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26/09/2009

A l'Ouest rien de nouveau – Erich Maria Remarque (1929)

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A l'Ouest rien de nouveau.gifA travers le témoignage d'un soldat allemand de la Première Guerre mondiale, A l'Ouest rien de nouveau constitue un magnifique, poignant et tragique manifeste pacifiste.

Ecrit à la première personne, au présent, on y suit un simple soldat, presque un enfant, qui s'est engagé volontaire à 17 ans en même temps que toute sa classe, sous les exhortations de son professeur. Il ne raconte pas de vastes mouvements de troupes ou des offensives et contre-offensives ; on ne sait trop ce qui se passe sur l'ensemble du front, encore moins ce que décident les états-majors. Simplement, avec une sobriété qui en souligne l'horreur, il raconte la vie quotidienne au front et dans les tranchées : la pluie, la boue, la vermine, les bombardements, les gaz, les veilles, les attaques au petit jour, les nuits en flammes... Avec, parfois, de minuscules plaisirs qu'il faut savoir saisir pour ne pas sombrer dans le désespoir ou la folie, et parce qu'on n'est pas sûr de voir le lendemain ni l'heure qui vient.

Et partout, toujours, à chaque instant, l'omniprésence de la mort. La même bien sûr de chaque côté des lignes.

À l'ouest rien de nouveau est un roman réaliste et bouleversant, une sobre dénonciation du non-sens de la guerre par un récit qui restitue avec intensité l'atroce brutalité de la Grande Guerre.

« Le silence se prolonge. Je parle, il faut que je parle. C'est pourquoi je m'adresse à lui, en lui disant : "Camarade, je ne voulais pas te tuer. Si, encore une fois, tu sautais dans ce trou, je ne le ferais plus, à condition que toi aussi tu sois raisonnable. Mais d'abord tu n'as été pour moi qu'une idée, une combinaison née dans mon cerveau et qui a suscité une résolution ; c'est cette combinaison que j'ai poignardée. A présent je m'aperçois pour la première fois que tu es un homme comme moi. J'ai pensé à tes grenades, à ta baïonnette et à tes armes ; maintenant c'est ta femme que je vois, ainsi que ton visage et ce qu'il y a en nous de commun. Pardonne-moi, camarade. Nous voyons les choses toujours trop tard. Pourquoi ne nous dit-on pas sans cesse que vous êtes, vous aussi, de pauvres chiens comme nous, que vos mères se tourmentent comme les nôtres et que nous avons tous la même peur de la mort, la même façon de mourir et les mêmes souffrances ? Pardonne-moi, camarade ; comment as-tu pu être mon ennemi ? Si nous jetions ces armes et cet uniforme tu pourrais être mon frère, tout comme Kat et Albert. Prends vingt ans de ma vie, camarade, et lève-toi... Prends-en davantage, car je ne sais pas ce que, désormais, j'en ferai encore." »

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Erich Maria Remarque, A l'Ouest rien de nouveau (Im Westen nichts Neues), traduit de l'allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac, éd. Le livre de poche, 1973 (1929), 219 pages, 5 €.

Thème : un classique
Chez les copines : ALaure, Anjelica, Ankya, Choupynette , Erzébeth, Etoiledesneiges, Ofélia, YueYin.

24/09/2009

Si loin de vous – Nina Revoyr (2008)

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Si loin de vous.gif1964 : Jun Nakayama, d'origine japonaise, est un vieil homme modeste et discret, qui vit dans une zone pavillonnaire à l'ouest d'Hollywood, et dont les voisins sont loin de soupçonner le passé de star du cinéma muet. En effet, cela fait 40 ans que Jun a tourné son dernier film, et la question qui habite ce roman est de savoir pourquoi ? Pourquoi Jun a-t-il renoncé à une carrière glorieuse pour vivre le reste de sa vie dans l'anonymat ? L'arrêt de sa carrière, en 1922, est-elle due à la lassitude du public, à la montée du racisme, à la fin du cinéma muet ? Ou est-elle liée au meurtre jamais élucidé du grand réalisateur Ashley Benett Tyler ?

