« 2007-12 | Page d'accueil | 2008-02 »
27.01.2008
Bleu de chauffe – Nan Aurousseau (2005)

Genre : plombier plombant
Cela ressemble à une histoire vraie. Ça tombe bien, c'est une histoire vraie. Enfin, à peu près, puisqu'il s'agit du portrait doux-amer du narrateur et en partie aussi de l'auteur, Nan Aurousseau, ex-taulard, plombier, chauffagiste et maçon, qui signe ici son premier roman.
Dans Bleu de chauffe le patron s'appelle Dolto et dirige son entreprise de plomberie avec pour seul objectif de s'en mettre plein les poches. Essorage des salariés, lessivage des sous-traitants, matraquage des clients : c'est magouilles et compagnie à tous les étages. Sauf que Dan, son employé et narrateur de l'histoire, n'est pas dupe et n'en peut plus des malfaçons et entourloupes du patron. Or Dan est un malin qui est passé par la case prison, qui a un sens aigu de l'observation prolongé par un bon téléobjectif, et qui monte en pression au fil des pages : le pétage de plombs n'est pas loin...
«Mon patron s'appelle Dolto. C'est un petit homme suave d'une quarantaine d'années assez rond à l'extérieur mais géométriquement pourri et sans pitié à l'intérieur. Aidé par trois garçons baraqués, il vient de déménager le coffre-fort de l'entreprise. Le coffre-fort de son entreprise. Et cela de nuit, un mardi, alors qu'il était censé être en vacances. J'ai pris des photos.
Le coffre a été embarqué dans une camionnette blanche que j'ai photographiée aussi. Il se croit malin Dolto, mais avec moi il a tout faux, il est tombé sur un os, un os de Mamout. Mamout c'est mon nom, moi je ne descends pas du singe comme je dis toujours.
Avec ses lunettes à double foyer Dolto vous regarde toujours par en dessous et quand il vous parle on dirait qu'il vous suce. Mais il s'agit juste d'une impression parce qu'en réalité il est en train de vous enculer et ça, vous ne le sentez pas. Vous avez mal après. Mais après il est trop tard […]»
Evidemment, dès les premières lignes, un tel style interpelle ! Un ton singulier, une énergie palpable, une voix immédiatement perceptible, la rugosité du propos, le langage gouailleur, la critique sociale sous-jacente : on pourrait penser la partie gagnée. Sauf que moi j'ai trouvé tout cela assez laborieux, agaçant à la longue et même quelque peu caricatural. Pour une trouvaille d'écriture étincelante («on est jamais mieux asservi que par soi-même»), trop d'autres sont franchement plombantes pour convaincre («Me mentir à moi-même comme un arracheur de vent»). Quant à la pirouette finale, et bien, elle fait flop.
BlueGrey
______________________________
Nan Aurousseau, Bleu de chauffe, Ed. Stock, coll. Le Livre de Poche, 2007 (2005), 153 pages, 5 €.
Le Biblioblog est du même avis que moi, Valdebaz et Cuné ont elles plutôt aimé.
23:50 Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, roman, critique, plombier
23.01.2008
La Voleuse de livres – Markus Zusak (2005)






Interpellée par le titre de ce livre tombé entre mes mains grâce à Flo, je fus encore plus intriguée par sa quatrième de couverture où je découvris qu'il était question «d'une fillette, de mots, d'un accordéoniste, d'allemands fanatiques, d'un boxeur juif, et d'un certain nombre de vols», le tout conté par La Mort en personne ! Une mort pince-sans-rire («Je n'ai pas de faux, ni de faucille. Je ne porte une robe noire à capuche que lorsqu'il fait froid. Et je n'ai pas cette tête de squelette que vous semblez prendre plaisir à m'attribuer.»), omniprésente et omnisciente, qui n'hésite pas à révéler dès le début du livre son dénouement : «Evidemment, c'est très impoli de ma part. Je suis en train de gâcher non seulement le dénouement du livre, mais la fin de ce passage particulier. Je vous ai annoncé deux événements, parce que mon but n'est pas de créer un suspense. Le mystère m'ennuie. Il m'assomme. Je sais ce qui se passe, et du coup vous aussi. Non, ce qui m'agace, me trouble, m'intéresse et me stupéfie, ce sont les intrigues qui nous y conduisent.» La Mort en fait d'ailleurs parfois un peu trop, notamment dans le prologue, inutilement grandiloquent et qui pourrait rebuter certains lecteurs. Je la préfère plus sobre, quand en quelques phrases dites en aparté, elle recontextualise son histoire et assène ainsi, l'air faussement détachée, une baffe au lecteur qui se laissait gentiment bercé par l'apparente indolence du récit :
