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30.07.2007

La Dégustation – Yann Queffélec (2003)

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9005545d546372b24ba8ba7c5deb701f.gif«Le 2 avril 1973, à Nice, Bernard Tangor épousa Muriel Frichot. […] "Oui" dit-elle au maire en souriant. Elle avait dit oui. Il pensait qu'elle dirait non. Qu'elle prendrait peur et s'en irai en courant. Erreur. Cette jolie fille aux yeux noirs l'aimait. A cinquante ans, il se mariait avec une demoiselle qui fêtait le jour même sa majorité.»

C'est l'histoire d'un homme de 50 ans et d'une jeune femme de 21 ans qui s'aiment malgré tout. Elle est jeune, belle et brillante, il est riche, cultivé et désinvolte, il est son pygmalion. Bonheur made in Côte d'Azur. Sauf que petit à petit une ombre s'immisce entre eux : le passé trouble de Michel vient éroder leur union.
On ne déteste pas Michel immédiatement, dans un premier temps on se méfie juste un peu, on sent qu'il cache quelque chose et on sent que ce qu'il cache n'est pas joli-joli. Petit à petit on devine entre les lignes un passé de collaboration lors de la Seconde Guerre Mondiale, on devine aussi qu'il est directement lié à la déportation de la grand-mère de Muriel. On s'interroge alors : pourquoi Muriel refuse-t-elle d'entendre les mises en garde de sa famille et les rumeurs sur Michel ? Pourquoi élude-t-elle ses suspicions ? L'amour peut-il abolir l'horreur ?

L'ambiance de ce roman est poisseuse et pestilentielle. Plus on avance dans le récit, plus ça pue, et moins j'ai adhéré. Au final, ce roman est agaçant. Agaçants le cynisme froid et l'antisémitisme larvé de Michel. Agaçante la passivité de Muriel qui fait la sourde alors qu'en elle-même elle sait, elle a reconnu Michel. Agaçante la confrontation inaboutie entre les deux époux au moment de vérité. Agaçant le dénouement qui ne résout rien et n'apporte aucune réponse. Pour conclure, j'ai refermé ce livre avec la nausée.

  

BlueGrey

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Yann Queffélec, La Dégustation, éd. France Loisirs, 2003, 283 pages.

Du même auteur : Les noces barbares

23.07.2007

Un aller simple – Didier Van Cauwelaert (1994)

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d1c18b379df9e0b7612a0ce49ab39140.gifIl a commencé dans la vie comme enfant trouvé par erreur, volé avec une voiture. La voiture était une Ami 6 de race Citroën, alors on l'a appelé Ami 6, en souvenir. Avec le temps, pour aller plus vite, c'est devenu Aziz. Il a grandit dans une cité de Marseille, élevé par les tziganes qui l'ont volé avec la voiture. Depuis qu'il se débrouille avec les autoradios, et qu'il lui a fallu des faux papiers en cas d'arrestation, il a aussi un nom de famille : Kemal. Il se trouvait donc à Marseille en qualité de Marocain provisoire, avec permis de séjour payable à chaque renouvellement. Tant qu'à faire un faux, on aurait pu carrément lui donner la nationalité française, mais c'est vrai aussi qu'il n'avait pas voulu mettre le prix. A 19 ans, le jour de ses fiançailles avec Lila, il est embarqué lors d'une descente de police. Résultat, Jean-Pierre Schneider, un "attaché humanitaire", est chargé de le reconduire dans le pays d'où il ne vient pas, mais qui figure sur ces faux papiers : le Maroc. «Avant-hier matin, je prenais tranquillement l'apéritif de mes fiançailles, et aujourd'hui j'étais le clandestin-témoin, l'expulsé modèle qui volait vers le pays de ses faux papiers.»

L'attaché humanitaire est de bonne volonté, idéaliste et dépressif. Aziz va le trouver attachant, alors, pour ne pas le décevoir, il va enjoliver la réalité de sa vie en empruntant à une légende l'histoire de sa prétendue ville natale. Aziz raconte qu'il appartient à la tribu des hommes gris d'Irghiz, réfugiés depuis la préhistoire dans une cité interdite du Haut Atlas. Aziz et Jean-Pierre vont donc entreprendre un voyage dans le Haut Atlas, en compagnie d'une jeune guide bordelaise, à la recherche d'un paradis imaginaire.

