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25/11/2009

Effacement – Percival Everett [2001]

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Effacement.gifThelonious Ellison – dit Monk – est un écrivain noir américain d'avant-garde dont les romans, très érudits, se vendent mal. Alors qu'il excelle dans la réécriture des Perses d'Eschyle, ou l'étude critique de Barthes, ce qu'attend de lui le monde de l'édition c'est un roman "black", une histoire de ghetto conforme au marketing du roman réaliste "identitaire" afro-américain. Ecœuré et révolté par la médiocrité et le succès de l'un de ces ouvrages dits de "littérature noire américaine", il en écrit, sous pseudonyme, une parodie. Résultat : la supercherie se transforme en best-seller ! Ecartelé entre une carrière universitaire végétante, une vie sentimentale au point mort, des crises familiales à répétition et un triomphe sous pseudonyme qu'il n'assume pas, Monk vacille et frôle la schizophrénie.

Ce roman est un pur bonheur, un vrai régal ! Découvrir la suite...

20/11/2009

L'angoisse du roi Salomon – Romain Gary (Emile Ajar) [1979]

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L angoisse du roi Salomon.gifJean, vingt-cinq ans, est taxi. Un jour monte dans son taxi monsieur Salomon, octogénaire ancien roi du prêt-à-porter qui lutte contre l'angoisse de la mort, qu'il refuse : « Je vous préviens que ça ne se passera pas comme ça. Il est exact que je viens d'avoir quatre-vingt-cinq ans. Mais de là à me croire nul et non avenu, il y a un pas que je ne vous permets pas de franchir. Il y a une chose que je tiens à vous dire. Je tiens à vous dire, mes jeunes amis, que je n'ai pas échappé aux nazis pendant quatre ans, à la Gestapo, à la déportation, aux rafles pour le Vél' d'Hiv', aux chambres à gaz et à l'extermination pour me laisser faire par une quelconque mort dite naturelle de troisième ordre, sous de miteux prétextes physiologiques. Les meilleurs ne sont pas parvenus à m'avoir, alors vous pensez qu'on ne m'aura pas par la routine. Je n'ai pas échappé à l'Holocauste pour rien, mes petits amis. J'ai l'intention de vivre vieux, qu'on se le tienne pour dit ! »

Monsieur Salomon se prend d'amitié pour Jean et l'engage dans son association d'aide aux personnes désespérées. La mission de Jean sera de porter des cadeaux, fleurs, ou messages que monsieur Salomon envoie aux gens seuls et âgés. Un matin monsieur Salomon envoie Jean porter des fruits confits à mademoiselle Cora Lamenaire, une ancienne chanteuse réaliste, une femme que monsieur Salomon à jadis aimé...

Je dois avouer que, suite à ma déconvenue face à Gros-Câlin du même Emile Ajar / Romain Gary, j'étais quelque peu circonspecte en ouvrant ce livre-ci. Mais je dois reconnaître que, malgré ma réticence initiale, je me suis très vite attachée à ce récit et à ses héros et j'ai pris énormément de plaisir à cette lecture ! Les raisons de mon engouement sont multiples et je ne sais par quoi commencer pour vous donner envie de vous aussi découvrir ce roman !

On est tout d'abord saisi par le charme qui émane de chacun des protagonistes : Jean, monsieur Salomon et mademoiselle Cora bien sûr, mais aussi tous les personnages secondaires, tous étonnants et farfelus, et tous éminemment bien croqués. On ne peut que ressentir une infinie tendresse pour tout ce petit monde où la lutte pour la vie et la fraternité semblent être un acte de foi.

L'histoire ensuite, totalement incongrue (et c'est un compliment !), déborde de tendresse (sans sombrer pour autant dans la mièvrerie) et aborde, avec finesse et humour, des thématiques essentielles : l'amour et ses paradoxes, l'angoisse de la vieillesse, les préjugés (formidable Monsieur Tapu, summum de bêtise crasse !) et, envers et contre tout, le refus farouche du renoncement et du désespoir.

Quant au style, si je reprochais à Gros-Câlin une surabondance exaspérante de figures de style et jeux de mots qui égaraient quelque peu le lecteur, j'ai trouvé ce livre-ci tout à fait bien dosé et équilibré. Ce roman est truffé d'aphorismes et d'habiles inventions langagières, mais il reste efficace grâce à la précision de son style et de sa langue, sa verve, son ton faussement naïf et décontracté et son optimisme porté par un rythme lent et débonnaire.

Ce roman, d'une irrésistible drôlerie et d'une grande humanité, charme, émeut et force à croire que « Au fond de chaque homme se cache un être humain et tôt ou tard, ça finira bien par sortir... »

Une vraie et belle découverte, enchanteresse ! Un livre que l'on savoure, le sourire aux lèvres...

