14.10.2009

De beaux lendemains – Russel Banks (1991)

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De beaux lendemains.gifCe livre-là est de ceux que l'on lit d'une traite, en retenant son souffle, le cœur serré, partagé entre douleur et fascination.

C'est l'histoire d'un fait divers, un drame qui touche Sam Dent, petite bourgade au nord de l'état de New York : par un matin d'hiver, le bus de ramassage scolaire a glissé sur la neige, est tombé dans le ravin, et a sombré dans le lac gelé. De nombreux enfants ont péri, plongeant la petite ville dans la stupéfaction et l'affliction.

Les réactions de la petite communauté sont rapportées par les récits de quatre acteurs principaux. Il y a d'abord Dolorès Driscoll, la conductrice du bus accidenté, femme vaillante et généreuse, choquée par cette catastrophe. Vient Billy Ansel, le père inconsolable de deux des enfants morts. Ensuite, Mitchell Stephens, un avocat new-yorkais poursuivant avec hargne les éventuels responsables de l'accident (et qui se venge ainsi des déficiences de sa propre vie). Et enfin Nicole Burnell, adolescente promise à tous les succès, qui a perdu l'usage de ses jambes et (re)découvre ses parents avec une lucidité nouvelle empreinte de cynisme. Et pour chacun, la question obsédante de savoir qui est responsable ?

« Un chien – c'est un chien que j'ai vu, j'en suis sûre. Ou que j'ai cru voir. Il neigeait déjà assez fort à ce moment-là, et dans la neige on voit parfois des trucs qui n'existent pas, ou pas vraiment, mais on risque aussi de ne pas en apercevoir qui existent bel et bien alors, bon Dieu, quand on devine quelque chose, on régit à tout hasard, pour plus de sûreté, si vous comprenez ce que je veux dire. Ça, c'est ma formation de chauffeur, et en plus c'est mon tempérament de mère de deux grands fils et d'épouse d'un invalide ; comme ça même si je me trompe, au moins suis-je du côté de l'ange. »

À travers ces quatre témoignages, Russel Banks nous mène, avec pudeur, sans voyeurisme ni misérabilisme, au plus près de la souffrance de ses personnages : « Pour nous, avant l'accident, il y avait la vie, la vraie vie, la vie réelle, si moche qu'elle ait pu nous sembler, et rien de ce qui a suivi l'accident n'offre avec elle la moindre ressemblance ».

Ces quatre voix nous font connaître quatre visions différentes mais complémentaires du drame et, entre les lignes, dans ce qui est tu, et dans la confrontation des points de vues, émerge la vérité. A savoir que la souffrance est intime et personnelle et que tous, au bout du compte, sont désespérément seuls.

Au-delà, c'est également le portrait de toute une communauté qui est brossé, celui d'une Amérique lower middle class, une Amérique de gens modestes, aux vies étriquées, marquées par la spirale du malheur. Car ce drame, aussi tragique soit-il, n'est qu'une douleur supplémentaire ajoutée à l'horreur de leurs vies déjà maintes fois brisées.

Le pessimisme de Russel Banks, entre accablement et désenchantement, a de quoi déranger. Pourtant, sans scènes larmoyantes et sans aucun pathos, il parvient à l'émotion, à l'empathie. La gravité du propos, porté par un style subtil et direct et la sobriété de l'écriture, fait de ce récit une évocation réaliste empreinte d'humanité.

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Russell Banks, De beaux lendemains (The Sweet Hereafter), traduit de l'américain par Christine Le Bœuf, éd. Actes Sud, coll. Babel, 336 pages, 8,50 €.

Du même auteur : Affliction

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Commentaires

Qu'est-ce qu'elle envoie comme traduction, cette Christine Le Boeuf. Elle est aux 35h ?

Ecrit par : Loïc | 14.10.2009

(suite au commentaire qui précède) Tiens Christine Le Boeuf, ce n'est pas elle qui traduit les Paul Auster également ?
J'ai beaucoup aimé ce roman aussi ! Décidément, Russell Banks est vraiment un auteur à lire.

Ecrit par : Restling | 14.10.2009

C'est avec ce roman que j'ai découvert Banks. Une vrai découverte ;)

Ecrit par : amanda | 15.10.2009

Seul roman de Banks, après American Darling que j'ai lu. Et même si je l'ai trouvé moins percutant qu'American Darling, ça reste très au-dessus de la mêlée. Je me demande ce que peut donner l'adaptation ciné de ce roman...

Ecrit par : In Cold Blog | 15.10.2009

J'avais beaucoup aimé, il faudrait que je continue la découverte de cet auteur !

Ecrit par : freude | 15.10.2009

@ Loïc : il est rare que je fasse attention au traducteur, sauf quand je trouve la traduction particulièrement mauvaise !

@ Restling : en effet, Russell Banks est vraiment un auteur à lire. Et je regrette d'avoir attendu si longtemps avant de me décider à lire un de ses livres !

@ Amanda : même si j'ai chroniqué "Affliction" avant ce roman-ci, c'est pour moi aussi avec celui-ci que j'ai découvert cet auteur !

@ In Cold Blog : je n'ai pas encore lu "American Darling", mais je compte bien le lire aussi !

@ freude : pour ma part, je compte poursuivre ma découverte de cet auteur avec "Pourfendeur de nuages".

Ecrit par : BlueGrey | 19.10.2009

Wow, un 5 étoiles... je note... American Darling ne m'a jamais tentée mais je me rappelle que celui-ci, oui. J'avais complètement oublié ar contre!!!

Ecrit par : Karine:) | 24.10.2009

@ Karine :) : oui, oui, oui ! Notes donc ! ;-)

Ecrit par : BlueGrey | 27.10.2009

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