«ETAT NOMINATIF ABREGE DE 1942
1. Les juifs désespérés – leur âme dans mon giron, tandis que nous nous tenions sur le toit, près des cheminés fumantes.
2. Les soldats russes – n’emportant que peu de munitions et comptant sur celles des morts et des blessés.
3. Les cadavres détrempés échoués sur le sable et les galets d’une côte française.
La liste est encore longue, mais j’estime pour le moment que trois exemples suffisent. Avec ces trois exemples, vous avez déjà dans la bouche le goût de cendres qui définissait mon existence cette année-là.»
La Mort parsème ainsi le récit de courtes incises, un peu comme des commentaires que l'on griffonnerait dans les marges d'un livre, les marges dune vie, donnant ainsi tout à coup une autre dimension au récit.
Mais que la narratrice soit La Mort elle-même n'est pas la seule incongruité de ce livre. En effet ce récit tire l'essentiel de sa force de la confrontation de deux regards sur l'Histoire (avec un grand H) lors de l'une de ses périodes la plus trouble (l'Allemagne en 1939) : le regard d'une petite fille de 10 ans, Liesel, qui ne sait rien, et celui de La Mort, par définition omnisciente. Pas de faux suspense : La Mort annonce d'entrée de jeu que, malgré leurs trois rencontres, Liesel survivra à la guerre, et qu'elle a rarement rencontré âme aussi belle. Et c'est de cela qu'elle témoigne.
Les 530 pages du livre ont donc pour fil rouge l'histoire de Liesel. Après que La Mort eut emporté son petit frère et que sa mère l'eut abandonnée, Liesel est placée au sein d'une famille d'adoption, entre une mère (Rosa) autoritaire et un père (Hans) accordéoniste. Liesel grandit donc rue Himmel, le quartier le plus pauvre de Molching, petite bourgade près de Munich. Sa vie est rythmée par l'école, les engueulades de Rosa, les parties de foot, les rapines pour combler le creux des ventres, la camaraderie amoureuse du petit voisin, la tendresse de Hans, l'apprentissage de la lecture grâce au manuel du parfait fossoyeur, les jeunesses hitlériennes, le défilé des juifs en partance vers Dachau, les bombardements... C'est une histoire simple et limpide, c'est la petite histoire de petites gens pendant des années de guerre et d'horreur. Mais surtout, ce roman est un hymne à la vie qui nous offre une autre vision de cette période de chaos. Car au delà des drames, de la perte et de la destruction, la petite Liesel, à la fois forte et fragile, n'aura de cesse de se construire et d'apprendre.
La Voleuse de livres est un beau récit, habité par le talent narratif de l'auteur : la structure du récit est inattendue, la narration fluide, les rebondissements nombreux, les personnages formidables, le ton, parfois ironique ou faussement naïf, n'est jamais trouble, choquant ou morose malgré les thèmes abordés (le nazisme, la mort...). Seul bémol, le style un peu “léger”. Toutefois Markus Zusak a réalisé une fable singulière qui envoûte par son originalité. La Voleuse de livres célèbre l'amour de la lecture, les liens familiaux, la solidarité. Cette histoire de douleur et de fureur est avant tout un récit lumineux, une histoire universelle et humaniste où il est question d'amour, de résistance, de reconstruction et de résilience.
BlueGrey
______________________________
Markus Zusak, La Voleuse de livres (The Book Thief), traduit de l'anglais (Australie) par Marie-France Girod, Oh ! éditions, 2007 (2005), 527 pages, 19,90 €.