Et, pour le plaisir, un petit extrait : « Chuck était très intéressé par ces largesses. Pour lui, le roi Salomon faisait du remplacement, de l'intérim. Intérim : espace du temps pendant lequel une fonction est remplie par un autre que le titulaire. C'est dans le petit Larousse. Pour Chuck, le roi Salomon fait du remplacement et de l'intérim, vu que le titulaire n'est pas là et il se venge de lui en Le remplaçant, pour Lui signifier ainsi son absence. J'avais essayé de ne pas continuer cette conversation avec Chuck, on ne sait jamais ce qu'il va en sortir, et des fois ça vous affole complètement, ses trucs. Pour lui, le roi Salomon faisait de l'intérim pour donner une leçon à Dieu et Lui faire honte. Pour monsieur Salomon, Dieu aurait dû s'occuper des choses qu'Il ne s'occupait pas et comme monsieur Salomon avait des moyens, il faisait de l'intérim. Peut-être que Dieu, en voyant qu'un autre vieux monsieur faisait pleuvoir ses bontés à Sa place serait piqué au vif, cesserait de se désintéresser et montrerait qu'Il peut faire beaucoup mieux que le roi du prêt-à-porter, Salomon Rubinstein, Esq. Voilà comment Chuck expliquait la générosité de monsieur Salomon et sa munificence. Munificence : disposition qui porte aux libéralités. Je m'étais bien marré à l'idée que monsieur Salomon faisait des signaux lumineux à Dieu et essayait de Lui faire honte. »

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Romain Gary (Emile Ajar), L'angoisse du roi Salomon, éd. Gallimard, coll. folio, 1987 (1979), 349 pages, 7 €.

Du même auteur : Gros-Câlin

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Un livre proposé par YueYin.

Les avis de Isil, Levraoueg, Armande, Keisha, Chimère, Pascale, Yoshi & Leiloona.

18/11/2009

Courir – Jean Echenoz [2008]

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courir.gifIl n'y eut qu'un homme, des années durant, capable de courir aussi vite, aussi longtemps, aussi loin. Dans les années 1950, il fut le détenteur de 4 titres olympiques et de 18 records du monde ! Emil Zátopek !

« Ce nom de Zatopek qui n'était rien, qui n'était rien qu'un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyablement à trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupapes scandé par le k final, précédé par le z initial qui va déjà très vite : on fait zzz et ça va tout de suite vite, comme si cette consonne était un starter. Sans compter que cette machine est lubrifiée par un prénom fluide : la burette d'huile Emile est fournie avec le moteur Zatopek. »

Echenoz ne retient que quelques épisodes saillants de la carrière du sportif tchécoslovaque, certains traits de caractère, des anecdotes en nombre limité. Et du contexte politique de cette période pourtant troublée (de l'arrivée des chars nazis en Moravie à l'invasion de la Tchécoslovaquie par les Soviétiques en 1968), il ne donne que de maigres détails. Car pour Echenoz, il ne s'agit pas de restituer la totalité du personnage, mais plutôt d'en dessiner un certain profil, très épuré : il s'attache surtout à montrer le goût et le sens de l'effort de celui que l'on surnomma "la locomotive tchèque", un homme jovial et naïf, jusque dans son acharnement à courir plus vite. Et l'écrivain ironise : d'une légende, il extrait une vie marquée d'autant d'efforts que de hasards de circonstances ; d'un champion, il fait un pantin à l'insouciance béate...

Ce Courir est aussi sobre que le promet son titre. En 140 pages au style minimaliste, c'est expédié. Et finalement, je crois que c'est cela qui m'a le plus gêné dans ce roman : son style trop véloce et désinvolte, ainsi que sa familiarité de ton, proche de l'oralité, et ses personnages sans profondeur, désincarnés, comme extraits du réel, qui m'ont empêchée de m'attacher à cette histoire et à son héros.

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Jean Echenoz, Courir, Les éditions de Minuit, 2008, 141 pages, 13,50 €.

