01/03/2007
Mystic River – Dennis Lehane (2001)




Ils sont trois gamins de onze ans habitant les Flats, quartier populaire de Boston : Jimmy Marcus la tête-brulée du trio, Sean Devine le raisonnable et Dave Boyle le suiveur. Un après-midi de bagarre, en 1975, deux hommes aux allures de flics embarquent Dave... qui ne réapparaîtra que quatre jours après, bête fauve en sursis. Vingt-cinq ans plus tard, an 2000, les trois hommes ne se fréquentent plus que vaguement. Jimmy, ex-chef de bande et taulard, s'est rangé en devenant le gérant d'un magasin d'alimentation. Dave, ex-star du base-ball, part lentement à la dérive. Et Sean, devenu policier, est miné par ses problèmes conjugaux. Comme un écho au kidnapping de Dave, l'assassinat de Katie, la fille aînée de Jimmy, va les mettre de nouveau en présence. Sean enquête, Jimmy crie vengeance, quant à Dave, rentré chez lui à trois heures du matin couvert de sang, il paraît bien suspect. Et tandis que le microcosme des Flats explose sous l'émotion et que l'odeur du sang excite les esprits, on voit le passé ressurgir, déterminant le présent.
C'est la douleur qui est le moteur de cette histoire, et non l'enquête. Plus qu'un roman policier, Dennis Lehane construit une tragédie à trois voix autour de personnages rongés par les traumatismes d'enfance et l'origine sociale, entraînés dans la spirale de la souffrance et de la colère, pris dans l'engrenage du remords et du désir de vengeance. Dennis Lehane excelle dans l'art de mettre subtilement en évidence l'individu et son humanité et de faire sentir les ambivalences de chacun. Il s'attarde sur l'individu pour mieux observer les conséquences de ses choix et le caractère irrémédiable de ses actes. Il avance dans son récit avec la conscience de l'homme qui s'interroge sur son prochain, sans le condamner : peut-on échapper à un avenir bien sombre fait de violence, de peur, de désespérance et d'innocence perdue ?
BlueGrey
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Dennis Lehane, Mystic River, traduit de l'anglais par Isabelle Maillet, éd. Rivages, coll. Rivages/Noir, 2005, 583 pages, 9,50 €.
Du même auteur : Shutter Island
12:20 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, roman, polar, Amérique, Boston, meurtre
27/02/2007
Blind Lake – Robert Charles Wilson (2003)



A Blind Lake, Minnesota, «même les chiens de prairie ont un laissez-passer». Car Blind Lake est une zone protégée, un complexe scientifique d'observation astronomique qui, grâce à une «technologie quantique auto-évolutive», observe et étudie la vie quotidienne d'un extraterrestre, à des années lumières de là. Trois journalistes privilégiés ont été autorisés à effectuer un reportage sur la base quand celle-ci est soudain mise en quarantaine par les militaires. Blocus total, strict et sévère, voire mortel pour qui tente de le briser. Le blocus se maintenant plusieurs jours, puis plusieurs semaines, et même plusieurs mois et le huis-clos devient étouffant. Les esprits s'échauffent, se lassent, s'impatientent et se questionnent alors qu'aucun danger n'est explicitement défini. Pendant ce temps, au fin fond d'une galaxie lointaine, un être solitaire, "le Sujet" observé, jusqu'alors sédentaire et routinier, se met en marche pour une destination inconnue.
Ce roman est un questionnement intelligent sur l'incommunicabilité et les rapports conflictuels entre la science et l'humanisme.
Le premier questionnement est celui, intrinsèque, de l'existence même de l'extraterrestre, désinvoltement surnommé «le Homard» par les profanes à cause de son apparence physique, et prudemment «le Sujet» par les scientifiques. Son quotidien, ses faits et gestes sont scrutés et analysés à son insu par des observateurs qualifiés. Ce qui exige persévérance et circonspection. Car comment le comprendre en évitant tout anthropomorphisme ? Ou comment accepter de ne pas chercher à le comprendre, au nom de cette vérité absolue qui rappelle que nos catégories de perception et d'intellection sont humaines, et que le non-humain nous est donc par nature impossible à déchiffrer ?
Le second mystère est celui de la technologie qui permet de surveiller «le Sujet». Une «technologie quantique consciente» faite «d'architectures organiques» et «d'ordinateurs quantiques à réseaux neuronaux adaptatifs». En vérité, nul ne peut expliquer comment cet «Œil» fonctionne exactement. Cette technologie reste en grande partie incompréhensible et les scientifiques de Blind Lake la subissent plus qu'ils ne la maîtrisent. De quoi rendre paranoïaques les plus avertis. En effet, qu'est-ce qui prouve que les images procurées par «l'Œil» renvoient à une réalité... objective ? Que doit faire la raison humaine face à une intelligence qu'elle a créée, et qui la dépasse ?
Pour autant ce roman ne consiste pas en une quête de réponses, mais son charme tient justement dans ce déploiement des questions, des contradictions, en leur mise en crise, en jeu et en scène, Robert Charles Wilson gardant tout au long du récit son regard résolument tourné vers l'Homme, ses interactions avec son environnement, sa place dans l'Univers, et son regard sur l'Autre, quel qu'il soit. Un roman de science-fiction qui remplit impeccablement son rôle de divertissement intelligent. Pas plus, mais pas moins.
BlueGrey
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Robert Charles Wilson, Blind Lake, traduit de l'anglais (Canada) par Gilles Goullet, éd. Denoël, coll. Lunes d'encre, 2005, 415 pages, 23 €.
13:50 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, roman, SF, extraterrestre






