Qu'il évoque les cités gitanes de Marseille-Nord ou les hauts-fourneaux lorrains, Didier Van Cauwelaert semble imprégné des milieux qu'il décrit. D'un problème d'actualité, il tire une fable rehaussée d'humour, une satire teintée d'émotion, une histoire humaine, l'histoire d'une amitié improbable entre un petit délinquant seul au monde et un jeune fonctionnaire idéaliste. Malgré tout, malgré les qualités que je lui reconnais, et je ne sais pas trop pourquoi, je n'ai pas accroché à ce récit, poutant couronné du prix Goncourt 1994. C'est ainsi parfois...

  

BlueGrey

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Didier Van Cauwelaert, Un aller simple, éd. Albin Michel, 1994, 194 pages, 13,60 €.

21.07.2007

Soie – Alessandro Baricco (1996)

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bb850bf6e6c10f0d6bdbe79dfd4cdeee.gif Soie, c'est un promesse de douceur et d'évanescence, un petit mot qui contient un univers... L'intégralité du roman ressemble à ce petit mot ténu et évanescent. Soie c'est, à première vue, une histoire de rien du tout, un tout petit roman, une centaine de pages, 65 courts chapitres. L'histoire ? Simple. Dans les années 1860, pour sauver les élevages de vers à soie de Lavilledieu (bourgade du sud de la France) contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des œufs sains. La loi nippone en interdisant le commerce, il fait affaire avec le trafiquant Hara Kei et croise ainsi la mystérieuse et fascinante compagne du bandit.

Le récit des quatre voyages entrepris par Joncour est chaque fois identique. Une page pour l'aller, une pour le retour. Toujours les mêmes, à un mot près. Façon d'indiquer que l'essentiel n'est pas dans le voyage, long et monotone, mais dans ces quelques jours permettant à Joncour d'apercevoir la belle ensorceleuse. Jamais Joncour et sa belle n'échangeront une parole, juste quelques regards, d'infimes effleurements de doigts... Amour impossible qui se poursuit sans jamais avoir réellement commencé. A quatre reprises Joncour se rendra au Japon, à quatre reprises il reviendra vers son épouse, Hélène, et jusqu'au bout Joncour et Hélène recouvriront cette infidélité virtuelle, entêtante, d'un voile de silence. Et finalement, c'est Hélène qui lui offrira la plus belle preuve d'amour.

Ce qui fascine et séduit dans ce roman, ce n'est pas tant l'intrigue que l'aisance, la légèreté du style, aérien, qui tend à l'épure, plein de mystères, de non-dits, de silences et de retenu. Les personnages sont faits de désirs et de passions contenus, variation infiniment légère et subtile sur le thème de la trahison. Un très beau roman, tout en douceur et en évocations faites à mi-voix...

  

BlueGrey

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Alessandro Baricco, Soie (Seta), traduit de l'italien par Françoise Brun, éd. Albin Michel, 1997 (1996), 120 pages, 12 €.

Du même auteur : Océan mer et Sans sang

19.07.2007

Le Sabotage amoureux – Amélie Nothomb (1993)

5241f3784ad62eec1a01a08d1ab59ef3.gif5241f3784ad62eec1a01a08d1ab59ef3.gif5241f3784ad62eec1a01a08d1ab59ef3.gif  «Un pays communiste est un pays où il y a des ventilateurs»

8b7c7f98026edfd36413fa2347795263.gif«Aucun quotidien, aucune agence de presse, aucune historiographie n'a jamais mentionné la guerre mondiale du ghetto de San Li Tun, qui dura de 1972 à 1975.
C'est ainsi que, dès mon plus jeune âge, j'ai su à quoi m'en tenir quant à la censure et à la désinformation.
Car enfin, peut-on trouver dérisoire un conflit de trois années, auquel prirent part des dizaines de nations, et au cours duquel des atrocités aussi épouvantables furent perpétrés ?
Prétexte à ce silence des médias : la moyenne d'âge des combattants avoisinait les dix ans. Les enfants serait-ils donc étrangers à l'histoire ?»