L'un des plaisirs offert par ce roman réside dans le dévoilement progressif de la personnalité du personnage principal, Jun Nakayama. Sous son apparence de vieux monsieur sans histoire et courtois, on découvre petit à petit un homme complexe à l'histoire personnelle riche et mouvementée. Par bribes, Jun se raconte (son arrivée aux Etats-Unis, ses débuts d'acteur, son ascension fulgurante, les femmes de sa vie, les fêtes hollywoodiennes, l'arrêt brutal de sa carrière), la narration faisant d'incessants allers-retours entre présent (1964) et passé (années 1910-1920). Et finalement, on découvre un homme assez orgueilleux (et pas toujours très sympathique), un peu veule, émotionnellement déficient, mais attachant malgré tout.

J'ai aussi apprécié le rythme lent de la narration et sa nostalgie latente, et toutes ces informations que l'on recueille tout au long de la lecture sur l'histoire du cinéma, du muet au parlant, les débuts d'Hollywood et du "star system", et le contexte historique du début des années 1920 (l'après Première Guerre mondiale, la question raciale avec la montée de la peur du "Péril jaune"...).

Si loin de vous aborde de nombreux thèmes : la célébrité et l'ambition, comment le succès peut pervertir, comment "le rêve hollywoodien" peut devenir cauchemar, comment un individu lambda peut participer d'un racisme "ordinaire"... C'est aussi une belle méditation sur le passage des ans et les occasions manquées. Et c'est surtout un bel hommage au cinéma muet, évoqué avec finesse et tendresse.

Bref, un moment de lecture tout à fait charmant.

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Nina Revoyr, Si loin de vous (The Age of Dreaming), traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Bruno Boudard, éd. Phébus, 2009 (2008), 376 pages, 23 €.

Livre lu grâce à Chez les filles et aux éditions Phébus, que je remercient.

21/09/2009

Les villes invisibles – Italo Calvino (1972)

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Les villes invisibles.gifPour écrire Les villes invisibles, Italo Calvino est parti de sa fascination pour Le livre des merveilles, de Marco Polo, où celui-ci dicte à son compagnon de prison de Gênes, en 1296, une narration de ses voyages en Orient au service de l'empereur Mongol Kübilaï (qui acheva la conquête de la Chine). Italo Calvino invente la situation contraire : Marco Polo, voyageur-explorateur, raconte à Kublai Khan les villes qu'il a visité au cours de ses ambassades. Des villes réelles ou fantasmées, appartenant au passé, au présent, ou au futur, et portant toutes un prénom féminin. Si au début on imagine des villes plutôt orientales, ayant un peu l'impression d'être plongé dans l'univers fantasmagorique des contes des Milles et une Nuit, peu à peu, l'atmosphère évolue et nous amène dans des mégapoles contemporaines.

Le livre regroupe ainsi cinquante-cinq villes au total, chacune décrite sur une à trois pages maximum, hiérarchisées en onze thématiques (les villes et la mémoire, les villes et le désir, les villes cachées, les villes et les morts, les villes et les signes...), et les chapitres sont entrecoupés de dialogues entre Marco Polo et Kublai Khan, des dialogues aux allures philosophiques assez énigmatiques.

Les villes invisibles est un livre étrange, entre fiction et recueil de poésie, mais l'élégance de l'écriture de Calvino ne suffit pas à maintenir l'intérêt, le procédé narratif, répétitif, devenant vite lassant. Toutefois, dans l'ensemble de ces villes, on en trouve toujours une qui nous touche plus particulièrement. Pour moi ce fut Isidora :

« Il vient à l'homme qui chevauche longtemps au travers de terrains sauvages, le désir d'une ville. Pour finir, il arrive à Isidora, une ville où les palais ont des escaliers en colimaçon incrustés de coquillages marins, où l'on fabrique lunettes et violons dans les règles de l'art, où lorsque l'étranger hésite entre deux femmes il en rencontre toujours une troisième, où les combats de coqs dégénèrent en rixes sanglantes mettant aux prises les parieurs. C'est à tout cela qu'il pensait quand il avait le désir d'une ville. Isidora est donc la ville de ses rêves : à une différence près. Dans son rêve, la ville le comprenait lui-même, jeune ; il parvient à Isidora à un âge avancé. Il y a sur la place le petit mur des vieux qui regardent passer la jeunesse ; lui-même y est assis, parmi les autres. Les désirs sont déjà des souvenirs. »

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Italo Calvino, Les villes invisibles (Le città invisibili), traduit de l’italien par Jean Thibaudeau, éd. du Seuil, coll. Points, 199 pages, 6 €.

Les avis de Pascale, Goelen, Yoshi73, Leiloona & Restling.