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18/11/2009

Courir – Jean Echenoz [2008]

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courir.gifIl n'y eut qu'un homme, des années durant, capable de courir aussi vite, aussi longtemps, aussi loin. Dans les années 1950, il fut le détenteur de 4 titres olympiques et de 18 records du monde ! Emil Zátopek !

« Ce nom de Zatopek qui n'était rien, qui n'était rien qu'un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyablement à trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupapes scandé par le k final, précédé par le z initial qui va déjà très vite : on fait zzz et ça va tout de suite vite, comme si cette consonne était un starter. Sans compter que cette machine est lubrifiée par un prénom fluide : la burette d'huile Emile est fournie avec le moteur Zatopek. »

Echenoz ne retient que quelques épisodes saillants de la carrière du sportif tchécoslovaque, certains traits de caractère, des anecdotes en nombre limité. Et du contexte politique de cette période pourtant troublée (de l'arrivée des chars nazis en Moravie à l'invasion de la Tchécoslovaquie par les Soviétiques en 1968), il ne donne que de maigres détails. Car pour Echenoz, il ne s'agit pas de restituer la totalité du personnage, mais plutôt d'en dessiner un certain profil, très épuré : il s'attache surtout à montrer le goût et le sens de l'effort de celui que l'on surnomma "la locomotive tchèque", un homme jovial et naïf, jusque dans son acharnement à courir plus vite. Et l'écrivain ironise : d'une légende, il extrait une vie marquée d'autant d'efforts que de hasards de circonstances ; d'un champion, il fait un pantin à l'insouciance béate...

Ce Courir est aussi sobre que le promet son titre. En 140 pages au style minimaliste, c'est expédié. Et finalement, je crois que c'est cela qui m'a le plus gêné dans ce roman : son style trop véloce et désinvolte, ainsi que sa familiarité de ton, proche de l'oralité, et ses personnages sans profondeur, désincarnés, comme extraits du réel, qui m'ont empêchée de m'attacher à cette histoire et à son héros.

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Jean Echenoz, Courir, Les éditions de Minuit, 2008, 141 pages, 13,50 €.

Commentaires

Échenoz a l'intelligence de replacer la course d'Émile dans celle, encore plus folle, du monde. Le monde finissant du XX° siècle.
Ce petit bouquin d'Échenoz (tous les bouquins d'Échenoz sont petits !) se lit à toute allure, à toute vitesse.
En moins de deux heures, en moins de temps qu'il n'en faut à Émile pour courir les 20.000 mètres.
On suit tout cela (les courses d'Émile et la roue de l'Histoire) au rythme donné par Échenoz, dans la foulée d'Émile : c'est passionnant, captivant, haletant.
Sous la plume d'Échenoz, on a l'impression de voir le monde courir à sa perte tandis que le petit bonhomme Émile court sur la planète, poursuivi par les chars, essayant vainement d'échapper à l'Histoire qui finira par le rattraper lorsque, avec l'âge, Émile s'essouffle et se trouve bien heureux de voir quelques jeunes prendre enfin la relève.
Échenoz est un écrivain fort discret et fort talentueux. C'est son dernier bouquin et son écriture si caractéristique (une douce ironie, une tendre cocasserie, faussement naïves), est ici parfaitement dosée et maîtrisée et réussit à nous faire partager pendant quelques pages la course folle d'Émile.
Impeccable. Un de nos best-of 2009.

Écrit par : BMR | 18/11/2009

J'ai lu récemment "Je m'en vais" de cet auteur, j'avais beaucoup aimé, notamment d'ailleurs par rapport au traitement des personnages : comme tu dis, ils sont désincarnés, pas un poil de psychologie, juste de l'action. Je crois que j'ai d'autant plus apprécié ça que juste avant j'avais lu "La princesse de Clèves" et "Madame Bovary", là ça me changeait radicalement!
Je note le titre de ce livre, si jamais je tombe dessus, par hasard!

Écrit par : Etoiledesneiges | 19/11/2009

@ BMR : je suis d'accord, l'un des avantages de ce livre, c'est qu'il est court et donc qu'il se lit vite ! ^^

@ Etoiledesneiges : je pense que c'est le style Echenoz qui ne me convient pas car j'avais aussi tenté la lecture de "Cherokee" et je n'en suis pas venue à bout...

Écrit par : BlueGrey | 20/11/2009

C'est vrai que c'est un peu le 'problème' avec Echenoz. Son verbe est tellement épuré qu'on a envie qu'il nous aide, avec sa simplicité, à rentrer dans quelque chose, dans la problématique des personnages en somme. Mais... pffff... J'ai lu 'Le Lac' et je ne m'en souviens déjà plus. J'ai lu 'Ravel' et c'est à peu près pareil.

Écrit par : DouceBelle | 18/12/2009

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