En 1972 Amélie a 5 ans et son père, diplomate belge, est muté dans l'hideuse Chine de la Bande des Quatre. Exilée de son éden japonais, la voilà plongée dans le ghetto pour diplomates de San Li Tun. La jeune Amélie s'y épanouit grâce à la guerre d'enfants qui y fait rage pendant trois ans. La guerre lui assure même le rôle glorieux d'éclaireur sur son cheval-vélo jusqu'au jour où la rencontre de la sublime petite Elena lui fait concevoir une passion enfantin, passion suffisante pour accepter de se saboter.

«Je n'écrivais pas moi. Quand on a des ventilateurs géants à impressionner, quand on a un cheval à soûler de galops, quand on a une armée à éclairer, quand on a un rang à tenir et un ennemi à humilier, on redresse la tête et on n'écrit pas.
C'est pourtant là, au cœur de la Cité des Ventilateurs, que ma décadence a commencé.
Elle a débuté à l'instant où j'ai compris que le centre du monde, ce n'était pas moi.
Elle a débuté à l'instant où j'ai été émerveillée de découvrir qui était le centre du monde. [...]
Le centre du monde été de nationalité italienne et s'appelait Elena.»

Ce roman autobiographique, exégèse personnelle faite de narcissisme égocentrique asséné avec application devient vite lassant et même agaçant. Toutefois, malgré tout, malgré soi, le lecteur se laisse emporter par le flot des mots, par la facilité du style toujours clair, concis, précis, ciselé et par l'humour piquant : «Aux professeurs étaient dévolue une tâche surhumaine : empêcher les enfants de s'entre-tuer. Et ils y parvenaient. Il faut donc féliciter ces gens admirables et comprendre que, en de pareilles conditions, enseigner l'alphabet eût constituer un luxe saugrenu pour idéalistes fin de siècle.»

  

BlueGrey

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Amélie Nothomb, Le Sabotage amoureux, éd. Albin Michel, coll. Le Livre de Poche, 1996 (1993), 123 pages, 4 €.

Du même auteur : Biographie de la faim

17.07.2007

La Femme en vert – Arnaldur Indridason (2002)

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7093e90e8c2d96762a3ebf4c541991d8.gifUn bébé mâchouille un jouet, ce jouet c'est un os, un os humain. Puis on déterre d'un terrain vague, près de groseilliers, un squelette, enfoui là depuis bien longtemps, la main dressée comme dans un geste d'horreur. Est-ce un homme ? Une femme ? En exhumant le squelette on découvre blotti contre lui celui d'un nourrisson. Et puis il y a aussi cette énigmatique vieille femme en vert, cette femme tordue qui semble veiller sur les groseilliers. L'inspecteur Erlendur mène l'enquête à son rythme lent et obstiné, épaulé par ses deux adjoints râleurs, et tout en veillant sur sa fille camée, enceinte et dans le coma.

Pour comprendre le présent, Erlendur doit replonger dans le passé, 50 ans plus tôt, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Car le vrai sujet de ce polar (comme du précédent, La Cité des Jarres), c'est la mémoire, ce passé forcément tourmenté qui ressurgi quand on ne l'attend plus. Le récit alterne alors entre les scènes d'enquête actuelles et le tableau poignant et terrifiant, d'un réalisme glaçant, d'une famille qui vivait sous la férule d'un tyran sadique. Le lecteur est le témoin révolté mais impuissant de la cruauté physique et psychologique que l'homme exerce sur la mère, cette femme qui endure, courbe l'échine, croyant protéger ses mômes. «Toute cette souffrance et ces coups, ces bleus, ces lèvres fendues, tout cela n'est rien comparé aux tortures que l'âme endure. Une terreur constante, absolument constante, qui jamais ne faiblit...»

Erlendur fouille, remonte à la surface des horreurs familiales, se débat au milieu de vieux démons, les siens et ceux des autres. Il est entraîné là où il ne veut pas aller, dans ses propres souvenirs, ses effrois, ses lâchetés passées, ses traumatismes d'enfance, ses déchirures... sa propre histoire. Comme un écho au drame passé qu'il dévoile peu à peu au cours de son enquête, il doit faire face aux ratages et aux incompréhensions qui ont ravagé son propre foyer et qui ont entraîné sa fille dans une spirale autodestructrice.

