sans façons, il n'y a pas d'autre façon : je n'avais plus ma mère, je n'avais plus mon père, ni mon frère, ni mes sœurs, ni mes cousins. Les Hlinkas les avaient rassemblés sur la glace, ils avaient allumé leurs feux tout autour sur la rive, ils braquaient leurs fusils pour qu'ils ne s'échappent pas. Lorsqu'il a commencé à faire moins froid dans l'après-midi, les roulottes, bien obligées, se sont déplacées vers le milieu du lac. Mais la glace a fini par craquer, les roues se sont enfoncées et tout a coulé en même temps, les harpes et les chevaux. Je n'ai rien vu de tout ça, ma fille, mais j'ai imaginé, le bruit, les cris, et si bien plus tard, la musique est revenue, si notre peuple s'est relevé, si on lui a redonné un moment d'honneur et de fierté, je n'ai jamais cessé d'attendre que ma famille nous rejoigne, ma famille qui était bien morte.
Seuls Grand-Père et moi avons survécu – nous avions quitté le lac trois jours plus tôt et nous étions loin. Le silence nous attendait au retour.»

Tchécoslovaquie, années 1930 : sur un lac gelé des membres de la Hlinka, la police politique slovaque alliée des nazis, a rassemblé un groupe de gitans avant d'allumer un gigantesque brasier pour faire fondre la glace. Cette scène d'ouverture est hallucinante et hante le lecteur sur la durée du roman. Zoli, petite fille rom, survit au carnage et grandit sur les routes d'Europe de l'Est dévastée par la Seconde Guerre mondiale, élevée par son grand-père qui brave l'interdit tzigane en lui apprenant à lire et à écrire et lui raconte l'histoire de leur communauté. Une histoire chargée de drames et de sortilèges, dont elle s'inspire pour composer chansons et poèmes. Devenue femme et poétesse, Zoli sera instrumentalisée par les communistes voulant sédentariser les Tziganes, au risque de leur faire perdre leur identité. Elle sera ensuite trahie par un Anglais fou amoureux, avant d'être bannie par son propre peuple (je laisse le soin au le lecteur de découvrir pourquoi). Alors Zoli fuit son pays, traverse les frontières, se terre comme un animal pour éviter polices, pierres et crachats...

L'intention de l'auteur est claire : parabole sur l'exil, éloge de la différence, questionnement sur l'assimilation, l'appartenance, et l'ethnicité... Il décrit avec sincérité l'univers des Tziganes pendant la Seconde Guerre mondiale et la montée du communisme en Europe de l'Est. Il greffe habilement une fiction sur une réalité, celle du peuple tzigane, dont il ressuscite l'une des figures les plus légendaires, la poétesse polonaise Papusza. Des années 1930 en Tchécoslovaquie à 2003 à Paris, Colum McCann alterne avec brio les époques, les lieux et les voix, mais c'est celle de Zoli, simple et déchirante, qui domine les autres et nous touche infiniment. Zoli, farouche héroïne de ce roman, séduit de sa voix chaude, de son tempérament de feu et de sa volonté impitoyable. Le romancier réussi à donner à son héroïne une simplicité et une vérité qui emportent l'adhésion du lecteur : on ressent l'empathie de l'auteur pour son héroïne, et ceci parfois au détriment des autres personnages, un peu sacrifiés. A tel point que son intrigue s'en ressent un peu sur la fin, l'histoire se traîne, comme si son auteur ne se résolvait pas à quitter son héroïne. Ceci, ajouté à une narration parfois "flou" et certains passages qui manquent d'épaisseur, fait que je n'ai pas été entièrement convaincue par ce roman.

Il reste que Zoli est un beau roman empreint de poésie mélancolique aux accents slaves. Un livre-hommage à un peuple et une culture méconnus et malmenés, qui sait éviter l'écueil du sentimentalisme : «A condition d'y mettre le sucre et les larmes, on leur fait avaler n'importe quoi. Ils s'en pourlèchent et, dans leur bouche, le sucre et les larmes font une pâte qu'ils appellent compassion» écrit McCann, pas dupe un seul instant ni de ses personnages, ni de l'histoire qu'il entend raconter.

  

BlueGrey

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Colum MacCann, Zoli, traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, éd. Belfond, 2007 (2006), 328 pages, 21 €.

L'avis plus enthousiaste de Bernard du blog des livres.

01.10.2007

29/09/2007, 12h15

J'ai décompté les jours, puis les heures jusqu'à cette date, journée de notre rencontre inter-blogueuses. Pour arriver jusqu'à notre lieu de RDV, j'ai même du affronter une troupe de supporters en délire qui avait pris d'assaut mon métro, match Nouvelle-Zélande / Roumanie au stadium toulousain oblige. Compressée par une horde d'armoires à glace (pourquoi donc les supporters de rugby sont-ils tous charpentés comme des rugbymen ???), j'ai cru ne pas pourvoir sortir du métro ! Heureusement l'un d'eux a vu mon désarroi (pauvre petite chose au bord de l'asphyxie) et a joué des coudes et des épaules pour me faire gagner la sortie sans encombres (merci monsieur le charmant supporter).

Une fois la surface regagnée, je me suis dirigée vers le restaurant Numéro C et en chemin j'ai rattrapé Anjelica et Choupynette, qui est restée quelque peu perplexe devant ma nouvelle couleur de cheveux (qui c'est celle-là ?)... Tout en papotant, nous nous sommes toutes trois installées en sous-sol du restaurant, qui nous avait réservé une salle que pour nous, et nous n'avons pas tardé à être rejointes par nos condisciples : Flo, Florinette et Thierry (son mari), Chimère, Anne-Laure et YueYin. Nous étions alors au complet, Etoiledesneiges ayant eu un empêchement. Après bisous, rencontre et retrouvaille, on se lance dans la discussion : le rugby (bien sûr !), le sport à la télé, la SF, la blogosphère et les hébergeurs de blogs, le fantastique ultra-light, le comparatif des carnets de LAL... Et puis nous avons eu quelques surprises aussi : le génialissime kiki-pagea51f4dfcb9473a701c8db41b7e08ae12.jpg inédit et collector (merci Mr Kiki), le livre-échange qui me voit repartir avec La maison assassinée de Pierre Magnan (merci Flo), et merci à Florinette qui a eu la gentillesse de me prêter Les demeurées de Jeanne Benameur.

A 15h, nous quittons le restaurant, direction le Cha Yuan, très joli magasin de thé qui a permis à beaucoup d'entre nous de s'approvisionner en prévision du swap thé et littérature organisé par Loutarwen. Ensuite, passage obligé à la boutique des horreurs d'où nous avons du extirper YueYin qui a trouvé en Thierry un allié de premier ordre ! Enfin, bien évidemment, nous n'avons pu résister au magnétisme d'Ombres Blanches... Et là, je n'en dirai pas plus, vous devez bien être capable d'imaginer ce qui se produit quand une bande de LCA est lâchée dans une librairie ! Evidemment le temps a filé à toute allure et à la sortie d'Ombres Blanches nous nous sommes dirigés vers la gare pour raccompagner Chimère. Un dernier verre, quelques derniers papotages... Une bien belle journée !

Un grand merci aux blogueuses toulousaines d'avoir organisé la rencontre, j'ai été très heureuse de revoir Anjelica, Choupynette, Flo et YueYin, et ravie de rencontrer Anne-Laure, Chimère, Florinette et Thierry (assurément le grand gagnant du titre "j'ai survécu" !).

 

BlueGrey

 

Et voici les comptes-rendus d'Anjelica, Anne-Laure, ChimèreChoupynette, Flo et YueYin.

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