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30.03.2008

Le nom de la rose – Umberto Eco (1980)

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intrigue policière et jeu littéraire

aa77b1b00c365cf91cc27182ca5ed886.gifAn de grâce 1327 : la chrétienté est en crise, divisée entre l'autorité du pape avignonnais Jean XXII et l'empereur d'Allemagne, Louis de Bavière, qui cherche à étendre son règne. Guillaume de Baskerville, moine franciscain, ex-inquisiteur et représentant du Saint-Empire doit organiser une rencontre pour réconcilier les instances religieuses qui soutiennent l'un ou l'autre des partis. Cette rencontre doit se dérouler dans une abbaye bénédictine isolée sur les contreforts d'une montagne, havre de sérénité et de neutralité, célèbre pour la science de ses moines et la richesse de sa bibliothèque où s'amasse, en milliers de volumes et de manuscrits, la somme du savoir humain. Mais dès son arrivée, accompagné de son secrétaire le jeune novice Adso de Melk, Guillaume de Baskerville se voit prier par l'Abbé d'enquêter sur la mort d'un moine, retrouvé écrasé aux pieds des murailles. C'est la première des sept morts suspectes qui vont égrener les sept journées et les sept chapitres de se récit, la clef de ces morts inexplicables semblant devoir être cherchée du côté de la mystérieuse et labyrinthique bibliothèque...

En apparence, Le nom de la rose est donc une chronique médiévale articulée sur une intrigue policière. En effet Umberto Eco livre ici un prodigieux document sur l'histoire du début du XIVe siècle, ses conflits et enjeux intellectuels, religieux et politiques. De plus il parsème son récit de ses propres réflexions sur l'époque médiévale, le rôle de l'Eglise, l'objectivité scientifique contre la subjectivité de la foi religieuse, l'art, la sémiologie... Il livre aussi un vrai et grand polar habilement mené, avec suspens savamment dosé, crimes en série, criminel hors pair qui ne se découvre qu'à l'ultime rebondissement d'une enquête haletante qui mêle réflexion, malice et cruauté. Enfin, il multiplie les références à la littérature, la plus transparente étant l'hommage rendu à Conan Doyle et son héros Sherlock Holmes dont Guillaume de Baskerville est le double. Le roman d'Umberto Eco est en lui-même une bibliothèque, où l'on se régale de reconnaître ici un passage de Zadig de Voltaire, de croiser là une évocation de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, et sans doute bien d'autres références encore, que je n'ai pas su relever ! Énigmes dans l'énigme, ces références sont si adroitement glissées qu'elles ne nuisent jamais à l'agilité de l'intrigue.

Le nom de la rose, sous sa forme amusante de roman policier et savante de devinette érudite, est au final un formidable plaidoyer contre l'obscurantisme, et pour la diffusion des savoirs et la liberté. Le tout porté par une érudition à aucun moment prétentieuse mais au contraire qui coule en phrases claires et précises, dans une écriture limpide.

  

BlueGrey

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Umberto Eco, Le nom de la rose (Il nome della rosa), traduit de l'italien par Jean-Noël Schifano, éd. LGF, coll. Le livre de poche, 1982 (1980), 534 pages, 6,50 €.

Thématique : livre publié l'année de notre naissance

Trackbacks

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Commentaires

Je l'ai lu, il a bien longtemps mais j'en garde un grand souvenir.
Ton article lui rend bien hommage :)
A noter que le film avec Sean Connery et Christian Slater était à la hauteur.

Ecrit par : anjelica | 31.03.2008

Je l'ai lu l'an dernier pour mon challenge ABC et je l'ai beaucoup aimé. J'aime beaucoup la façon dont tu en parles et je crois que j'ai manqué plusieurs références, moi aussi! Unbon souvenir de lecture!

Ecrit par : Karine | 31.03.2008

J'avais offert "le pendule de Foucault" à mon cher et tendre. Je ne connais toujours pas Eco mais je pense que c'est un auteur à découvrir !:)

Ecrit par : Lou | 31.03.2008

J'ai adoré le film, et ce que tu dis du livre me plait beaucoup!!!

Ecrit par : choupynette | 31.03.2008

Si l'allusion à Sherlock Holmes était évidente, celle à Guillaume d'Occam est par contre plus... ardue !!

Guillaume d'Occam (v.1285 - 9 avril 1347), dit le « docteur invincible » et le « vénérable initiateur », était un franciscain philosophe logicien et théologien scolastique anglais, considéré comme le plus éminent représentant de l'école nominaliste, principale concurrente des écoles thomiste et scotiste. Sa doctrine fut condamnée parce qu'elle conduisait à la banalisation de la Sainte Trinité.

A noter que Guillaume d'Occam a passé plusieurs années en "semi-liberté" dans un couvent en Avignon...