Trois récits ne cessent donc de s'entrecroiser (l'enquête en elle-même, et les deux témoignages), trois récits dans lesquels on retrouvent les obsessions de l'auteur (disparitions, détresses, désamours, trahisons), trois récits qui se rejoindront au final, évidemment, l'un éclairant l'autre, quand la mémoires revient et que la vérité prend le dessus.

Un roman poignant et angoissant, désespéré parfois, dans lequel Indridason nous parle aussi de son attachement à son île de glace, l'Islande, où les gens peuvent disparaître comme ça, sans laisser de traces. Emportés par l'océan. Tombés dans une crevasse. Assassinés par une ombre. Recouverts d'un linceul de neige pour l'éternité. On ne sait pas. Qu'importe. On les déclare morts. On les oublie...

  

BlueGrey

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Arnaldur Indridason, La Femme en vert (Grafarþögn), traduit de l'islandais par Eric Boury, éd. Métaillé, coll. Bibliothèque nordique, 2006 (2002), 298 pages, 18 €.

Du même auteur : La Cité des Jarres

15.07.2007

Biographie de la faim – Amélie Nothomb (2004)

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8ef0119e878db16a86edf9be24f6f200.gifMon premier Nothomb !

Un livre court qui se lit vite et bien dans lequel Amélie Nothomb procède à son introspection sous l’'angle de la faim, une sorte d'errance mentale, de souvenirs en souvenirs d'une petite fille un peu étrange. Une autobiographie vorace donc, au hasard de son enfance et adolescence itinérante faite de ruptures géographiques, au gré des mutations de son diplomate de père (Japon, Pékin, New-York, Bangladesh), et de ruptures relationnelles. Amélie Nothomb parle de sa faim : faim de sucre d'abord, faim d'alcool encore, faim de culture ensuite, et surtout faim des autres, mais aussi la faim d'avoir faim, et au bout du compte la faim de tout, la surfaim. Description d'une boulimie qui est à l'origine de sa fertilité littéraire.

«La faim, c'est moi !»
«Par faim, j'entends ce manque effroyable de l'être entier, ce vide tenaillant, cette aspiration non tant à l'utopique plénitude qu'à la simple réalité : là où il n'y a rien, j'implore qu'il y ait quelque chose.»

Amélie Nothomb, c'est d'abord un style savoureux, plein de décontraction et de légèreté, c'est aussi un sentiment d'exaltation à chaque phrase subtilement ciselée, c'est un vocabulaire choisi, parfois délicieusement désuet, c'est enfin un cynisme et un second degré distingué. Mais la saveur du style ne suffit pas à maintenir l'intérêt pour cet ouvrage complaisant qui s'épuise au fil des pages.

  

BlueGrey

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Amélie Nothomb, Biographie de la faim, éd. LGF, coll. Le Livre de Poche, 2006 (2004), 188 pages, 5,50 €.

Du même auteur : Le Sabotage amoureux

10.07.2007

Avant le gel – Henning Mankell (2002)

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db0db7f7e58c6b98443ee68b5a0c3372.gifAprès huit polars et 15 ans de bons et loyaux services et d'enquêtes déprimantes, l'inspecteur Wallander aurait bien voulu prendre un peu de champ et ne plus porter la misère du monde à lui tout seul mais décidemment, il y a quelque chose de pourri au royaume de Suède. Six oiseaux en flammes sont lancés au-dessus d'un lac aux abords d'Ystad : des cygnes aspergés d'essence, transformés en torches volantes. Plus tard, une tête de femme est retrouvée dans la forêt ainsi que ses deux mains coupées jointes en prière reposant sur une bible poissée de sang et aux pages griffonnées d'annotations étranges. Un gourou, une secte, des fidèles fanatiques prêts à mourir et faire mourir sur ordre : on entre vite dans l'hystérie.

De plus l'inspecteur Wallander doit composé avec sa fille Linda, jeune femme têtue, impatiente d'endosser l'uniforme de la police et de faire ses preuves, inquiète aussi de se trouver dans l'ombre du père. En attendant d'entrer officiellement en fonction, elle s'est installée chez son père et elle se lance dans une enquête parallèle.