15/11/2009

Disparu à jamais – Harlan Coben [2002]

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Disparu à jamais.gifSur son lit de mort, la mère de Will lui adresse ces derniers mots : « Il est vivant ». "Il", c'est Ken, le frère de Will qui a disparu 11 ans auparavant après le meurtre de la jeune voisine, Julie Meyer, dont il est accusé. Pendant toutes ces années, Will l'a cru mort ! Persuadé de son innocence, Will part à la recherche de Ken. Mais au même moment, sa compagne Sheila disparaît... Et ceci n'est que le début d'une enquête pleine de retournements de situation où l'on croise des adolescentes prostituées, des trafiquants sans scrupules, un tueur psychopathe, sans oublier, pour faire bon poids, la mafia et le FBI. Découvrir la suite...Enregistrer

12/11/2009

Exit le fantôme – Philip Roth (2007)

Exit le fantôme.gifNathan Zuckerman, le personnage principal de ce livre, est l'alter ego régulier de Philip Roth. On le retrouve dans nombre de ses romans, tantôt personnage central, tantôt second rôle. Dans tous les cas, il semble révéler les réflexions, les certitudes et les doutes de son créateur. Réflexions sur l'écriture, sur les relations complexes entre l'art et la vie, sur la place de l'écrivain dans la société, sur l'actualité, la politique et l'avenir de la société américaine...

Nous retrouvons donc Nathan Zuckerman à 71 ans, toujours épatant d'intelligence, de lucidité et d'humour ironique, et désormais écrivain reconnu. Le voilà de retour à New York après onze ans d'exil volontaire dans les Berkshires (campagne du Massachusetts). Onze années vécues en solitaire et exclusivement consacrées à l'écriture et à la lecture. Onze années "hors la vie", coupé de tout et de tous. Si ce jour d'automne 2004 Nathan Zuckerman est de retour à New York, c'est poussé par la nécessité. Il revient pour subir une intervention susceptible d'améliorer son problème d'incontinence, à défaut de pouvoir régler l'autre conséquence pénible de son cancer de la prostate : l'impuissance. De retour au monde dont il s'était volontairement soustrait, le voilà obligé de se confronter à ce qu'il avait fui : les autres, et avec eux les rapports de force et le retour des affres du désir.

Dans la ville encore secouée par l'onde de choc des attentas du 11 septembre 2001 et accablée par la réélection inattendue de George W. Bush, trois rencontres vont occuper Nathan Zuckerman. Il y a d'abord Amy Bellette, ancienne compagne de son mentor, l'écrivain disparu E.I. Lonoff, aujourd'hui décatie et atteinte d'une tumeur au cerveau. Puis Richard Kliman, jeune arriviste insupportable qui a entrepris d'écrire une biographie de Lonoff alourdie d'un sordide secret, au grand dam de Zuckerman, pour qui l'entreprise reviendrait à laisser la vie du grand homme prendre le pas sur la postérité de son œuvre. Enfin, un jeune couple d'écrivains avec qui il envisage un échange de maisons. Et voilà Zuckerman, qui s'en croyait immunisé, en proie au désir fou pour Jamie, la très charmante jeune femme du couple. Et afin d'exorciser cette impossible liaison, il rédige, au grès de ses fantasmes, des dialogues de théâtre où Elle et Lui se donnent la réplique. Mise en abîme de l'écrivain qui ré-enchante son existence par la fiction.

Pour Philip Roth, Nathan Zuckerman est habituellement le dépositaire des séismes individuels provoqués par l'Histoire américaine. Ainsi ce roman aborde les conséquences psychologiques des attentats de 2001 et de la réélection de Bush fils. Cependant, dans Exit le fantôme, son principal sujet n'est pas là, mais est son héros lui-même et sa condition d'homme sur le déclin, en déroute tant physique qu'intellectuelle. Il aborde de façon tour à tour digne, mélancolique, rageuse ou moqueuse le problème du vieillissement et du cortège de maladies, de petites misères, de renoncements et d'humiliations qui l'accompagnent.

Dans ce roman, Philip Roth interroge aussi la fiction et la postérité littéraire en une charge contre le réductionnisme biographique. Par la révolte de Zuckerman devant l'opportunisme de Richard Kliman, Philip Roth dénonce le sort des artistes donnés en pâture contre leur gré à des biographes plus enclins à se faire un nom qu'à comprendre l'œuvre, à chercher un scandale vendeur qu'à respecter l'intimité de l'homme. Ainsi écrit-il : «Dès que l'on entre dans les simplifications idéologiques et dans le réductionnisme biographique du journalisme, l'essence de l'œuvre d'art disparaît».

Exit le fantôme est donc un roman très riche et profond, dont la multiplicité des interprétations possibles n'ôte rien à l'élégante simplicité et à la discrète sophistication.

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e%2035.gif Philip Roth, Exit le fantôme (Exit Ghost), traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Claire Pasquier, éd. Gallimard, coll. Du monde entier, 2007 (2007), 326 pages, 21 €.

J'ai reçu ce livre dans le cadre de l'opération "Cadeau Test" de alapage.com, que je remercie pour cet envoi.

Du même auteur : La tache, Un homme & Indignation.