Ecrit par : Critic-Man ;-) | 31.03.2008

Que je l'ai aimé celui-ci... je crois que j'ai envie de le relire, c'est malin... c'est vrai qu'il y a toute sorte d'allusion et de clin d'œil, sans parler des personnages historiques qui sont nommément cité (comme guillaume d'Occam) ou mis en scène (comme Bernardo Gui)... Un livre magnifique !

Ecrit par : yueyin | 01.04.2008

Lu récemment et bien aimé mais j'ai sans doute comme toi raté quelques références...

Ecrit par : praline | 01.04.2008

Je n'ai malheureusement pas aimé le film du tout... (Ail Ail !!! pas la tête...) Du coup, je n'ai pas envie de lire le livre. Plus tard peut-être. Bisouxxx la revenante.

Ecrit par : ALaure | 01.04.2008

@ Anjelica : le film de Jean-Jacque Annaud réussi l'exploit d'être à la fois fidèle au livre sans toutefois tout révéler, ce qui devrait inciter les spectateurs à se plonger dans le roman...

@ Karine : le références manquées en première lecture promettent des relectures enrichissantes !

@ Lou : il y a un dizaine d'année, quand j'ai lu "Le nom de la rose" pour la première fois, j'ai été tellement enchantée de ma lecture et de l'accessibilité de l'érudition d'Umberto Eco que, dès "Le nom de la rose "refermé, je me suis précipitée sur "Le pendule de Foucault". Hélas ! Ce dernier est beaucoup plus ardu!

@ choupynette : je ne peux que t'encourager à le lire !

@ Critic-Man : cher Critic-Man, je vous remercie de cet aparté érudit qui parfait mon éducation... ;o)

@ yueyin : copine à moi !

@ praline : à chaque relecture, je découvre de nouvelles choses...

@ ALaure : pfffff ! Vas te cacher, vilaine !

Ecrit par : BlueGrey | 02.04.2008

> @ Critic-Man : cher Critic-Man, je vous remercie de cet
> aparté érudit qui parfait mon éducation... ;o)

De rien soeurette... en fait c'est plutôt "merci wikipédia" ^_^

J'ai lu ce bouquin il y a tant d'années que je me souviens juste des passages descriptifs concernant les bas-reliefs... J'ai l'impression qu'ils s'étalaient sur des pages et des pages, présentant (avec un soucis du détail hallucinant) des créatures mythiques, mystiques et mythologiques qui m'ont grandement marqué...

Ecrit par : Critic-Man ;-) | 02.04.2008

A chaque fois que je vois un commentaire sur ce livre, je repense à ma tentative pour lire ce livre alors que j'étais au collège. définitivement trop complexe pour moi. Surtout quand on croise dès les premières pages du latin !

A chaque fois, je me dis qu'il faudrait que je me décide à le lire finalement aujourd'hui. Et étrangement, je ne l'ai toujours pas fait.

Ecrit par : InFolio | 10.04.2008

Arriverais-je à lire ce roman sans imaginer immédiatement Sean Connery et sa coiffure la plus ridicule de sa carrière? :O) Bon, j'avoue, ta critique donne vachement envie, quand même!

Ecrit par : Gaël | 11.04.2008

@ Critic-Man : cher frérot, si mes souvenirs sont bons, c'est à toi que je dois la découverte de ce roman, il y a de cela quelques années maintenant... Merci donc !

@ InFolio : certes, il y a quelques citations latines, mais ça ne m'a pas gêné plus que ça, et je ne suis pourtant pas latiniste !

@ Gaël : hahaha, Sean et sa tonsure ! J'admets que je le préfère en agent 007, c'est tout de même plus class' !

Ecrit par : BlueGrey | 14.04.2008

Ah oui, ce livre est copié sur les enquêtes du frère Cadfael.
Je plaisante, ce livre est une référence. Ceci dit, le livre et le film font penser inévitablement aux enquêtes du frère Cadfael.

Ecrit par : G.Mike | 23.04.2008

@ G.Mike : je ne connais pas les enquêtes du frère Cadfael... Qu'est-ce donc ?

Ecrit par : BlueGrey | 24.04.2008

C'est une série de livres (20) enquêtes. Celles-ci sont menées par le frère Cadfael. Celui-ci, moine bénédictin, de retour de croisade est herboriste/médecin dans une abbaye, cela se passe au XIIe...
Ces enquêtes ont été portées sur le petit écran en série télévisée, probablement par le BBC. La série télé a même été doublée en français...
Pour en savoir plus :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Frère_Cadfael

Ecrit par : G.Mike | 25.04.2008

@ G.Mike : merci pour cette découverte, je ne connaissais pas du tout cette série !

Ecrit par : BlueGrey | 28.04.2008

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