La double enquête du père et de la fille et leur confrontation faite d'amour et de suspicion fait la qualité première de ce polar. Car pour l'histoire elle-même, si elle est glaçante et malgré la présence inquiétante des paysages, la mélancolie de l'atmosphère et le véritable sens du détail et des silences de Mankell, elle reste attendue. De plus l'intrigue avance très lentement, trop lentement à mon goût, l'enquête allant au ralenti. L'intérêt de ce polar tient donc plutôt dans le passage de relais entre le père et la fille, lui tout en incertitude bougonne, elle toute en impatiente et défiance. Kurt Wallander est toujours bien présent dans Avant le gel, père fouettard et père-poule, passant le relais mais tenant toujours les rênes, surveillant sa progéniture en éternel protecteur, maladroit devant une enfant qui lui ressemble trop.

  

BlueGrey

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Henning Mankell, Avant le gel (Innan frosten), traduit du suédois par Anna Gibson, éd. du Seuil, coll. Policiers, 2005 (2002), 440 pages, 22 €.

04.07.2007

1275 âmes – Jim Thompson (1964)

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b2dcec4c4536408d957b7e723f41fec8.gifNick Corey est le shérif d'un patelin nommé Pottsville, patelin peuplé de 1275 âmes damnées, saoulards, feignasses, fornicateurs, salopiaux de tout acabit qui vivent dans le sang, le stupre et les invectives. De plus, son épouse est une harpie, son beau-frère est débile, sa maîtresse insatiable l'épuise, la femme qu'il aime le snobe, et les maquereaux locaux lui manquent de respect. Alors, si jusqu'ici il s'est contenté de plaisanter et de regarder de l'autre côté quand il se passe quelque chose, il décide soudain que cela doit cesser : «"Nick Corey, tu vas finir par tourner en bourrique à force de te tourmenter. Y a pas, faut voir à remédier à ça, Nick Corey, sinon ça ira mal pour ton matricule." Ce qui fait que j'ai réfléchi, j'ai réfléchi tant que j'ai pu et, finalement, j'ai pris le taureau par les cornes. Et j'ai décidé que je ne savais foutre pas ce que je pourrais bien faire.»

Nick Corey est donc un shérif un peu mou et bêta, un drôle de représentant de la loi qui n'arrête jamais personne et esquive le plus possible les problèmes. Selon sa femme, c'est un "sans-couilles" tout juste bon à se bâfrer et à dormir. Mais peut-être ce drôle de shérif n'est-il pas aussi naïf et imbécile qu'il parait et bien vite, grâce à l'humour qui porte le livre, la roublardise de Corey lui vaut la sympathie du lecteur qu'il manipule à l'instar des autres personnages. Il est en effet assez jubilatoire de voir comment ce soit disant crétin roule son monde avec cynisme et humour pour arriver à ses fins. Mais l'affection amicale que l'on éprouve dans un premier temps pour ce "héro" déjanté se mue en étonnement puis en effroi devant les actes monstrueux qu'il commet. Car plus on avance dans le récit, plus on s'englue dans le sordide et si, dans cette histoire, tous les personnage sont vils et avec une morale au ras des pâquerettes, le shérif Corey s'avère être le pire d'entre eux : jouisseur, manipulateur, calculateur, cynique, égoïste, menteur, sans scrupule, hypocrite, violent, sadique et même criminel ! Les faits relatés sont insupportables et inacceptables, mais le récit, parfois terrible, est surtout loufoque, car porté par l'outrance du style, du langage et des sentiments. Ce livre n'est pas à prendre au premier degré, ce n'est en aucun cas une apologie de l'abomination. C'est un réquisitoire contre toutes les vacheries du monde, mais aussi une bouffonnerie car jusqu'à la dernière ligne Jim Thompson tourne tout en dérision. Ainsi la morale du héros se réduit à ceci : «Le Bien et le Mal, par exemple, on finit par plus savoir ce que c'est l'un et ce que c'est l'autre» et la conclusion du roman pourrait être : le pouvoir rend fou, même à Ploucville.

 

BlueGrey

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Jim Thompson, 1275 âmes (Pop. 1280), traduit de l'anglais par Marcel Duhamel, éd. Gallimard, coll. folio policier, 1999 (1964), 247 pages, 5,10 €.

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