14:20 Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, Allemagne, enfance, mort
19.01.2008
Lire & délires
Lire & délires c'est le club lecture des blogueuses toulousaines (et assimilées) : Anjelica, ALaure, YueYin, Flo, Choupynette, Etoiledesneiges et moi-même. But du club ? Lire et parler lecture bien sûr et (mais ceci est accessoire, bien entendu) se retrouver régulièrement autour d'un bon repas, pour papoter gentiement en se baffrant allégrement... Elle est pas belle la vie ?
J'ai raté la première rencontre du club qui a eu lieu le 30 octobre 2007 et qui avait pour thématique la littérature jeunesse, mais voici les compte-rendus de mes petites camarades de jeu :
Anjelica a lu Quatre filles et un jean de Ann Brashares
Choupynette a lu L'amour en chaussettes de Gudule
EtoileDesNeiges a lu 35 kilos d'espoir d'Anna Gavalda
YueYin a lu Les abîmes d'Autremer de Danielle Martinigol
Par contre j'étais bien présente pour le second rendez-vous, le 19 janvier 2008, avec pour thématique "Australie" :
ALaure a lu Le gardénia blanc de Belinda Alexandra
Anjelica a lu La dernière valse de Mathilda de Tamara McKinley
Choupynette a lu La puissance de l'ange de Bryce Courtenay
Flo a lu Cul-de-sac de Douglas Kennedy
YueYin a lu Le pays d'en haut de Miles Franklin & Par-dessus le bord du monde de Tim Winton
Et j'ai lu pour l'occasion La Voleuse de livres du Markus Zusak
3e rencontre le 29 mars 2008 avec pour thématique "livre édité l'année de notre naissance" :
ALaure n'a pas fait ses devoirs !
Anjelica a lu L'horloge sans aiguilles de Carson McCullers
Choupynette a lu Enfant de minuit de Salman Rushdie
EtoilesDesNeiges a lu Sacrées sorcières de Roald Dahl
Flo a lu Le lièvre de Vatanen d'Arto Paasilinna
YueYin a lu Les mangeurs d'étoiles de Romain Gary
J'ai lu Le nom de la rose d'Umberto Eco
4e rencontre le 30 mai 2008, avec pour thématique "livre avec un prénom dans le titre" :
ALaure a lu Frank et Billy de Laurie Colwin
Anjelica a lu La noce d'Anna de Natacha Appanah
Choupynette a lu Shirley de Charlotte Brontë
YueYin a lu Zoli de Colum McCann
J'ai lu Le livre de Dina de Hebjorg Wassmo
Prochaine rencontre a une date indéterminée sur la thématique "fantastique".
22:30 Publié dans * Ma vie, mon œuvre * | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : club, lecture, livres
14.01.2008
Fantaisies meurtrières (Green Manor, tome 3) - Fabien Vehlmann, Denis Bodart & Scarlett (2005)




Green Manor est un club londonien très select du XIXe siècle. On s'y retrouve entre hommes de la bonne société pour discuter politique, philosophie, littérature, actualité, et autres faits divers morbides et sanglants autour d'une tasse de thé (ou d'un verre de whisky) tout en fumant le havane. Green Manor est un club londonien très select, un nid de gentlemen inquiétants, amoraux, à l'esprit torve, à l'inspiration machiavélique, au goût prononcé pour le sang mais d'une parfaite respectabilité et au coup de poignard élégant. Green Manor est un club londonien très select qui réunit le plus grand ramassis d'escrocs, de bandits, de manipulateurs et de meurtriers que Londres n'est jamais connu !
Les albums de Green Manor (nous en sommes au tome 3) sont constitués d'un enchaînement de courts récits savoureux à l'humour noir "so british". On nous y raconte des histoires de vengeance et de jalousie, des perfidies et des assassinats ou toutes autres situations parfois à la limite du fantastique. Derrière ces énigmes discutées par le beau monde, on nous présente un univers compassé et prétentieux qui n'a rien de plaisant, où le crime devient un art noble et un passe temps très distrayant. En effet les auteurs, dans un savoureux mélange de bouffonnerie et de cynisme grinçant, ont ciselé de petits bijoux de scénarios d'une grande inventivité, entre drôlerie, sueurs froides, mystère et suspens, entre hommage à Conan Doyle et à Edgar Poe. Enquêtes impossibles, crimes parfaits et autres intrigues sadiques et savoureuses à souhait trouvent des dénouements aussi inattendus que drôles. Le dessin, réussit, restitue à merveille l'ambiance angoissante des nuits brumeuses londonienne de l'époque victorienne telles qu'on se les imagine.
A savourer par une soirée pluvieuse, devant la cheminée, en dégustant une tasse de thé !
BlueGrey
______________________________
Fantaisies meurtrières (Green Manor, tome 3)
Scénario de Fabien Vehlmann, dessin de Denis Bodart et couleur de Scarlett
Edition Dupuis, collection Expresso, dépôt légal 04/2005, 46 planches, 9,80 €.
12:30 Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : BD, Londres, meutres, enquêtes
08.01.2008
Les noces barbares – Yann Queffélec (1985)




Ce livre là était dans ma PAL depuis... longtemps ! En effet, malgré tout le bien que l'on m'en a dit, je restais réticente à m'y plonger car je n'avais vraiment pas aimé La Dégustation du même auteur. Mais étant donné que ce livre m'a été prêté, et qu'il faudra bien que je le rende un jour, et que je déteste rendre un livre sans l'avoir lu, j'ai profité de mes congés de Noël pour me décider à lui laisser une chance, après toutefois avoir épuisé le reste de mon SAL. Je l'ai tout d'abord mollement sorti de mon sac en le regardant d'un œil suspicieux, puis je l'ai ouvert au hasard, avec déjà une moue dubitative inscrite sur mes lèvres, enfin, j'ai pioché une phrase ici, un paragraphe là, juste pour me faire une idée, et prête à refermer ce livre aussi sec avec un commentaire assassin. Sauf que ! Sauf, que j'ai été sidérée par la puissance des petites bribes que j'ai picorées au hasard, du coup j'ai fait une vrai lecture, du début à la fin, du premier au dernier mot. Et je suis restée scotchée à mon livre, émue par la fragilité de Ludo, étonnée par la puissance de l'écriture, suffoquée par la violence sous-jacente de l'histoire...
L'histoire justement, qu'elle est-elle ? C'est celle de Ludo, enfant né d'un viol collectif, maltraité et haï par sa mère trop jeune et trop blessée, et qui a grandi caché dans le grenier de ses grands-parents. Sa situation ne s'arrange guère après le mariage de sa mère, Nicole, avec Micho, un brave et riche mécanicien qui cherche pourtant à protéger Ludo. Mais Nicole, hantée par son viol que l'existence même de son fils lui rappelle en permanence, sombre dans l'alcoolisme et réussit à faire enfermer Ludo dans une institution pour débiles légers. Là le garçon continue à rêver de sa mère qui ne répond pas à ses lettres et qui refuse de lui rendre visite. Jusqu'au jour ou Ludo s'enfuit pour la retrouver dans une confrontation finale certes inéluctable mais déstabilisante.
Ce livre, c'est donc un chant d'amour, celui de Ludo pour sa mère dont il quémande désespérément un peu d'attention à défaut d'amour. C'est un roman âpre et poignant sur la relation d'une mère et de son fils : à la violence de l'adulte répond l'amour fou d'un fils voulant enfin être accepté. Ludo est un personnage singulier, symbole d'une malfaçon de la vie : de nos jours la misère n'est plus celle des estomacs creux, mais des cœurs vides, des violences à nu et des vocabulaires limités. C'est tragique, déchirant, douloureux, violent, triste, sombre, bouleversant... inoubliable !
A la fin de ma lecture, encore un peu sonnée, je n'ai toutefois pu que m'interroger : comment Monsieur Queffélec, après avoir écrit un roman aussi puissant et poignant, a-t-il pu se commettre à écrire un livre aussi insipide que La Dégustation ? Comment un auteur peut-il ainsi, du sublime, sombrer dans le médiocre ? Est-ce lui ou moi le problème ? Moi sans doute, me suis-je dit. Je me suis donc illico ressaisie de La Dégustation… qui m'est anouveau tombé des mains : inintéressant au possible ! Alors quoi ??
Et la même remarque s'applique aussi à Monsieur Baricco : comment cet auteur a-t-il pu à la fois écrire Soie, merveille d'épure et de délicatesse, et Océan mer, texte bouffi et surécrit ??? Hein, comment se fait ce ?
BlueGrey
______________________________
Yan Queffélec, Les noces barbares, éd. Gallimard, coll. folio, 2006 (1985), 343 pages, 6,80 €.
Les avis de Anne et de Kalistina.
Du même auteur : La Dégustation
12:45 Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, violence, maltraitance
04.01.2008
Les jours fragiles – Philippe Besson (2004)




Les jours fragiles ce sont ces jours que l'on essaie désespérément de retenir, de faire durer encore un peu quand on sait un être cher sur le point de nous quitter. Ces jours fragiles ce sont ceux qu'Isabelle consigne dans son journal intime, les jours d'agonie de son frère adulé, Arthur Rimbaud. Car en mai 1891, après 10 ans d'exil volontaire en Abyssinie, Arthur est revenu dans les Ardennes. Jeune vieillard de 37 ans, malade, épuisé, amputé, il est venu vivre ses derniers jours au côté de sa sœur Isabelle, seul membre chéri d'une famille rigide.
Alors, jour après jour, Isabelle soigne et soutient son frère chancelant, son corps souffrant et défaillant. Elle surveille chacun de ses pas, l'accompagne partout ou il veut, l'aide à rentrer, à monter, à descendre, prépare son siège, son lit, sa table. Bouchée à bouchée, elle lui fait prendre quelque nourriture, lui donne ses potions. Elle emploie ses journées à essayer de le distraire de ses pensées et de ses peines, passe les nuits à son chevet. Quant il se met à dormir, elle reste encore près de lui, à le regarder, à l'aimer, à prier, à pleurer.
Et jour après jour, dans son journal, la jeune femme écrit ses impressions, rappelle ses souvenirs, dissèque un univers familial éprouvant, raconte la longue agonie, essaie de retenir ce frère méconnu mais bien-aimé. Elle en devient la confidente, bouleversée par ses souvenirs tourmentés (homosexualité, drogues, athéisme...) qu'elle essaie de comprendre à défaut d'approuver. Elle est le témoin de sa splendeur passée et celui de ses tourments. Elle est le dépositaire de ses dernières fulgurances. Et en filigrane, elle trace le portrait de l'homme avant celui du poète.
« Je sais qu'évoquer cette tocade adolescente, c'est soulever un tabou dans notre famille. Cependant, comment ignorer tout à fait qu'Arthur a fait, un jour, de la poésie ? Il allait sur des routes incertaines, sur des chemins boueux, dans le froid et la faim au ventre, mais il voyait le soleil. Il allait crotté et misérable, ses poches étaient crevées mais il se prétendait le plus riche des hommes. Il allait, insouciant et léger, au hasard, il cherchait l'extase dans la fugue et, dans le même temps, portait des deuils écrasants, éblouissants. Il allait, guidait par des fulgurances, où nul autre n'était allé avant lui, et il flottait au-dessus des abîmes. Les mots lui venaient sans qu'il les commande. C'est lui qui l'assure, et, moi, je le crois. Que reste-t-il de tout cela ? Des cendres froides. »
Ces jours fragiles sont à la fois terribles et émouvants, empreints de douleur, de désarroi, de peur et d'amour. Ce filet de vie qui s'épuise donne lieu à un récit intense, âpre et maîtrisé. Philippe Besson nous bouleverse par la simplicité de l'approche et la sobriété du style, par cette voix si pure qui interroge l'existence de Rimbaud, par ce regard profond et pourtant pudique d'une petite sœur sur son géant de frère.
BlueGrey
______________________________
Philippe Besson, Les jours fragiles, éd. Julliard, 2004, 188 pages, 18 €.
Un grand merci à Flo pour m'avoir prêté ce livre et m'avoir ainsi permis cette belle découverte. Voici son avis et celui de Patch.
12:35 Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, roman, Arthur Rimbaud, Rimbaud, agonie, maladie
01.01.2008
Bonne année !

En ce premier jour de l'an 2008, je vous transmets tous mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année qui débute : santé, bonheur, amour, moments de douceur et de tendresse, de rire et d'amitié...
Que cette année 2008 soit pétillante et chaleureuse !!!













